Nos regards
Le calendula, de Hildegarde aux produits cosmétiques modernes une histoire sans souci !

> 10 février 2018

Le calendula, de Hildegarde aux produits cosmétiques modernes une histoire sans souci ! Les poètes et les fleurs nourrissent, depuis des siècles, des liens d’affection étroits et même parfois très étroits. Les fleurs des champs, les petites fleurs roses, les fleurs d’oranger, les violettes, les pavots sauvages… font rimer les poètes (« Les paupières des fleurs, de larmes toujours pleines/Ces visages brumeux qui, le soir, sur les plaines/ Dessinent les vapeurs qui vont se déformant » Victor Hugo) (« Mais, avant toute chose,/J'aime, au cœur du rocher,/ La petite fleur rose,/ La fleur qu'il faut chercher ! » Théophile Gauthier) (« Si je n'ai point l'éclat ni les vives couleurs/ Qui font l'orgueil des autres fleurs,/ Par mes odeurs je suis plus accomplie » Pierre Corneille) (« Douce violette,/ Vierge humble et discrète » Henri-Frédéric Amiel ») (« Cueillez-moi ce pavot sauvage/ Qui croît à l'ombre de ces blés :/ On dit qu'il en coule un breuvage/ Qui ferme les yeux accablés/).

La rose est certainement la fleur la plus sollicitée ; de ses pétales qui évoquent les joues d’une femme pour le poète Pierre de Ronsard à ses épines qui font philosopher le vieux bonhomme Hugo (« Vivre sans reprocher les épines aux roses »)… les différents organes botaniques sont disséqués afin d’en extraire le principe poétique. La jolie fleur jaune du souci (Calendula officinalis) n’inspire pas vraiment des vers joyeux. Pour Théodore Agrippa d’Aubigné, souci et encolie (sic) ne sont pas sources d’espoir (« Les champs sont abreuvés après moi de douleurs,/ Le souci, l'encolie, et les tristes pensées/ Renaissent de mon sang et vivent de mes pleurs »). Si le souci est beaucoup moins courtisé que sa consœur la rose, c’est pour une raison toute simple. Allez faire un poème avec une fleur dont le nom usuel est synonyme de tracas, de peine, d’ennui…

Hildegarde de Bingen (1098 – 1179), poète, médecin et musicienne à la fois, se situe à l’interface entre le monde de la poésie et celui plus terre à terre de la médecine et de la pharmacie. Cette grande mystique s’intéresse tout particulièrement au règne végétal et propose à ses lecteurs (ou patients) une recette de pommade à base de graisse de porc et de calendula, pour le traitement de ce qu’elle appelle la gale. Appliquée sur le cuir chevelu, la préparation permet également de traiter les croûtes (J. Romaní, M. Romaní, Causes and Cures of Skin Diseases in the Work of Hildegard of Bingen, Actas Dermo-Sifiliográficas (English Edition), 108, 6, 2017, 538-543). Si le souci s’avère sans effet sur la parasitose qu’est la gale, ne doutons pas qu’une préparation grasse à base de calendula pouvait être très utile pour améliorer l’état de la peau dans un certain nombre de circonstances (et en particulier pour permettre de décoller les croûtes grasses au niveau du cuir chevelu ou de la peau).

Le « Meddygion Myddveu » se fait lui aussi l’écho des prouesses du souci. Cette compilation de textes médicaux attribuée aux médecins de Myddfai (Rhiwallon, médecin du prince de Galles au début du XIIIe siècle et ses trois fils) classe, en effet, le souci comme actif anti-pyrétique (Charles Stephen Wagner, Jillian De Gezelle, Maureen Robertson, Keith Robertson, Slavko Komarnytsky, Antibacterial activity of medicinal plants from The Physicians of Myddvai, a 14th century Welsh medical manuscript, J Ethnopharmacol, 203, 2017, 171-181)

Les cosmétologues modernes sont moins frileux que leurs amis poètes. Ils ont trouvé une façon bien plaisante de contourner le problème de vocabulaire lié à cette plante. La présentation des ingrédients végétaux devant être faite à l’aide des noms botaniques, c’est le nom latin soit « calendula officinalis » qui apparaîtra sur les emballages cosmétiques. Le souci est mort, vive le calendula !

On estime à 250 000 le nombre de plantes à fleurs présentes sur l’ensemble du globe. Entre 50 000 et 70 000 sont utilisées ou ont été utilisées de manière empirique en médecine traditionnelle. Leur composition phyto-chimique n’est explorée que dans 25 % des cas et leur activité biologique n’est évaluée que dans 6 % des cas. Une équipe de Belgrade vient de publier une revue de la littérature concernant les plantes utilisées en application topique (c’est-à-dire appliquées directement sur la peau ou incorporées sous forme d’extraits dans une pommade, un baume ou une huile) dans les Balkans, dans le cadre du traitement des blessures. Cent-vingt-huit plantes ont ainsi pu être répertoriées (Plantago major, Hypericum perforatum, Plantago lanceolata, Achillea millefolium, Calendula officinalis, Sambucus nigra, Tussilago farfara…). Le souci fait, bien sûr, partie du lot (Snežana Jarić, Olga Kostić, Zorana Mataruga, Dragana Pavlović, Pavle Pavlović, Traditional wound-healing plants used in the Balkan region (Southeast Europe), J Ethnopharmacol, 211, 2018, 311-328).

