Nos regards
Rosazucena, on te veut dans notre équipe car tu as encore beaucoup à apprendre !

> 17 mars 2018

Rosazucena, on te veut dans notre équipe car tu as encore beaucoup à apprendre ! Aujourd’hui nous avons décidé de jouer les coachs dans une émission un peu particulière, dénommée The Cosmetic. La première candidate que nous recevons se nomme Azucena (Pagny) et a créé une gamme cosmétique centrée sur la « Rosa mosqueta », une plante qu’elle affectionne tout particulièrement.

Nous allons donc écouter attentivement ce qu’elle va nous chanter :
« Après une carrière de mannequin et passionnée par la cosmétique, Azucena a créé ses propres produits de beauté tournés vers le Naturel et le Bio évidemment. C’est sur ses terres, au pied de la Cordelière des Andes, qu’Azucena a découvert la Rosa mosqueta et c’est avec vous qu’elle partage depuis 5 ans les « mille vertus » de cette plante. » (https://www.rosazucena.com/fr/content/6-azucena)

L’ingrédient-phare de la marque est donc le rosier musqué ou Rosa mosqueta.

Le rosier musqué est un rosier farceur qui aime à se cacher sous différents noms, ce qui ne facilite pas les recherches bibliographiques à son sujet. Ce rosier est retrouvé sous le nom de Rosa rubiginosa (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=59355) et de Rosa moschata (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=79762). Il se distingue de l’églantier, Rosa canina. Un même genre mais des espèces différentes ! Le genre Rosa se décline en bien plus de 6 formes (n’en déplaisent aux latinistes) ; on dénombre une centaine d’espèces différentes qui se développent sous des climats variés, qui présentent des aspects divers et dont les compositions chimiques diffèrent selon l’organe de la plante considéré (Ahlam Al-Yafeai, Angelika Malarski, Volker Böhm, Characterization of carotenoids and vitamin E in R. rugosa and R. canina: Comparative analysis, Food Chemistry, 242, 2018, 435-442).

Le cynorhodon est le faux-fruit du rosier. A maturité, le réceptacle floral prend une couleur rouge et devient charnu. « Il est creux et renferme les fruits (akènes à poils raides) » (Dorvault F. L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 p). Ces fruits peuvent être utilisés frais ou desséchés, afin de réaliser des infusions que certains auteurs n’hésitent pas à qualifier de savoureuses, mais aussi des jus de fruits, des confitures, des gelées… On peut même y avoir recours pour préparer des médicaments de médecine traditionnelle, utilisés pour traiter différentes affections telles que la grippe, les troubles gastro-intestinaux, les troubles rénaux et du tractus urinaire inférieur, le diabète, l'arthrite, les affections pulmonaires et de manière générale pour renforcer l'immunité (Jelena D. Nađpal, Marija M. Lesjak, Zorica O. Mrkonjić, Tatjana M. Majkić, Ivana N. Beara, Phytochemical composition and in vitro functional properties of three wild rose hips and their traditional preserves, Food Chemistry, 241, 2018, 290-300).

