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L’huile d’onagre, une mauvaise herbe dont on peut prendre de la graine !

> 16 janvier 2019

L’huile d’onagre, une mauvaise herbe dont on peut prendre de la graine !

Oenothera biennis ou evening primrose, une « mauvaise » herbe qui nous vient d’Amérique

L’onagre, une plante de la famille des Onagracées est considérée, par certains, comme une mauvaise herbe. Pas par tout le monde toutefois, puisqu’elle répond également aux jolis noms de « primevère du soir » (evening primrose) ou de « panacée du roi », dans la mesure où cette herbe possède la réputation de guérir tout ou presque tout ! Originaire d’Amérique, elle fait partie de la trousse médicale chère aux Indiens qui utilisent sa racine en tisane pour traiter les troubles intestinaux et en cataplasme pour frotter les muscles des athlètes et leur donner de la vigueur.1 Cette herbe commune s’est acclimatée sous nos latitudes à partir du XVIIe siècle en s’installant de façon privilégiée au niveau des terrains sablonneux.2 Elle est actuellement cultivée en Europe, au Canada ou en Chine et constitue une matière première de choix tant dans le domaine du complément alimentaire, que dans le domaine cosmétique.3 Des études réalisées sur animaux montrentson intérêt en cas d’alimentation composée de corps gras saturés, par réduction, entre autres, du phénomène d’agrégation plaquettaire responsable du phénomène d’athérosclérose.4,5

Une plante utilisée en médecine traditionnelle

L’huile d’onagre est utilisée en médecine traditionnelle pour traiter différentes pathologies telles que l’eczéma, l’asthme, la polyarthrite rhumatoïde, les troubles prémenstruels et les troubles liés à la ménopause, en permettant de réduire l’intensité des bouffées de chaleur.6 Des travaux récents font état de sa place dans l’arsenal thérapeutique naturel des femmes d’Amérique du sud souhaitant contrer les effets de la ménopause. L’huile d’onagre est censée réduire le phénomène de dépression et la sensation de fatigue. On consommera également des bananes pour retrouver un peu d’énergie, du soja et du pollen pour limiter les bouffées de chaleur. L’avocat sera mis au menu afin de lutter, si l’on veut bien y croire, contre les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes. Epinards, saumon, yaourts et fromages préviendront l’ostéoporose7… Le rôle de l’huile d’onagre dans la prévention des troubles de la ménopause ne repose sur aucune étude sérieuse.8 L’utilisation de compléments alimentaires à base d’huile d’onagre ne réduit pas, en effet, les mastalgies de façon plus convaincante qu’une huile de foie de poisson ou que de l’huile de germes de blé.9

L’huile d’onagre, sa composition

L’huile obtenue à partir des graines (comptez sur un rendement de 20 à 30 % ; le rendement de 30 % est obtenu, en particulier, lorsque la salinité est élevée)10,11 est caractérisée par sa richesse en acides gras insaturés. Les acides oléique (7 %), linoléique (74 %) et linolénique (9 %) sont les acides gras les mieux représentés. L’huile d’onagre n’est pas la championne toutes catégories quant à sa richesse en acide gamma-linolénique. Elle est, en effet, bien loin derrière l’huile de bourrache (teneur voisine de 20 %) et l’huile de pépins de cassis (teneur comprise entre 15 et 20 %).12

La fraction insaponifiable, composée de plus de 50 % de phytostérols, représente 1,5 à 2 % des constituants de cette huile, ce qui est remarquable en comparaison de la plupart des autres huiles.6 Assez proche de l’huile de germes de blé (la teneur en stérols avoisine 0,95 %), l’huile d’onagre se distingue de l’huile de tournesol et de l’huile d’olive dont les teneurs respectives en stérols sont de 0,73 % et 0,17 %. Le béta-sitostérol et le campestérol sont les deux stérols les mieux représentés. Notons également la présence de polyphénols. L’acide férulique est le polyphénol le plus abondant (environ 25 mg/kg d’huile)13. Des alcools aliphatiques à longues chaînes, les hexacosanol (C26OH), tétracosanol (C24OH), docosanol (C22OH) et octocosanol (C28OH)14 et des triterpènes pentacycliques (3-O-trans-caffeoyl dérivés des acides betulinique, morolique) ont également été identifiés.15

