Quand Frédéric Dard nous concocte un fond de teint maison !

Une histoire qui « ne manque pas de sel comme dirait Cérébos » ! Un agent secret (San Antonio) qui risque sa peau pour un vendu de première.1 Il y a dans cet ouvrage, tous les ingrédients d’un bon San Antonio. Tous les ingrédients et même une recette pour un fond de teint DIY ! Le bonheur, en somme !

Une bonne g.d.b

Dans cet opus, San Antonio décroche une gueule de bois terrible (une « g.d.b ») après avoir arrosé, comme il se doit la montée en grade de son collègue Bérurier.

Le traitement de la bonne g.d.b

Félicie possède un remède infaillible pour traiter la g.d.b : « bicarbonate, café noir… citron ! ». Plus « deux grandes cuillérées d’Eno » (???) et une bonne « douche » ! « Je la prends écossaise, c’est-à-dire à carreaux. » Pas mal !

Une jolie p.p en France

La « pépée platinée », qui occupe les jours et les nuits de San Antonio, est laissée ici de côté, puisque le chef du commissaire charge celui-ci d’aller protéger un agent infiltré, afin d’éviter qu’il ne soit grillé ! Le poulet rôti en question, un certain Mathias, va devoir faire attention à lui. La Suisse, où il a infiltré une « organisation qui approvisionne en armes les pays arabes », n’est plus aussi accueillante que cela. En effet, un certain Vlefta va rejoindre l’organisation et le problème c’est que Vlefta connaît Mathias… en tant que flic ! La mission pour San-A est donc claire : liquider Vlefta, avant qu’il ne donne l’alerte ! Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu…

Une vénéneuse p.p à Berne

Au niveau de la célèbre fosse aux ours de Berne, San Antonio rencontre « la plus belle fille de la ville ». « La pépée est blonde, avec un beau visage bronzé (« hâlé ») et des dents éclatantes. Elle pourrait poser simultanément pour Cadoricin, l’Ambre solaire et le superdentifrice Colgate. »

La beauté se prénomme Gretta… elle n’est pas farouche et cède aux avances de San Antonio, qui manque de se faire empoisonner par sa conquête, celle-ci ayant mis « du bocon dans le whisky » ! Heureusement, comme on le sait, San Antonio résiste à tout et même aux drogues les plus perfides. On apprendra plus tard que cette créature vénéneuse est la maîtresse de Mathias. Tiens donc !

Une mission K.O

OK pour cette mission, dit San Antonio au Vieux (son chef au crâne chauve et aux belles mains « qui font la fortune des manucures »). Attention à ne pas être mis KO, répond le vieux, qui met, tout de suite son subordonné à l’aise. En cas de pépin, il ne fera rien pour lui ! « Ou alors je devrai faire le sacrifice de ma peau et agir gaillardement, à la Ravaillac, ce qui ne me sourit guère, comme dirait l’abbé Jouvence. » L’idée est donc de faire le travail rapidement, proprement, incognito !

Un beau b.b

Dans cet opus, on apprend que le commissaire a été nourri à « la farine Nestlé », par sa mère Félicie. Sans aucun doute, un bon gros bébé joufflu !

Un commissaire m.d.p

Mort de peur… pas mort de rire ! Mort de peur, car San Antonio sent l’aile de la mort le frôler, lui plaquer « sur la terrine un masque astringent. » Décidément, Frédéric a des cométiques dans la peau !

Un commissaire n.d.b

Noyé dans un bassin…c’est ainsi que pourrait finir San Antonio, qui se retrouve poursuivi par une horde de flics (mais en sont-ce vraiment ???) et plonge dans un bassin rempli de nénuphars pour échapper à ses assaillants. Le bassin, qui trône au milieu d’une cour d’immeuble, devient rapidement une geôle intenable pour notre brillant commissaire.

Les policiers suisses fouillent partout, oubliant, tout de même, de soulever les nénuphars. « Ces policiers suisses, vous parlez de gens méthodiques ! Leur exploration de l’immeuble est scientifique, scrupuleuse… Ils doivent ouvrir les tiroirs de commode et presser sur les tubes de pâte dentifrice pour voir si je me suis caché dedans. » Non, vraiment, San Antonio ne se cache pas dans un emballage cosmétique, il fait glouglou tout simplement.

Un commissaire q.s.m

Qui sent mauvais… car sa peau, qui a macéré longtemps dans l’eau du bassin, en a pris l’odeur « putride, écœurante ». « Le sale parfum des fleurs pourries » génère une « odeur de mort végétale », qui n’a rien de bien séduisant. Heureusement, une gentille jeune fille va le sortir de là et lui proposer une aspersion « d’eau de Cologne » !

Une eau de Cologne, qui peine à masquer l’odeur qui imprègne les vêtements et la peau de notre héros.

« La môme a eu beau me frotter à l’eau de Cologne, le remugle du bassin est plus fort que le parfum. »

Il ne reste plus alors qu’à prendre un bain (le pire de la vie de San Antonio, tant sa peau est spongieuse !).

Un commissaire s.d.e

Sauvé des eaux, par une aimable locataire, qui l’a repéré et vient le délivrer en le cachant à l’aide d’un grand parasol. La jeune fille en question, Françoise, est « une brune, aux yeux clairs », de 25 ans, « pas très jolie », qui est une habituée de la petite cour où atterri San-Antonio. Elle vient y prendre de fréquents bains de soleil. Une jeune infirmière qui tombe très vite dans les bras de celui qui a déclenché une fièvre de cheval après son petit bain prolongé.

Dès que San Antonio a retrouvé ses esprits, il s’occupe, évidemment, de la demoiselle. « Moi, l’amour me dope, comme dit mon ami Shampoing. » (sic)

Françoise, malheureusement, sera égorgée par des individus malveillants.

Un commissaire f.f.f

Forcené, fou furieux… voilà comment est considéré San Antonio, sur le dos duquel on met l’assassinat de la gentille infirmière. Direction l’hôpital, où des infirmiers discourent, sans fin, sur le thème du suppositoire, offrant au détenu « un cours sur le suppositoire à travers les générations. » Chaque infirmier a ses préférences en matière d’aérodynamisme, l’un vantant le « bout pointu » et l’autre « le gros bout » ! Un grand moment de littérature !

Un commissaire d.b.m

Diablement bien maquillé, ce commissaire qui se fait passer pour un certain Hussin, afin de quitter la Suisse le plus discrètement possible. Pour paraître bronzé, San Antonio utilise « un produit pour teindre les godasses en daim » ! « J’en verse dans de l’eau et je me passe un léger fond de teint qui donne à mon visage un aspect basané. Avec un bouchon taillé et brûlé, je charbonne mes sourcils et noircis l’angle de mes paupières. »

Et des placements de produits

Avec, entre autres, un chien qui ressemble à un « O’Cédar » et son maître à un « plumeau sans plumes ».

Au suivant de ces messieurs, en bref

Dire que San Antonio a été envoyé pour sauver la peau de Mathias, alors que celui-ci est une « crapule », un « agent double et triple », qui vend ses services aux plus offrants. On en reste sans voix, mais pas sans cosmétiques, car ceux-ci sont toujours bien présents !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., Au suivant de ces messieurs in San Antonio – Tome 3, Collections Bouquins Robert Laffont, 2010, 1288 pages