Comme on a pu le constater au fil des siècles, le calendula est une plante de la famille des Astéracées présentée comme possédant de nombreuses propriétés thérapeutiques. Sont mises à son palmarès de nombreuses propriétés, dont des propriétés eutrophiques reposant sur un effet anti-infectieux et cicatrisant particulièrement intéressant dans le cadre du traitement des blessures et un effet bénéfique dans le cadre du traitement des ulcères cutanés, de l’eczéma, de l’acné juvénile. Les ingrédients actifs étant de nature lipophile, on déplore une faible biodisponibilité. Une possibilité pour pallier cet inconvénient est de réaliser une encapsulation de l’extrait huileux de calendula dans une nanoparticule. La réduction de la production de cytokines pro-inflammatoires démontrée sur culture de macrophages (THP-1) stimulés par des lipopolysaccharides est plus importante dans le cas de l’utilisation de nanovecteurs que dans le cas de l’utilisation de l’extrait huileux non encapsulé. Le gain d’efficacité est d’environ 20 % pour les interleukines-6 et 1bêta (I. Lacatusu, G. Badea, M. Popescu, N. Bordei, N. Badea, Marigold extract, azelaic acid and black caraway oil into lipid nanocarriers provides a strong anti-inflammatory effect in vivo, Industrial Crops and Products, 109, 2017, 141-150).

De l’œil (M. Isabel Calvo, Rita Yolanda Cavero, Medicinal plants used for ophthalmological problems in Navarra (Spain), J Ethnopharmacol, 190, 2016, 212-218) au pied (S.E. Cioinac, Use of calendula cream balm to medicate the feet of diabetic patients: Case series, International J Nurs Sci, 3, 1, 2016, 102-112), le calendula intéresse les équipes de recherche qui tentent d’en savoir plus sur les propriétés réelles de cette petite plante assez insignifiante, par ailleurs.

Le souci est une plante très étudiée. On en connaît, actuellement, parfaitement bien la composition phytochimique. Des minéraux, des sucres (12 à 25 % du poids sec), des lipides (5 % du poids secs), des acides aminés (4,5 % du poids sec), des polyphénols (0,1 % du poids sec), des caroténoïdes (3 à 5 % du poids sec) ont été analysés au fil des années. Le profil chimique de cette plante est donc parfaitement connu (T.A. Re, D. Mooney, E. Antignac, E. Dufour, G. Nohynek, Application of the threshold of toxicological concern approach for the safety evaluation of calendula flower (Calendula officinalis) petals and extracts used in cosmetic and personal care products, Food Chem Toxicol, 47, 6, 2009, 1246-1254). Triterpènes, flavonoïdes et polysaccharides sont les molécules impliquées dans les phénomènes de cicatrisation et de prévention de l’inflammation (K.F.M. Patrick, S. Kumar, P.A.D. Edwardson, J.J. Hutchinson, Induction of vascularisation by an aqueous extract of the flowers of Calendula officinalis L. the European marigold, Phytomed, 3, 1, 1996, 11-18).

Tout récemment, une équipe indienne nous apprend à faire du neuf avec de l’ancien en compilant les propriétés spécifiques d’un certain nombre de plantes et en en recherchant les applications cosmétiques (A.I. Charles Dorni, Augustine Amalraj, Sreeraj Gopi, Karthik Varma, S.N. Anjana, Novel cosmeceuticals from plants—An industry guided review, Journal of Applied Research on Medicinal and Aromatic Plants, 2017). L’extrait de souci y apparaît comme un ingrédient hydratant et protecteur solaire. Voilà semble-t-il deux cordes de plus à l’arc de cet ingrédient. On peut douter, toutefois, d’un quelconque effet photo-protecteur et ce d’autant plus que les extraits végétaux sont incorporés à faible pourcentage pour une raison de coût…

Reste à savoir ce que l’on met sous le terme extrait de souci (calendula officinalis extract)… Il sera difficile de prévoir l’efficacité d’un produit cosmétique renfermant un extrait de souci, dans la mesure où celle-ci est liée à la concentration en molécules actives et que cette concentration varie avec le solvant utilisé, la nature du sol du lieu où la culture a été réalisée, la saison du prélèvement…

Contrairement à une molécule de synthèse qui présente un degré de pureté élevé et une empreinte chimique toujours identique, l’extrait végétal de composition complexe et variable présente la même opacité que celle d’une bouteille d’encre !

Si des efforts sont certainement à faire quant à la qualité des extraits végétaux utilisés en cosmétologie, ne boudons pas l’extrait de calendula et effeuillons le souci, sans souci !

On l’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !






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