Le Top 23 des actifs plébiscités par les dermatologues pratiquant la médecine esthétique !
On ne parle plus que de « skin care » et ce tant au niveau de la littérature scientifique, qu’au niveau des réseaux sociaux. Les soins de la peau… vaste sujet. Sujet vaste que des équipes de dermatologues ont souhaité circonscrire au maximum, afin de se faire une idée des ingrédients les plus populaires du moment.1 Populaires auprès des dermatologues faut-il préciser. Populaires car cochant toutes les cases, selon eux, en matière de sécurité d’emploi et d’efficacité.
Pour commencer, il a fallu établir une première liste d’ingrédients en lisant tout ce qu’il était possible de trouver dans la littérature scientifique sur les actifs adaptés à certaines situations cutanées. Cette liste a ensuite été soumise à des experts qui ont eu pour mission de sélectionner les actifs les plus intéressants à leurs yeux. De 318 ingrédients retenus au départ, on est alors passé à 83, puis à 23… ces 23 ingrédients ayant fait consensus !
Le résultat est forcément intéressant. Et nous n’avons pas résisté au plaisir de vous présenter la liste de ces 23 ingrédients que nul ne peut ignorer en matière de prise en charge de différentes situations (rides, acné, peau grasse, taches pigmentaires, rougeurs, pores dilatés).
Pour lutter contre les rides
On vous recommandera, si vous êtes aux Etats-Unis, l’utilisation d’un produit solaire minéral (dans 96,8 % des cas), de produits renfermant des rétinoïdes (96,8 %), de la vitamine C (88,7%) et/ou d’un produit solaire conventionnel renfermant des filtres organiques (dits chimiques) (82,3 %).
On en déduit, et ce n’est pas une surprise que l’acide rétinoïque est toujours, comme démontré dans les années 1980, le principe actif de choix en matière de techniques de réjuvénation. Il est à noter que, dès les années 1980, Albert Kligman considère que le binôme produit solaire (attention aux UVA responsables du photovieillissement) – trétinoïne (acide rétinoïque) constitue le combo gagnant en matière d’effet préventif et curatif.2
Côté cosmétique, on se souviendra du fait que l’acide rétinoïque ne peut pas être utilisé, du fait de sa présence en Annexe II (liste des substances interdites) du Règlement (CE) N°1223/2009. En revanche, rétinol, rétinal et esters peuvent être incorporés dans les cosmétiques ; et effectivement, ces ingrédients sont très largement employés dans le domaine de la prise en charge cosmétique du vieillissement cutané.3,4 A réserver aux personnes n’ayant pas la peau sensible !
Pour lutter contre l’acné
Pour lutter contre l’acné, et sans grande surprise, ce sont les rétinoïdes (à 96,8 %) (rien de nouveau !)5 qui arrivent en tête des ingrédients faisant consensus. Sur la deuxième marche du podium, le peroxyde de benzoyle (95,2 %).6 Médaille de bronze pour l’acide salicylique (93,6 %).7 Viennent ensuite, la clindamycine (90,3 %), l’acide azélaïque (87,1 %),8 l’association du soufre et du sulfacétamide (82,3 %), l’acide glycolique (79 %),9 le niacinamide (72,6 %).10 Un produit solaire minéral est plébiscité à 95,2 %.
En matière cosmétique, notre avis n’est pas le même que celui des dermatologues américains. Le peroxyde de benzoyle, en tout cas, ne fera pas partie de nos ingrédients préférés. On préférera les cosmétiques à base d’acide salicylique, d’acide azélaïque et/ou de niacinamide. Les peelings à l’acide glycolique mériteront un encadrement médical et ce d’autant plus que les pourcentages en actif seront élevés. Côté protection solaire, on recommandera l’utilisation d’un produit solaire conventionnel, beaucoup plus efficace qu’un produit solaire minéral.
Pour lutter contre les rougeurs
Les dermatologues se positionnent ici clairement du côté des principes actifs médicamenteux avec en tête de liste des principes actifs préconisés le métronidazole (79 %), la brimonidine (75,8 %) et l’ivermectine (72,6 %). Côté cosmétiques, ce sont les colorants verts qui sont cités à 77,4 %.
Etonnant que les dermatologues n’aient pas fait référence à des actifs comme le niacinamide,10 l’allantoïne,11 le bisabolol12 ou encore l’extrait de réglisse,13 bien connus pour leurs propriétés apaisantes.
Pour lutter contre les taches cutanées
L’hydroquinone est le principe actif n°1 (à 98,4 %). Il est suivi des rétinoïdes (96,8 %), de l’acide kojique (93,6 %), de l’acide glycolique (91,9 %), de l’acide azélaïque (88,7 %), de la vitamine C et de l’acide tranexamique (87,1 %) et du niacinamide (79%).