Le rosier musqué est un arbuste sauvage qui pousse dans certaines régions d’Europe et dans les Andes. C’est à proximité du rio Biobio (ça ne s’invente pas… quitte à faire bégayer le certificateur Natrue ou Cosmos) que cette espèce est la plus répandue. La graine oléagineuse contenue dans le fruit est utilisée par les autochtones dans divers buts, pour ses propriétés médicinales et cosmétiques, depuis des siècles. Ces dernières sont mises en lien avec la richesse du fruit en vitamine C. Avec une teneur de 400 mg de vitamine C pour 100 g de fruit frais (Daniel Franco, Manuel Pinelo, Jorge Sineiro, María José Núñez, Processing of Rosa rubiginosa: Extraction of oil and antioxidant substances, Bioresource Technology, 98, 18, 2007, 3506-3512), le rosier musqué se classe en tête des végétaux vitaminés et double le chou rouge (140 mg/100g) et l’orange (environ 20 mg/100 g). Le fruit est également riche en caroténoïdes (beta-carotène, lycopène, rubixanthine)( Nalda Romero, Paz Robert, Lilia Masson, Jaime Ortiz, Carmen Dobaganes, Effect of α-tocopherol, α-tocotrienol and Rosa mosqueta shell extract on the performance of antioxidant-stripped canola oil (Brassica sp.) at high temperature, Food Chemistry, 104, 1, 2007, 383-389). A partir de la graine, on extrait une huile qui est riche en acides gras insaturés (acides linoléique et linolénique). Certaines études, déjà un peu anciennes, mettent en avant les propriétés cicatrisantes de cette huile qui peuvent être mises à profit dans les cas de pathologies ulcéreuses (Moreno Gimenez JC, Bueno J, Navas J, Camacho F., Med Cutan Ibero Lat Am., Treatment of skin ulcer using oil of mosqueta rose, 1990, 18, 1, 63-66). Son incorporation dans un cosmétique paraît tout à fait justifiée. Ne comptons pas, toutefois, sur la présence de vitamine C dans cette huile… la vitamine C est une vitamine hydrosoluble, faut-il le rappeler ?

La gamme de cosmétiques qui nous intéresse aujourd’hui n’est, pour l’instant, composée que d’un petit nombre de références. Elles revendiquent toutes la présence de Rosa mosqueta. Pourtant, dans la liste des ingrédients, on retrouve plusieurs noms INCI différents.

L’huile pure de Rosa mosqueta renferme l’ingrédient dénommé Rosa canina fruit oil. On lui a additionné un mélange de tocophérols dont le nom INCI a été écorché au passage. Au lieu de « tocoferol mixed », il faudrait indiquer « tocopherol » ; c’est l’inventaire Européen qui nous le dit (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=80273).

Le sérum bio-actif régénérant revendique la présence d’huile de Rosa mosqueta. Pourtant, dans la liste des ingrédients on ne retrouve que l’églantier (Rosa canina)… en deux endroits de la formule (une fois en 2e position et une autre fois en 8e position, après le parfum). Que faut-il en conclure ? Il est amusant de voir que le sérum à la rose musquée renferme principalement de l’aloe vera (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/aloe-vera-c-est-trop-beau-pour-etre-vrai-422/). On constate qu’il y a aussi de la résine de Protium heptaphyllum, substance qui fait partie de l’arsenal médical traditionnel de la région amazonienne. Elle est obtenue par excision du bois constitutif du tronc de l’arbre et est indiquée pour traiter diverses pathologies cutanées, du fait de son effet cicatrisant, mais également de ses propriétés analgésiques (Francisco A. Oliveira, Mariana H. Chaves, Fernanda R.C. Almeida, Roberto C.P. Lima, Vietla Satyanarayana Rao, Protective effect of α- and β-amyrin, a triterpene mixture from Protium heptaphyllum (Aubl.) March. trunk wood resin, against acetaminophen-induced liver injury in mice, Journal of Ethnopharmacology, 98, 1–2, 2005, 103-108). Avec l’arbre fruitier dénommé Lannea microcarpa, on nous fait faire un bond dans l’espace et l’on se retrouve en Afrique, dans la région soudano-sahélienne ; au Nigeria, les feuilles, l'écorce, les racines et les fruits du raisinier sont utilisés pour traiter des symptômes aussi différents que les aphtes, les rhumatismes, les maux de gorge, la dysenterie, les furoncles, le scorbut, le rachitisme et la toux. Les fruits sont couramment consommés et permettent la production de boissons locales. La richesse de ce fruit en anthocyanes fait de lui un bon antioxydant. On regrettera la présence d’alcool et de nombreux allergènes… Ceci est dit en passant car cette gamme ne se présente pas comme une gamme hypoallergénique.

