Nos regards
Les philocomes, des cosmétiques oubliés

> 25 novembre 2017

Les philocomes, des cosmétiques oubliés Au début du XXe siècle, les publicités concernant les produits « miraculeux » abondent. Alors que les contours réglementaires sont encore très flous, cosmétiques et médicaments tentent de séduire le patient et/ou le consommateur, à grand renfort de promesses de « résultats exceptionnels ».

La pommade Philococome Grandclément a attiré notre attention dans la mesure où le laboratoire localisé à Orgelet dans le Jura (le nom de la localité prédisposait le laboratoire à se spécialiser plutôt dans le traitement des pathologies ophtalmiques !) nous précise que le produit est « unique au monde ». Cela mérite de creuser un peu !

La pommade Philocome fait des merveilles, nous dit-on, au niveau capillaire. Sont appelées philocomes des préparations grasses composées généralement d’axonge et d’huile d’œillette, à parts égales. L’axonge correspond tout simplement à de la graisse de porc et l’huile d’œillette est une huile qui est obtenue à partir des graines de capsules de pavot noir (Dorvault F., L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 p). Différents parfums (huiles essentielles de géranium, de girofle, de rose, de citron…) peuvent venir améliorer les caractères organoleptiques de cette préparation grasse destinée à favoriser la pousse du cheveu (Le Florentin R, Cosmétiques et produits de beauté, Paris, 1938, 201 p).

Le Philocome Grandclément n’est pas n’importe quel philocome… Il est composé, quant à lui, de pommade dite Baume nerval du Codex (100 g) et d’axonge benzoïnée d’Amérique (200 g) (Cerbelaud R., Formulaire de parfumerie - 1933). Le baume nerval ou nervine ou encore onguent nervin est lui-même composé de moelle de bœuf (350 g), d’huile d’œillette (100 g), de beurre de muscade (450 g), d’huile volatile de romarin (30 g), d’huile volatile de girofle (15 g), de camphre pulvérisé (15 g), de baume de Tolu (30 g), d’alcool à 80° (60 g). Ce baume nerval est stimulant, fortifiant, anti-rhumatismal (Dorvault F., L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 p).

Ce Philocome conviendrait donc parfaitement à des chutes de cheveux liées à un problème nerveux… un stress… Cette intrusion du domaine médical dans le domaine cosmétique montre à quel point les interconnexions entre les deux secteurs sont nombreuses.

La moelle de bœuf constitue un produit opothérapique très en vogue à cette époque. Cerveau, extraits embryonnaires, estomac, ganglions lymphatiques, placenta, poumon, rate, rein, thymus de brebis, de veau, de mouton, de bœuf… sont incorporés « avec gourmandise » dans un certain nombre de préparations magistrales. On ne s’étonnera donc pas de retrouver cette moelle de boeuf dans ce type de pommade. On sait, en effet, que la moelle « sert à préparer un électuaire reconstituant donné aux jeunes mères, après un accouchement difficultueux (sic), aux chlorotiques… » (Dorvault F., L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 p). On peut donc aisément lui accorder, en plus, des propriétés concernant la pousse des cheveux.

Cette pommade est appliquée à l’aide d’« une petite brosse douce », à l’aide de laquelle on « frictionne alors la base des cheveux » (Cerbelaud R., Formulaire de parfumerie, 1933).

Le choix de la forme galénique n’est pas laissé au hasard. On croit alors, dur comme fer, que l’une des causes de la chute de cheveux est liée à « un cuir chevelu maigre et sec ». Afin de ramener la « vitalité et la force » au niveau des milliers de follicules pileux qui se pressent au sommet de notre crâne, une solution s’impose : apporter du gras. La pommade, un excipient anhydre, est donc l’excipient de choix (Villiers C., De la beauté chez la femme, 1910). Des agents émollients sont les bienvenus. Le Dr Lusi se plaît à rappeler à ses lectrices (il s’agit, en effet, d’un auteur pour dames !) que « Les cheveux vous quittent quand vous êtes dures avec eux. » (Lusi, La femme moderne, 1905).

Le baume nerval qui constitue la base de ce philocome est alors mis à toutes les sauces. On le recommande aussi bien pour la beauté des seins que pour la pousse des cheveux. « Lorsqu’une jeune fille voit que les années passent sans lui apporter ces charmes tant désirés, elle doit aider la nature par tous les moyens que la science met à sa disposition. » Pratiquer une certaine gymnastique, se lotionner à l’eau froide, utiliser la fée électricité (« N’importe quelle pile bon marché convient pour cet usage pourvu qu’elle ne soit pas trop forte »), boire de la bière (« bière brune très maltée »), masser le bout des seins avec la pommade nerval (15 g) additionnée d’huile parfumée (15 g) (Villiers C., De la beauté chez la femme, 1910).

Connaissant maintenant parfaitement bien la composition du Philocome Grandclément, nous pouvons affirmer que cette pommade n’a pas dû permettre la repousse de beaucoup de cheveux ! En revanche, et contrairement à ce qu’elle indiquait, elle a dû en graisser plus d’un ! Le tout faisant mentir l’origine étymologique de son nom (du grec « philéo », aimer d’amitié et « komé », la chevelure )…






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