Nos regards
Un jupon qui sent la méprise !

> 10 février 2019

Un jupon qui sent la méprise !

En frictions rafraichissantes pour Colette,1 en sillage odoriférant de luxe pour Emma Bovary,2 en parfum d’intérieur lénifiant pour Salammbô,3  en bain de pieds adoucissant et décongestionnant pour randonneur des années 1930,4 en lotion solaire « réchauffante » pour adepte d’un bronzage un peu particulier,5 en vaporisateur pour Monsieur de Givenchy,6 la verveine parle un langage universel et sait séduire, apaiser, relaxer...

Evoquer un parfum de verveine devant Guy de Maupassant et vous verrez immédiatement ses moustaches frémir de plaisir. Ce parfum n’évoque pas pour lui une tisane apaisante, mais plutôt une aventure cocasse et gaillarde comme il les aime.

Il ne manquera pas de vous conter l’histoire arrivée à l’un de ses amis intimes, Monsieur de Brives, avec une certaine Mme Jadelle.7 Cette jeune veuve pétillante avait attiré son attention ; c’est donc en gants blancs et grand habit qu’il vint faire sa déclaration. Celle-ci ne fut ni agréée, ni refusée. La belle veuve demandait un temps de réflexion, avec mise à l’essai, en tout bien tout honneur !

C’est donc tout naturellement que notre candidat au mariage vint s’installer dans la propriété de Mme Jadelle ; il y fût soumis à une surveillance de tous les instants. Afin de connaître son comportement la nuit (ronflements, rêves ou cauchemars bruyants, levers intempestifs, agitation nocturne...), une petite bonne bien avenante, Césarine, vint même loger dans son antichambre. Interrogée sur les habitudes vestimentaires de sa maîtresse (« Voyons, mon enfant, tu n’ignores pas qu’il y a des femmes qui se mettent du coton, tu sais, du coton là où, là où... enfin du coton là où on nourrit les petits enfants, et aussi là où on s’assoit. Dis-moi met-elle du coton ? ») et sur la façon dont elle est faite (« Il y en a qui sont très fortes par-devant et pas du tout par-derrière ; d’autres qui sont très fortes par-derrière et pas du tout par-devant. »), Césarine resta muette comme une carpe. Sur l’affirmation que Mme Jadelle était faite comme elle (« Madame est faite tout comme moi), le futur époux s’aventura dans le lit de Césarine afin de se faire une opinion par lui-même. Césarine passa l’examen avec brio, à un effluve prêt... La petite bonne, tel Henri IV, méprisait les soins hygiéniques les plus élémentaires. Un petit flacon de lavande ambrée fut offert, « le soir même », en cadeau, afin de pallier ce grave défaut.

Notre joli conte ne se terminera pourtant pas dans la lavande, mais bien (enfin bien, c’est façon de dire ou d’écrire plutôt ici !) dans la verveine. Apercevant, un jour, un joli postérieur penché à une fenêtre, notre chaste futur époux imaginant qu’il s’agissait de celui de sa petite soubrette ne résista pas et releva précautionneusement les bords du jupon. « Je la reconnus aussitôt, pleine, fraîche, grasse et douce, la face secrète de ma maîtresse, et j’y jetai, pardon, madame, j’y jetai un tendre baiser, un baiser d’amant qui peut tout oser. »

« Cela sentait la verveine »... Cela sentait surtout l’erreur monumentale ! Monsieur de Brives, en se trompant de postérieur, fut considéré, malgré un séjour jugé jusque-là irréprochable, comme un goujat de premier ordre et prié de quitter les lieux au plus vite.

Depuis ce jour, Monsieur de Brives vit avec un parfum de verveine accroché au cœur... « Depuis ce moment, voyez-vous, j’ai dans... dans le cœur un goût de verveine qui me donne un désir immodéré de sentir encore ce bouquet-là ».

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui, décidément, paraît préférer la lavande !

Bibliographie

1 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/trois-six-neuf-colette-est-la-championne-des-portraits-cosmetiques-492/

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/emma-bovary-une-accro-aux-cosmetiques-377/

3 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/salammbo-egerie-de-l-oreal-avant-l-heure-905/

4 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/petite-histoire-de-cosmetiques-qui-a-defaut-de-prendre-leurs-pieds-s-occupent-des-notres-317/

5 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/sous-le-soleil-exactement-naissance-des-produits-de-protection-solaire-pps-210/

6 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/hubert-de-givenchy-in-memoriam-534/

7 de Maupassant G. La fenêtre in « Le rosier de Mme Husson », Flammarion, Paris, 1976, 247 pages






Retour aux regards