Nos regards
Le thé dans la tasse ou dans le pot, une panacée bien sympathique !

> 15 février 2018

Le thé dans la tasse ou dans le pot, une panacée bien sympathique ! « Le thé est en Chine, comme la vigne en France, un objet de la plus grande importance », c’est sur cette phrase hautement symbolique que s’ouvre la monographie du « Thé » dans la bible du pharmacien qu’est l'ouvrage de François Dorvault. Consommé depuis des millénaires en Chine, il faut attendre la moitié du XVIIe siècle pour le voir débarquer en Europe (Dorvault F. L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 p).

Madame de Sévigné qui est passée reine dans l’art de dévoiler les petits secrets de la vie quotidienne de ses contemporains rend compte de l’attrait qu’exerce cette boisson toute nouvelle. Sa correspondance qui est émaillée de petites anecdotes nous montrent à quel point il est difficile de rester en bonne santé lorsque l’on vit au XVIIe siècle. Purges à l’aide de melons ou de fraises, saignées à tire-larigot, bouillon de vipères et compresses de vin blanc à volonté... tout est mis en œuvre pour chasser les miasmes de manière plus ou moins raisonnée.

Le chocolat est alors considéré comme un remède que l’on utilise à différentes fins (ou faims !) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/conseils-medicaux-et-esthetiques-a-la-sevigne-369/).

Le thé, quant à lui, est une boisson-plaisir qui est parfois dégustée en très grande quantité. La princesse de Tarente « prend tous les jours douze tasses de thé. Elle le fait infuser comme nous, et remet encore dans la tasse plus de la moitié d’eau bouillante. » Le landgrave de Hesse-Cassel en boit, quant à lui, quarante tasses tous les matins ! (Madame de Sévigné – Lettres choisies, Folio classique, 1988, 384 p.)

Concernant les vertus du thé, celles-ci ont fait l’objet de très nombreuses publications. Certaines enfoncent des portes ouvertes, d’autres sont plus intéressantes.

L’on n’a pas attendu que des chercheurs se penchent de manière scientifique sur la question pour se rendre compte que consommer ce type de boisson permet d’améliorer ce que l’on nomme aujourd’hui la « qualité de vie ». De nombreuses études ont été réalisées afin de connaître l’impact de la consommation de thé, de café ou de chocolat sur les pathologies dépressives, celles-ci ayant un coût notoire du point de vue de leur prise en charge médicale. Les résultats sont assez mitigés. Effets bénéfiques, nuls voire délétères sur les troubles de l’humeur… les avis sont partagés. Ajouter à cela que l’addition d’un nuage de lait ou de pierre(s) de sucre aux différents breuvages peut modifier la biodisponibilité des ingrédients actifs… (Tatiana García-Blanco, Alberto Dávalos, Francesco Visioli, Tea, cocoa, coffee, and affective disorders: vicious or virtuous cycle? Journal of Affective Disorders, 2017, 61-68) et nous voilà revenues à la case départ !

L’on n’a pas attendu que des chercheurs croisent des milliers de données pour aboutir à la conclusion que le thé (et ce tout particulièrement grâce à la caféine et à la théanine qu’il contient) permet d’améliorer la qualité de concentration et la mémoire (Edele Mancini, Christoph Beglinger, Jürgen Drewe, Davide Zanchi, Stefan Borgwardt, Green tea effects on cognition, mood and human brain function: A systematic review. Phytomedicine, 34, 2017, 26-37). Des générations d’étudiants en ont fait l’expérience !