L’huile d’onagre, pour un effet apaisant

La fraction stérolique de l’huile d’onagre, en réduisant la production d’un certain nombre de facteurs de l’inflammation (Tumor necrosis factor-alpha, Interleukine 1 bêta, Thrombaxe B2), concoure à un certain effet anti-inflammatoire.16 Les alcools gras à longues chaînes exercent une action similaire.14 Les triterpènes pentacycliques, quant à eux, jouent le rôle de capteurs de radicaux libres.15

L’huile d’onagre, une huile tout public

Dans les années 1980, aurait été mise en évidence une contre-indication de l’huile d’onagre (par voie topique ou par voie orale) chez le patient épileptique. Ceci n’a jamais été corroboré depuis ; des travaux datant de 2007 viennent même contredire purement et simplement cette idée.17

Pour les sujets atopiques, l’huile d’onagre est l’huile de la situation. Comme la fonction barrière de la peau est défectueuse, l’utilisation de corps gras au quotidien est recommandée. Les mamans indiennes réalisent à cette fin des massages à l’aide de diverses huiles (coco, tournesol, olive).18 L’incorporation d’huile d’onagre à propriétés émollientes dans une préparation topique constitue un moyen simple d’améliorer le confort cutané du patient. Il n’y a pas nécessité de réaliser une supplémentation à l’aide de compléments alimentaires, celle-ci n’ayant pas fait preuve de son intérêt.19,20

L’huile d’onagre vierge, non raffinée

C’est ainsi que certains la préfèrent considérant que la fraction insaponifiable est ainsi parfaitement préservée.21

L’huile d’onagre, en bref

Cette huile, très utilisée dans le domaine cosmétique, est la marque de fabrique des cosmétiques Onagrine qui mettent cet ingrédient à l’honneur dans tous les produits de la gamme. On en retrouve également dans d’autres gammes telles qu’A-Derma,22 Avène,23 Nivea24 et bien d’autres. Cet émollient25 qui ne guérit certainement pas tout convient parfaitement pour la formulation cosmétique. Il conviendrait certainement qu’on lui décerne le titre de « reine des ingrédients » !

Bibliographie

1 Anna K. Kiss, Marek Naruszewicz, Polyphenolic compounds characterization and reactive nitrogen species scavenging capacity of Oenothera paradoxa defatted seed extracts, Food Chemistry, 131, 2, 2012, Pages 485-492

2 Adina Horablaga, Nicolae Marinel Horablaga, Daniel Grosz, Dacian Lalescu, Ilinca Imbrea, The behaviour of the Oenothera biennis L. in the biological culture, Journal of Biotechnology, 161, Supplement, 2012, Page 19

3 William A. Court, John G. Hendel, Robert Pocs, Determination of the fatty acids and oil content of evening primrose (Oenothera biennis L.), Food Research International, 26, 3, 1993, Pages 181-186

4 J. P. De La Cruz, L. Quintero, J. Galvez, M. A. Villalobos, F. Sánchez de la Cuesta, Antioxidant potential of evening primrose oil administration in hyperlipemic rabbits, Life Sciences, 65, 5, 1999, Pages 543-555

5 J. P De La Cruz, M Martín-Romero, J. A Carmona, M. A Villalobos, F Sánchez de la Cuesta, Effet of evening primrose oil on platelet aggregation in rabbits fed an atherogenic diet, Thrombosis Research, 87, 1, 1997, Pages 141-149

6 Railane F. Rodrigues, Isabele C. Costa, Fernanda B. Almeida, Rodrigo A. S. Cruz, Caio P. Fernandes, Development and characterization of evening primrose (Oenothera biennis) oil nanoemulsions, Revista Brasileira de Farmacognosia, 25, 4, 2015, Pages 422-425

