Nos regards
Gigi et les leçons de séduction cosmétique pour adolescentes avides de conseils…

> 11 février 2018

Gigi et les leçons de séduction cosmétique pour adolescentes avides de conseils… Gilberte alias Gigi (Gigi, 1944) est une jeune fille de 15 ans qui vit dans un univers exclusivement féminin, entre une mère, une grand-mère (Mamita) et une grand-tante (tante Alicia). Les unes et les autres ne sont pas à cheval sur les principes moraux. Pour tout dire, Madame Alvarez a conservé du passé « les habitudes honorables des femmes sans honneur ». Toutes les espérances sont placées dans le jolis minois de Gilberte qui est éduquée de façon à plaire à un riche protecteur. Gigi, sous son air naïf, a plus d’un tour dans son sac. Contrairement à ce que l’on pense, c’est elle qui mène la danse.

Madame Alvarez, grand-mère de Gigi, s’y connait en matière de séduction. Si, en ce qui la concerne, elle a mis son charme sous le boisseau (elle est décrite comme ayant « une pâleur beurrée, de l’embonpoint, des cheveux lustrés à la brillantine » et comme usant de « poudre trop blanche »), elle compte bien tout mettre en œuvre pour révéler la beauté de sa petite-fille. Cette adolescente est, à ses yeux, un « lot de matières premières », qui peuvent « s’agencer très bien » ou « très mal », selon les circonstances. La cible, c’est Gaston Lachaille, un magna du sucre, qui arbore une « petite moustache relevée au fer » et une « grosse chevelure taillée en brosse » et qui fréquente Madame Alvarez entre deux conquêtes féminines.

C’est en 6 leçons que l’on apprend à devenir une « vraie » femme chez Madame Alvarez ! Suivez le guide...

De l’importance de rester attentive à son capillaire. Madame Alvarez qui aime à brillantiner ses cheveux raffole de jouer les coiffeuses avec la belle chevelure de Gigi et se plaît à créer des « boucles à l’extrémité des cheveux ». « Elle pinçait à plat, entre les demi-boules du fer chaud, les mèches blond cendré, tournées en rond et emprisonnées dans le papier fin. Sa patience, l’adresse de ses mains douillettes assemblaient en grosses boucles dansantes et élastiques l’épaisseur magnifique d’une chevelure soignée qui ne dépassait guère les épaules de Gilberte. L’odeur vaguement vanillée du papier fin, celle du fer chauffé engourdissaient la fillette immobile ».

De l’importance du maquillage. Andrée Alvar, la mère de Gigi est artiste de music-hall. « Les fards la rendaient encore plus jolie ; mais démaquillée, elle avait le bord des yeux rose et la bouche décolorée. Aussi tante Alicia affirmait-elle que les succès d’Andrée sur la scène ne la suivaient pas à la ville. »

De l’importance d’une hygiène intime méticuleuse. « Car Madame Alvarez avait fortement inculqué à sa descendance, entre autres vertus, le respect de certains rites et de maximes telles que : « La figure, tu peux, à la rigueur, la remettre au lendemain matin, en cas d’urgence et de voyage. Tandis que le soin du bas du corps, c’est la dignité de la femme.» »

De l’importance d’une tenue impeccable quelles que soient les circonstances. Comme Ovide (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ovide-la-star-antique-du-relooking-355/) et Balzac (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/secret-cosmetique-de-clemence-desmarets-419/) qui enseignent aux femmes l’art de plaire même dans l’intimité, Madame Alvarez gourmande sa fille lorsqu’elle la voit se mettre à l’aise, une fois sa journée terminée. « Madame Alvarez toisa sa fille, des bigoudis cornus aux pantoufles de feutre : on voit que tu n’as pas à craindre le regard de l’homme, ma fille. La présence d’un homme, ça vous guérit une femme de porter peignoir et savates. »

De l’importance de l’éclat du teint. Lorsque Gigi se rend chez tante Alicia, celle-ci l’examine tel un maquignon inspectant ses chevaux. « Tu ne dois avoir ni pincer un point noir. Je te donnerai mon eau astringente. »

De l’importance d’une bonne tasse de camomille. Celle-ci réconforte les invités et constitue une lotion souveraine pour les yeux (« Emporte le reste de camomille pour te baigner les yeux. »). Gaston Lachaille est un grand amateur de la camomille préparée par Mamita. « Vous me croirez si vous voulez, Gaston, bien des fois, je cueille ma meilleure camomille à Paris même, dans des terrains vagues, une camomille toute petite qui n’a pas d’aspect. Mais elle a un goût exquis. »

Des conseils concernant l’hygiène intime ou la pureté du teint, en passant par des parties de piquet acharnées ou des pauses réconfortantes autour d’une tasse de tisane, tout est mis en œuvre pour conquérir le cœur de Gaston. Et contrairement à ce que craignent ses chères parentes, Gigi y parviendra fort bien !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour un collage auquel on pourrait donner comme titre « attention, si tu veux séduire, c'est pas vraiment ça... tu t’laisses aller »…






Retour aux regards