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L’acide azélaïque, quand les champignons prennent soin de notre peau !

> 04 mars 2019

L’acide azélaïque, quand les champignons prennent soin de notre peau !

Depuis que Nazzaro-Porro s’est penché sur des cultures de Pityrosporum, en 1978, et en a déterminé son potentiel dépigmentant, l’acide azélaïque a parcouru un bon bout de chemin.1 Défini par le Cosing comme un agent « tampon » et un agent « masquant », l’acide azélaïque est beaucoup plus que cela.2 Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans la littérature scientifique qui n’est pas avare à son sujet.

L’acide azélaïque, qu’est-ce que c’est ?

L’acide azélaïque ou acide 1,7-héptanedicarboxylique est un acide dicarboxylique saturé à 9 atomes de carbone. Son nom provient du fait qu’il était initialement produit par oxydation de l’acide oléique (elaion) par de l’acide nitrique (un composé azoté). On l’obtient également par fermentation grâce à un certain nombre de micro-organismes (Brettanomyces petrophilum, par exemple). Certains champignons de la flore cutanée du genre Pityrosporum sont capables de réaliser sa synthèse.3,4 On le retrouve également dans le milieu végétal où il constitue un élément du système de défense vis-à-vis de certains agents pathogènes.5 La bonne odeur de céréale appréciée par les souris est à mettre sur le compte de l’acide azélaïque et de l’acide subérique (acide dicarboxylique à 8 atomes de carbone), deux acides susceptibles de se lier au récepteur olfactif (Olfr544) de la souris.6

L’acide azélaïque, un actif utile dans la prise en charge de l’acné juvénile

A faible dose, cet acide évite la formation de comédons en interférant avec le processus de kératinisation.3 A dose plus élevée, il possède un effet bactéricide vis-à-vis de bactéries telles que Propionibacterium acnes et Staphylococcus epidermidis.7 A la fin des années 1990, cet acide était considéré comme le concurrent direct de l’isotrétinoïne en matière de traitement des papules et des pustules acnéiques. La dose d’emploi (20 %) de l’acide azélaïque est très éloignée de la dose d’emploi de l’isotrétinoïne, les effets indésirables à type de sécheresse cutanée et de rougeur moins fréquents.8

L’acide azélaïque, un actif utile dans la prise en charge de l’acné rosacée

Chez le sujet souffrant de rosacée, on observe une augmentation de l’expression de certains gènes (cathelicidin antimicrobial peptide, par exemple), aboutissant à la production, à des niveaux élevés, de molécules pro-inflammatoires et pro-angiogéniques. L’acide azélaïque utilisé à raison de 15 % permet de réduire l’expression de ces gènes.9 L’efficacité de l’acide azélaïque dans le cadre du traitement de la rosacée et sa sécurité d’emploi ont fait l’objet de nombreux travaux.10

L’acide azélaïque, un actif utile dans le cadre de la prise en charge de l’hyperpigmentation

Lorsque l’on a cherché à comprendre la cause de l’hypochromie survenant dans les cas de pityriasis versicolor, on s’est rendu compte que des acides dicarboxyliques étaient susceptibles d’être produits dans un milieu de culture renfermant Pityrosporum et des acides gras insaturés.11 Ces acides dicarboxyliques étant des inhibiteurs compétitifs de la tyrosinase,12 cela permit d’ouvrir des perspectives en matière de traitement d’un certain nombre d’hyperchromies.

Dans la prise en charge du mélasma ou masque de grossesse, on considère que l’acide azélaïque, utilisé à 20 %, est aussi efficace que l’hydroquinone à 4 % et plus efficace que l’hydroquinone à 2 %, avec une meilleure tolérance.13 De nos jours, l’acide azélaïque reste d’actualité. Des associations acide azélaïque, tazarotène, tacrolimus et oxyde de zinc sont envisagées.14 Certains auteurs considèrent, toutefois, que le diclofenac utilisé à 1 % est préférable à l’acide azélaïque à 20 %, les effets indésirables étant moins fréquents dans le cas de l’anti-inflammatoire non stéroïdien que dans le cas de l’acide azélaïque. Notons un résultat curieux mentionné dans cette étude, à savoir que la crème hydratante utilisée comme témoin génère des irritations dans 23 % des cas.15 On se demande bien quelle crème hydratante a pu être testée !

L’acide azélaïque, un actif anti-inflammatoire et anti-oxydant

En 2008, Zoe Draelos se fait l’avocat de cette molécule approuvée par la FDA dans le cadre du traitement de la rosacée. Elle ne s’arrête pourtant pas là et n’hésite pas à lister toutes les propriétés de cet actif de valeur. Ses propriétés anti-inflammatoires et anti-oxydantes laissent présager une utilité dans un certain nombre de dermatoses.16

L’acide azélaïque, quelques problèmes de solubilité

L’acide azélaïque présente une faible solubilité dans l’eau, ce qui ne facilite pas la réalisation des produits en contenant. Pour augmenter sa solubilité, on peut réaliser une encapsulation grâce à une cyclodextrine.7 L’émulsion constitue, par ailleurs, un excipient favorable au phénomène de pénétration cutanée.17

L’acide azélaïque, en résumé

L’acide azélaique est à la fois un principe actif médicamenteux utilisé dans le traitement de la rosacée et un ingrédient cosmétique. Il a fait preuve de son innocuité et mérite d’être mieux connu.

