Nos regards
Simone Veil ou le combat pour des cosmétiques sûrs d’emploi

> 01 juillet 2018

Simone Veil ou le combat pour des cosmétiques sûrs d’emploi L’autobiographie de Simone Veil (Une vie, Stock, 2017, 343 pages) s’intitule sobrement « Une vie ». Celle de Simone Jacob débute par une enfance heureuse. On la retrouve petite fille, après son bain, dans le bureau de son père, pour une séance de lecture... les Contes de Perrault ou les Fables de La Fontaine, selon le goût du moment… Un père architecte, une mère passionnée de chimie qui abandonne ses études pour se consacrer à sa famille et transmet à sa fille « son désir d’autonomie non satisfait », c’est dans ce cadre que la petite Simone affirme très tôt son caractère.

L’on trouve très peu de dates dans cette autobiographie. La date du 1er septembre 1939 sent curieusement l’infirmerie avec l’annonce d’une scarlatine qui met un point final au camp d’éclaireuses auquel elle participe. Les dates des 13 et 15 avril 1944 sont, bien sûr, gravées dans la mémoire de Simone Veil, tout comme le numéro tatoué sur son bras gauche, le numéro 78651. Durant deux jours et demi, c’est le voyage vers « Pitchipoï », ce lieu dont on ne connaît pas grand chose... Il y a également la date du 23 mai 1945, date de retour en France. En quelques dates, Simone Veil indique « les points de repère » de sa vie.

L’enfer d’Auschwitz est évoqué avec pudeur. A peine arrivée au camp, c’est le dépouillement de tout objet personnel. « [...] une amie de Nice arrêtée le même jour » « conservait sur elle un petit flacon de parfum de Lanvin. » Sachant que l’on va lui prendre son flacon de parfum, la jeune fille s’en asperge et en fait bénéficier ses voisines. C’est « le dernier geste d’adolescentes coquettes » et le premier geste de résistance à l’autorité des « kapos ». Celles-ci sont des déportées qui exercent un rôle de surveillance. Suivent la douche et le sauna... dans un but de désinfection. C’est pourtant des vêtements emplis de vermine qui sont ensuite remis aux déportées.

L’atout de Simone réside dans son physique. Elle est belle, elle est jeune, elle est brune, du fait du soleil niçois qu’elle aimait à fréquenter... « de la viande fraîche, en somme ».

Heureusement, il y a Stenia, une kapo qui la prend, ainsi que sa mère et sa sœur sous son aile.

Si l’on garde en mémoire l’image d’une femme BCBG, chignon impeccable, chemisier à lavallière, tailleur en tweed, on découvre au fil des pages une jeune femme qui descend l’escalier du château habité par Alain Poher « sur la rampe », une mère de trois enfants qui, soutenue par ses beaux-parents, reprend ses études et occupent des postes d’hommes, une voyageuse qui marche en plein soleil à la frontière du Cameroun et du Tchad, faute d’avoir pu prendre le car, une « militante des prisons », qui cherche à améliorer les conditions de vie des détenus, une observatrice des évènements de Mai 68, qui déplore une « société figée » dont les rênes sont tenus par des « mandarins ».

Conseiller technique au cabinet de René Pleven, administrateur à l’ORTF, Ministre de la Santé, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing (elle se donne comme mission de « serrer les cordons de la bourse »), présidente du Parlement Européen, Simone Veil touche à tout.

Collier sautoir, sac à main vissé sur l’épaule, rouge à lèvres et tailleur Chanel, ce n’est pas parce que l’on souhaite « ouvrir des brèches dans le conformisme ambiant » et secouer le cocotier de « la discrimination positive (il faut le faire, pas le dire !) que l’on est obligé de négliger son extérieur.

Et le rapport avec les cosmétiques, nous direz-vous. Il est de taille, nous répondrons-vous. C’est à la Ministre de la Santé Simone Veil que l’on doit les bases de la réglementation cosmétique. Cette femme qui fut pionnière dans de nombreux domaines, est la première à s’être posé la question de l’identité du cosmétique et de ses fonctions. Un cosmétique qui tue (c’est le cas du talc Morhange) n’est pas une chose concevable ; il convient donc de mettre des garde-fous afin de donner un cadre précis aux activités de l’industrie cosmétique. Grâce à l’Européenne convaincue qu’était Simone Veil, la réglementation mise en place en France sera rapidement reprise au niveau européen, afin de permettre la production de cosmétiques de qualité (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/a-l-origine-de-la-reglementation-cosmetique-l-affaire-du-talc-morhange-76/).

En ce 1er juillet, Antoine Veil, « l’inconnu du Panthéon », époux de Simone, va rejoindre « l’inconnue du panthéon », Sophie Berthelot, épouse du chimiste Marcellin Berthelot (http://www.mondedesgrandesecoles.fr/qui-sont-les-femmes-du-pantheon/). Simone, quant à elle, sera accueilli par ses illustres prédécesseurs (ce mot ne comportant pas de féminin), Marie Curie, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Antonioz. Une fois n’est pas coutume, Simone Veil n’est pas la première !

Saluons, aujourd’hui, la mémoire de celle qui, en mettant en place une réglementation cosmétique française, puis européenne, a donné un cadre réglementaire à une industrie cosmétique alors pleine d’inventivité, mais peu embarrassée de contraintes de qualité. Sa présence au Sommet de Rio, en 1992, montre également son intérêt pour l’environnement. Cosmétiques, sécurité d’emploi, qualité, environnement sont, en effet, des termes qui vont très bien ensemble !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, grâce à qui, avec ce Regard, on entend André Malraux dire « Entre ici Simone VEIL »…






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