Pierre Dac, éloge du suppositoire !
Il existe deux types d’action possibles pour un médicament : une action locale (un bain de bouche est un médicament se présentant sous forme de solution hydroalcoolique qui permet d’aseptiser la cavité buccale) et une action générale, systémique (un suppositoire est une forme galénique, fabriquée un temps à partir de beurre de cacao dont l’inconvénient était de fondre au soleil des climats tropicaux, permettant selon le cas de traiter une affection locale comme des hémorroïdes ou une affection située très loin du point d’administration du médicament comme une angine).1 Pierre Dac qui connaît ces deux types d’action ne recule devant rien pour faire un bon mot.
C’est ainsi que sort de sa bouche cette étonnante maxime : « Il est plus facile de traiter une angine avec des suppositoires que des hémorroïdes avec des bains de bouche » !
Comme si on pouvait faire beaucoup plus de choses avec un suppositoire qu’avec un bain de bouche…
Mais dans le fond (!!!) Pierre Dac n’a pas tort, un suppositoire est une forme galénique pleine de promesses qui permet, en littérature, de faire plein d’expériences insolites ; il peut permettre de voyager dans le temps (c’est le cas chez Amélie Nothomb)2 ou dans l’espace (avec un roadster BMW Z3 aux allures de suppositoire géant pour Frédéric Beigbeder)3 ; il peut permettre de qualifier le crâne chauve de son chef de service (et Frédéric Dard ne se prive pas d’évoquer à de nombreuses reprises le crâne aussi lisse qu’un suppositoire du chef de San Antonio).4
On va beaucoup moins loin avec un bain de bouche, qui permet tout juste de modifier l’odeur de l’haleine. Un bain de bouche non alcoolisé qui permet de chasser les relents d’alcool chez une femme qui s’adonne à la boisson (c’est pour Colette),5 ou, au contraire, bien trop alcoolisé qui pique la muqueuse buccale (c’est Fitzgerald qui nous raconte cette triste aventure) !6 Bref, pas de quoi aller très loin !
La structure aérodynamique du suppositoire, tant vantée par Frédéric Dard (doit-on introduire le suppositoire par son bout plat ou par son apex ???),7 n’a pas son pareil pour envoyer le lecteur sur des planètes merveilleuses, contrairement au bain de bouche, qui ne fera jamais rien décoller (en dehors de la plaque dentaire !).
Alors, oui, Pierre Dac a bien raison, un suppositoire est une forme galénique beaucoup plus intéressante qu’une simple solution (le bain de bouche étant, d’un point de vue galénique, une solution).
Ça mériterait sûrement une thèse !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Suppository Bases, Especially for the Tropics. Hospital (Lond 1886). 1910 Jul 16;48(1251):466
5 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-hygiene-du-jaloux-selon-colette-2696/