Bibliographie

1 Madhu A. Pathak, Eric R. Ciganek, Michael Wick, Arthur J. Sober, Thomas B. Fitzpatrick, An Evaluation of the Effectiveness of Azelaic Acid As a Depigmenting and Chemotherapeutic Agent, Journal of Investigative Dermatology, 85, 3, 1985, Pages 222-228

2 http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=74538

3 E. Burchacka, P. Potaczek, P. Paduszyński, K. Karłowicz-Bodalska, S. Han ; New effective azelaic acid liposomal gel formulation of enhanced pharmaceutical bioavailability, Biomedicine & Pharmacotherapy, 83, 2016, Pages 771-775

4 Marcella Nazzaro-Porro, Azelaicacid, Journal of the American Academy of Dermatology, 17, 6, 1987, Pages 1033-1041

5 M. I. Mhlongo, F. Tugizimana, L. A. Piater, P. A. Steenkamp, I. A. Dubery, Untargeted metabolomics analysis reveals dynamic changes in azelaicacid- and salicylic acid derivatives in LPS-treated Nicotiana tabacum cells, Biochemical and Biophysical Research Communications, 482, 4, 2017, Pages 1498-1503

6 Trung Thanh Thach, Yu-Jung Hong, Sangho Lee, Sung-Joon Lee, Molecular determinants of the olfactory receptor Olfr544 activation by azelaicacid, Biochemical and Biophysical Research Communications, 485, 2, 2017, Pages 241-248

7 Jiradej Manosroi, Maria Goretti Apriyani, Kuncoro Foe, Aranya Manosroi, Enhancement of the release of azelaic acid through the synthetic membranes by inclusion complex formation with hydroxypropyl-β-cyclodextrin, International Journal of Pharmaceutics, 293, 1–2, 2005, Pages 235-240

8 Mary C. Spellman, Stephanie H. Pincus, Efficacy and safety of azelaicacid and glycolic acid combination therapy compared with tretinoin therapy for acne, Clinical Therapeutics, 20, 4, 1998, Pages 711-721

9 Alvin B. Coda, Tissa Hata, Jeremiah Miller, David Audish, Richard L. Gallo, Cathelicidin, kallikrein 5, and serine protease activity is inhibited during treatment of rosacea with azelaicacid 15% gel, Journal of the American Academy of Dermatology,69, 4, 2013, Pages 570-577

10 Diane Thiboutot, Ruth Thieroff-Ekerdt, Klaus Graupe, Efficacy and safety of azelaic acid (15%) gel as a new treatment for papulopustular rosacea: Results from two vehicle-controlled, randomized phase III studies, Journal of the American Academy of Dermatology, 48, 6, 2003, Pages 836-845

11 Aodán C. Breathnach, Marcella Nazzaro-Porro, Siro Passi, Giuseppe Zina, Azelaic acid therapy in disorders of pigmentation, Clinics in Dermatology, 7, 2, 1989, Pages 106-119

12 M. Nazzaro-Porro, G. Zina, A. Breathnach, S. Passi, G. Morpurgo, Effetc of azelaic acid on human malignant melanoma, The Lancet, 315, 8178, 1980, Pages 1109-1111

13 Nicholas J. Lowe, Dalia Rizk, Pearl Grimes, Mavis Billips, Stephanie Pincus, Azelaic acid 20 % cream in the treatment of facial hyperpigmentation in darker-skinned patients, Clinical Therapeutics, 20, 5, 1998, Pages 945-959

14 Brandon Kirsch, MD, Paul Hoesly, Jason Sluzevich, Efficacy and tolerability of combination tazarotene, azelaic acid, tacrolimus, and zinc oxide for the treatment of melasma, Journal of the American Academy of Dermatology, 79, 3, Suppl 1, 2018, Page ab122

15 Apasee Sooksamran, Voraphol Vejjabhinanta, Walaiorn Pratchyaprui, The effectiveness of using 1% diclofenac gel and 20% azelaic acid cream for melasma: A single-blind, placebo-controlled, split-face study, Journal of the American Academy of Dermatology, 79, 3, Suppl 1, 2018, Page ab284

16 Zoe Draelos, Kayne Allan, Implications of azelaic acid's multiple mechanisms of action: Therapeutic versatility, Journal of the American Academy of Dermatology, 58, 2, Suppl 2, 2008, Page ab40

17 M. R. Gasco, M. Gallarate, F. Pattarino, In vitro permeation of azelaicacid from viscosized microemulsions, International Journal of Pharmaceutics, 69, 3, 1991, Pages 193-196

 

 






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