Pour notre part, nous rappellerons que l’hydroquinone est interdite dans les cosmétiques14 et que l’acide tranexamique n’est pas jugé sûr d’emploi.15 Pas plus d’ailleurs que l’acide kojique.16
Restent donc en lice uniquement 3 ingrédients parmi ceux cités : l’acide azélaïque, la vitamine C et le niacinamide. Validés.
Pour lutter contre les pores dilatés
Les rétinoïdes caracolent en tête de liste (avec 93,6 %), suivis par la vaseline (85,5%) et le lactate d’ammonium (79 %).
Il est tout à fait logique que les rétinoïdes et le lactate d’ammonium à effet kétatolytique17 soient jugés efficaces. En revanche, en ce qui concerne la vaseline, elle n’est, bien sûr, pas conseillée en cas de pores dilatés, puisqu’elle est comédogène, comme en témoignent les publications la mentionnant comme responsable de ce que l’on a coutume d’appeler l’acné cosmétique.18-20 Cette notion que l’on doit à Kligman est désormais battue en brèche et ces ingrédients seraient lavés de tout soupçon de ce type.
Pour lutter contre la sécheresse cutanée
Ce sont encore les rétinoïdes qui apparaissent en tête des citations (93,6 %), suivis des céramides (82,1 %) et, au coude-à-coude, de l’acide hyaluronique et l’urée (79 %).
Gros étonnement concernant le placement de l’acide rétinoïque en tête de liste. Un ingrédient nullement hydratant qui, au contraire, en cas d’usage topique, est associé à des effets indésirables, tels que la xérose, la survenue d’érythème et de picotements.21
Pas d’étonnement, en revanche, en constatant la présence de l’acide hyaluronique22 et de l’urée23 en tête des ingrédients plébiscités. Des actifs connus et reconnus ayant largement fait leurs preuves.
Les dérivés de pétrole (telle la vaseline) pourraient très bien émarger également dans cette catégorie !
Pour lutter contre la peau grasse
Deux actifs remportent tous les suffrages : le peroxyde de benzoyle (80,7 %) et l’acide salicylique (79 %).
On reste mitigé vis-à-vis du peroxyde de benzoyle.
Le Top 23 des actifs plébiscités par les dermatologues pratiquant la médecine esthétique, en bref
Cette publication parue en décembre 2025 mérite d’être connue de l’industrie cosmétique. Du moins celle qui souhaite s’adresser aux dermatologues et à l’export. Il reste encore de la pédagogie à faire. Déjà, arrêter de faire la confusion entre actif cosmétique et principe actif médicamenteux (c’est le cas ici !). Faut-il le répéter… Un cosmétique, qui cible le sujet dont la peau est vieillie, est grasse, présente des taches brunes, est couverte de lésions d’acné… n’est pas un médicament. Ce cosmétique, qui ne peut revendiquer d’action préventive ou curative, doit donc rester à sa place.
En ce qui concerne la connaissance de l’efficacité des produits solaires, il serait bon de prendre conscience qu’un solaire minéral est toujours moins efficace qu’un solaire conventionnel. Le bon choix est celui qui consiste à privilégier les produits solaires renfermant des associations de filtres organiques (improprement appelés filtres chimiques).
Et clairement si l’on veut que l’argumentaire fasse tilt dans le cerveau du dermatologue, il sera bon d’incorporer les actifs plébiscités. A ce sujet, la vitamine C, l’acide salicylique, l’acide azélaïque et le niacinamide semblent être les chouchous du public visé.
Reste à savoir si les dermatologues français sont du même avis…
Bibliographie
1 Alvarez GV, Kang BY, Richmond AM, Hoss E, Sulewski R, Minkis K, Rozenberg SS, Antonovich D, Boucher A, Bernstein EF, Bertucci V, Chapas AM, Cohen JL, Council ML, Dover JS, Geronemus R, Given KML, Goldbach HS, Goldman MP, Hooper D, Kaufman J, Munavalli G, Pacheco TR, Rossi AM, Wilson S, Alam M. Skincare ingredients recommended by cosmetic dermatologists: A Delphi consensus study. J Am Acad Dermatol. 2025 Dec;93(6):1509-1525
2 Kligman LH. Photoaging. Manifestations, prevention, and treatment. Dermatol Clin. 1986 Jul;4(3):517-28
10 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-vitamine-b3-que-du-bonheur-cosmetique-1734/
17 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/74403
18 Kligman AM, Mills OH Jr. « Acne cosmetica ». Arch Dermatol. 1972 Dec;106(6):843-50
19 English JS, Murphy G. Acne secondary to white petrolatum use. Arch Dermatol. 1985 Oct;121(10):1240
20 Frankel EB. Acne secondary to white petrolatum use. Arch Dermatol. 1985 May;121(5):589-90
21 Appa Y. Retinoid therapy: compatible skin care. Skin Pharmacol Appl Skin Physiol. 1999 May-Jun;12(3):111-9