Il a fallu attendre 2017, en revanche, pour s’entendre dire que quitte à fumer autant le faire en buvant du thé, les constantes biologiques sanguines s’en trouvant améliorées (Marthadu Shakeela Begum, Bulle Saradamma, Vaddi Damodara Reddy, Pannuru Padmavathi, N.C. Varadacharyulu, Influence of green tea consumption on cigarette smoking-induced biochemical changes in plasma and blood, Clinical Nutrition Experimental, 16, 2017, 1-12). A raison de deux tasses de thé noir par jour (2 g de thé pour 150 mL d’eau par tasse) l’activité anti-oxydante de la salive de fumeurs et de non-fumeurs se trouve augmentée respectivement de l’ordre de 2% et de 43%. Notons qu’au bout de 21 jours le groupe des fumeurs n’a toujours pas réussi à rejoindre le groupe des non-fumeurs du point de vue de l’activité anti-oxydante de leur salive (celle-ci est environ 1,5 fois plus anti-oxydante) (Somayyeh Azimi, Zahra Mansouri, Sedigheh Bakhtiari, Marc Tennant, Azam Daraei, Does green tea consumption improve the salivary antioxidant status of smokers?, Archives of Oral Biology 78, 2017, 1-5).

Les nombreuses propriétés attribuées au thé sont dues à la présence de polyphénols et plus précisément de flavonols (quercétine, kaempférol, myricétine) et de flavan-3 ols (catéchines et théaflavines). Selon la localisation géographique du lieu de culture et selon la morphologie de la plante, les teneurs en polyphénols et, par conséquent, le pouvoir anti-oxydant varient. On privilégiera le thé à petites feuilles de haute altitude, par rapport au thé à larges feuilles de plaine si l’on cherche à optimiser la teneur en polyphénols (Chuang Zhang, Claire Li-Chieh Suen, Chao Yang, Siew Young Quek, Antioxidant capacity and major polyphenol composition of teas as affected by geographical location, plantation elevation and leaf grade, Food Chemistry 244, 2018, 109-119).

Selon son mode d’obtention, le thé se verra nommé de manière différente. On référencie 5 types de thé : le thé non fermenté (thé vert), le thé légèrement fermenté (thé blanc ou jaune), le thé semi-fermenté (thé Oolong), le thé fermenté (thé noir) et le thé post-fermenté (thé sombre) (Guijie Chen, Qingxia Yuan, Muhammad Saeeduddin, Shiyi Ou, Hong Ye, Recent advances in tea polysaccharides: Extraction, purification, physicochemical characterization and bioactivities, Carbohydrate Polymers 153, 2016, 663-678).

Avant de devenir un ingrédient cosmétique fréquemment retrouvé dans les produits du commerce (le Cosing attribue aux feuilles de Camellia sinensis des propriétés parfumantes et un effet conditionneur) (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=55219), le thé a été regardé de manière prudente par les sociétés cosmétiques qui le rangeaient dans la catégorie des boissons à éviter au même titre que le café ou les liqueurs en cas d’acné. « Le moindre écart de régime » est alors jugé responsable de « l’éclosion de l’acné » (G. Clarks, Le nouveau bréviaire de la beauté, Paris, 1912, 192 p.).

Le thé est désormais présent dans de nombreuses formules pour son effet astringent.

On lui reconnaît depuis peu un effet éclaircissant (par effet inhibiteur de la tyrosinase, l’enzyme-clé de la mélanogenèse) et anti-âge (par effet inhibiteur des collagénases) (Yang-Hee Hong, Eun Young Jung, Dong Ouk Noh, Hyung Joo Suh, Physiological effects of formulation containing tannase-converted green tea extract on skin care: physical stability, collagenase, elastase, and tyrosinase activities. Integrative Medicine Research 3, 1, 2014, 25-33). Reste à savoir ce que l’on entend par « Camellia leaf extract » !

Effet anti-oxydant, effet anti-inflammatoire, effet cicatrisant, effet protecteur du follicule pileux soumis à irradiation… la liste des bénéfices supposés est longue !

Une précision : c’est le thé vert qui sort du lot et qui concentre tous les bienfaits. Vraiment, le thé mérite d’être bu, d’être appliqué sur la peau… avec ou sans sucre, avec ou sans nuage de lait !






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