« Ma crème de jour » revendique également la présence de Rosa mosqueta… Elle est effectivement annoncée en 2e position de la liste des ingrédients, désignée sous le nom INCI « Rosa moschata seed oil ». Il y a à boire et à manger dans cette crème de jour. L’agave à tequila dont nous avons déjà eu l’occasion de parler (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/un-nettoyant-surgras-sans-gras-mais-tres-bien-quand-meme-c-est-un-concept-yves-rocher-423/) est là pour accompagner un caviar (roe extract : extrait d’œufs de poisson) ! En revanche, il n’y a aucun filtre UV (pas plus naturel que synthétique) ; on nous en annonce pourtant un… Ce n’est pas nous qui allons nous en plaindre… Les filtres UV, nous les voulons dans les produits de protection solaire et non dans les produits d’hygiène, de soin ou de maquillage. Il est curieux de retrouver une protéase à effet kératolytique dans un produit qui nous laisse entendre qu’il est protecteur solaire. L’extrait de racine de Boerhavia diffusa (Punarvana) nous emmène en Inde. La plante entière, réduite en poudre, est appliquée localement dans le traitement des furoncles (Jyotsana Sharma, Sumeet Gairola, Yash Pal Sharma, R.D. Gaur, Ethnomedicinal plants used to treat skin diseases by Tharu community of district Udham Singh Nagar, Uttarakhand, India, Journal of Ethnopharmacology, 158, Part A, 2014, 140-206).

Ces cosmétiques chantent faux (mais cela arrive aussi dans la célèbre émission que nous pastichons aujourd’hui)… il y a des imprécisions, des maladresses, des erreurs… Bref, comme aiment à le dire les coachs : « C’est un peu bleu. » Et puisqu’aujourd’hui nous somme dans le pastiche, nous allons nous retourner et dire à Azucena : « On te veut dans notre équipe car tu as encore beaucoup à apprendre ! »

Comme nous imaginons que la mise de fonds ne doit pas poser de problème à Azucena, nous lui soufflerons l’idée de s’entourer d’un service réglementaire performant qui pourra corriger les erreurs que nous lui avons signalées.
En s’entourant d’une chorale qui chante bien, cette petite gamme (à prix élevé tout de même !) ne manquera pas de séduire toutes les femmes qui rêvent de ressembler à celle qui a fait craquer le chanteur (https://www.gala.fr/stars_et_gotha/azucena_caamano) Florent Pagny !

Huile pure de Rosa mosqueta : Rosa canina fruit oil, tocoferol mixed

Sérum bio-actif régénérant : Aloe barbadensis leaf juice, rosa canina fruit oil, bentonite, xanthan gum, gluconolactone, parfum, sodium benzoate, rosa canina fruit extract, protium heptaphyllum resin extract, glycerin, benzyl alcohol, tocopherol mixed, sodium stearoyl glutamate, citric acid, ethyl lauroyl arginate HCI, alcohol, calcium gluconate, lannea microcarpa fruit extract, benzyl salicylate, citral, citronellol, géraniol, limonene, linalool

Ma crème de jour : Aqua, Rosa moschata seed oil, Cetearyl alcohol, Isoamyl laurate, glycerin, distarch phosphate, sorbitan stearate, simmondsia chinensis seed oil, agave tequilana leaf extract, behenyl pca, boerhavia diffusa root extract, citrus aurantium amara flower extract, disodium phosphate, glyceryl caprylate, helianthus annuus seed oil, inulin lauryl carbamate, isoamyl cocoate, lauryl pca, levulinic acid, maltose, p-anisic acid, propanediol, protease, roe extract, rosmarinus officinalis leaf extract, sodium chloride, sodium hyaluronate, sodium hydroxyde, sodium levulinate, sodium phosphate, solanum lycopersicum fruit extract, sorbitol, squalane, xanthan gum, [farnesol . geraniol . linalool . limonene]

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour nous avoir permis, le temps d’un Regard, de nous substituer à Mika !






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