7 T. D. Locklear, B. J. Doyle, A. L. Perez, S. M. Wicks, G. B. Mahady, Menopause in Latin America: Symptoms, attitudes, treatments and future directions in Costa Rica, Maturitas, 104, 2017, Pages 84-89

8 D. Budeiri, A. Li Wan Po, J. C. Dornan, Is evening primrose oil of value in the treatment of premenstrual syndrome? Controlled Clinical Trials, 17, 1, 1996, Pages 60-68

Jacqueline Blommers, Elisabeth S. M. de Lange-de Klerk, Dirk J. Kuik, Pieter D. Bezemer, Sybren Meijer, Evening primroseoil and fish oil for severe chronic astalgia: A randomized, double-blind, controlled trial, American Journal of Obstetrics and Gynecology, 187, 5, 2002, Pages 1389-1394

10 Azim Ghasemnezhad, Bernd Honermeier, Seed yield, oil content and fatty acid composition of Oenothera biennis L. affected by harvest date and harvest method, Industrial Crops and Products, 25, 3, 2007, Pages 274-281

11 Bruria Heuer, Zohara Yaniv, Israela Ravina, Effect of late salinization of chia (Salvia hispanica), stock (Matthiola tricuspidata) and evening primrose (Oenothera biennis) on their oil content and quality, Industrial Crops and Products, 15, 2, 2002, Pages 163-167

12 José Luis Guil-Guerrero, Francisco Gómez-Mercado, Rebeca Pilar Ramos-Bueno, María José González-Fernández, Gérard de Bélair, Fatty acid profiles and sn-2 fatty acid distribution of γ-linolenic acid-rich Borago species, Journal of Food Composition and Analysis, 66, 2018, Pages 74-80

13 S. Montserrat-de la Paz, M. A. Fernández-Arche, M. Ángel-Martín, M. D. García-Giménez, Phytochemical characterization of potential nutraceutical ingredients from Evening Primrose oil (Oenothera biennis L.), Phytochemistry Letters, 8, 2014, Pages 158-162

14 S. Montserrat-de la Paz, M. D. García-Giménez, M. Ángel-Martín, M. C. Pérez-Camino, A. Fernández Arche, Long-chain fatty alcohols from evening primrose oil inhibit the inflammatory response in murine peritoneal macrophages, Journal of Ethnopharmacology, 151, 1, 2014, Pages 131-136

15 Basant K Puri, The clinical advantages of cold-pressed non-raffinated evening primroseoil over refined preparations, Medical Hypotheses, 62, 1, 2004, Pages 116-118

16 Sergio Montserrat-de la Paz, Ángeles Fernández-Arche, María Ángel-Martín, María Dolores García-Giménez, The sterols isolated from Evening Primrose oil modulate the release of proinflammatory mediators, Phytomedicine, 19, 12, 2012, Pages 1072-1076

17 B. K. Puri, The safety of evening primrose oil in epilepsy, Prostaglandins, Leukotrienes and Essential Fatty Acids, 77, 2, 2007, Pages 101-103

18 Rashmi Sarkar, Isha Narang, Atopic dermatitis in Indian children: The influence of lower socioeconomic status, Clinics in Dermatology, 36, 5, 2018, Pages 585-594

19 Justine Fenner, Nanette B. Silverberg, Oral supplements in atopic dermatitis, Clinics in Dermatology, 36, 5, 2018, Pages 653-658

20 Joel T. M. Bamford, Robert W. Gibson, Colleen M. Renier, Atopic eczema unresponsive to evening primroseoil (linoleic and γ-linolenic acids), Journal of the American Academy of Dermatology, 13, 6, 1985, Pages 959-965

21 Basant K Puri, The clinical advantages of cold-pressed non-raffinated evening primroseoil over refined preparations, Medical Hypotheses, 62, 1, 2004, Pages 116-118

22 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/huile-exomega-cette-huile-n-est-pas-une-huile-300/

23 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-c-est-vraiment-bien-pour-bebe-c-est-aussi-le-cas-pour-les-adultes-c-est-comme-ca-chez-avene-178/

24 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/nivea-baby-sans-soucis-188/

25  http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=35639

 

 

 






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