Nos regards
Genevrier versus Pierre Fabre, le combat pour la cicatrisation : un seul gagnant !

> 17 février 2018

Genevrier versus Pierre Fabre, le combat pour la cicatrisation : un seul gagnant ! Il y a plus d’un an, nous attirions l’attention sur le dispositif médical Ialuset, commercialisé par les laboratoires Genevrier (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ialuset-une-drole-de-composition-pour-un-dispositif-medical-74/). Ce dispositif médical, indiqué comme « cicatrisant dans le traitement des plaies non infectées, suintantes ou surinfectées, aiguës ou chroniques, dont les ulcères de jambe » (http://www.laboratoires-genevrier.com/produits/ialuset-creme-et-compresse/) avait de quoi nous surprendre.

Le sel de sodium de l’acide hyaluronique à 0,2% est mis en avant. A cela rien à redire. Découvert dans les années 1930 dans l’humeur vitrée de l’œil de bœuf par Karl Meyer (Karl Meyer, John W. Palmer, On the Nature of the Ocular Fluids. American Journal of Ophthalmology, 19, 10, 1936, 859-865), puis extrait de la crête de coq à des fins cosmétiques, l’acide hyaluronique est une véritable ferme pédagogique à lui tout seul (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/avec-l-acide-hyaluronique-bonne-annee-du-coq-73/) ! Si l’on ajoute que la sangsue (Hirudo medicinalis) produit une salive qui contient des hyaluronidases (enzymes capables de dégrader l’acide hyaluronique)… le tableau est complet (Karl Meyer, Hyaluronidases, The Enzymes, 5, 1971, 307-320). Non, pas tout à fait. Le même Karl Meyer, qui a fait les yeux doux aux bœufs destinés à l’abattoir, s’est penché, quelques années plus tard, sur la peau du requin et y a trouvé des teneurs variables en acide hyaluronique, selon les espèces étudiées (Nobuko Seno, Karl Meyer, Comparative biochemistry of skin the mucopolysaccharides of shark skin, Biochimica et Biophysica Acta, 78, 2, 1963, 258-264).

C’est également un polymère présent naturellement, à la concentration moyenne de 0,02%, dans la matrice extra-cellulaire constitutive des tissus conjonctifs humains. On considère qu’un sujet pesant 60 kg dispose, dans son organisme, d’environ 12 g d’acide hyaluronique ; une grande partie de celui-ci est localisée au niveau cutané (Daniela Corte Sánchez, Beatriz Raquel Yáñez Ocampo, César Augusto Esquivel Chirino, Use of hyaluronic acid as an alternative for reconstruction of interdental papilla, Revista Odontológica Mexicana, 21, 3, 2017, e199-e207).

L'acide hyaluronique intervient dans le processus de cicatrisation, de différentes manières : en promouvant la différenciation et la migration des cellules épithéliales, en favorisant le phénomène d’angiogenèse et en augmentant la production de collagène (PA Harris, F di Francesco, D Barisoni, IM Leigh, HA Navsaria, Use of hyaluronic acid and cultured autologous keratinocytes and fibroblasts in extensive burns, The Lancet, 353, 9146, 1999, 35-36).

A cause de son poids moléculaire de 5400 Da, il n'est pas capable pénétrer au travers d’une peau saine. Utilisé dans le domaine cosmétique, il joue un rôle dans le maintien de l’hydratation de la peau. Dans le cas d’une peau lésée (par suite d’une brûlure, d’une blessure…), en revanche, l’acide hyaluronique joue pleinement son rôle d’agent cicatrisant (Haiying Li, Yuhan Xue, Bei Jia, Yun Bai, Hongbo Tang, The preparation of hyaluronic acid grafted pullulan polymers and their use in the formation of novel biocompatible wound healing film, Carbohydrate Polymers, 188, 2018, 92-100).

Le problème en ce qui concerne le dispositif médical Ialuset ne vient pas de son ingrédient actif, mais du tensioactif choisi pour stabiliser la préparation. Le laurylsulfate de sodium est un tensioactif anionique irritant qui ne doit pas rester au contact de la peau. Ceci est bien connu de l’industrie cosmétique qui a recours à cette matière première pour générer une inflammation chez le volontaire dans le cadre de la mise en évidence du caractère apaisant d’un certain nombre d’ingrédients d’intérêt cosmétique (B. Teme, N. Ardiet, B. Cadars, S. Trompezinski, E. Jourdan, Interest of 18-β glycyrrhetinic acid and Ginkgo biloba extract to complement acne therapy, Journal of Investigative Dermatology, 136, 9, Supplement 2, 2016, s222). Il est donc vraiment maladroit d’incorporer ce type de tensioactif dans ce type de dispositif médical.

Si le domaine cosmétique ne semble pas vraiment susceptible de proposer des préparations cicatrisantes - la cicatrisation entrant de plein droit dans le domaine médical – on remarque, toutefois, qu’un certain nombre de laboratoires s’adressent aux peaux lésées et baptisent certaines de leurs gammes de noms évocateurs. Les laboratoires Avène sont de ceux-là !

La gamme « Cicalfate » est composée de « Soins qui favorisent la réparation des couches superficielles des peaux irritées suite à des agressions diverses. » (https://www.eau-thermale-avene.fr/corps/soins-specifiques/cicalfate) Un voile pudique est jeté sur ces agressions qui ne sont pas nommées explicitement.

Trois produits sont à disposition. Leur dénominateur commun est un actif, le sucralfate (aluminum sucrose octasulfate). Attention à la terminologie car nous allons maintenant jongler entre l’appellation actif (ingrédient responsable de l’activité du cosmétique) et principe actif (ingrédient responsable de l’activité du médicament) ; le sucralfate a la possibilité, en effet, de porter cette double casquette.

Ce principe actif est utilisé depuis une trentaine d’années dans le domaine médical pour protéger la muqueuse gastrique. Si certaines molécules utilisées à ces fins nous donnent des aigreurs d’estomac (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-teprenone-une-molecule-qui-nous-donne-des-aigreurs-d-estomac-429/), il n’en est pas de même dans tous les cas.

Le sucralfate a également été proposé en usage topique pour diminuer les effets indésirables cutanés liés à la radiothérapie. L’utilisation prophylactique (à raison de 2 applications par jour) a été jugée sans impact sur la survenue d’érythèmes ou d’autres effets indésirables cutanés en 2004 (Mary Wells, Maureen Macmillan, Gillian Raab, Sheila MacBride, Alastair Munro, Does aqueous or sucralfate cream affect the severity of erythematous radiation skin reactions? A randomised controlled trial, Radiotherapy and Oncology, 73, 2, 2004, Pages 153-162). En 2008, une nouvelle étude réalisée sur un petit panel d’une cinquantaine de patients est plus optimiste et conclut à une amélioration de leur qualité de vie (G. De Rauglaudre, A. Courdi, F. Delaby-Chagrin, A. d’Hombres, C. Merial-Kieny, Tolérance de l’association de sucralfate/sels de Cu-Zn dans les radiodermites, Annales de Dermatologie et de Vénéréologie, 135, 1, Part 2, 2008, 11-15). Pour notre part, nous sommes favorables à l’utilisation de crèmes hydratantes dans ce type de situation, ne serait-ce que pour limiter la grande sécheresse cutanée occasionnée. Lorsque l’on sait que le médicament Biafine est préconisé dans « le traitement des brûlures, des plaies superficielles non infectées et des rougeurs après radiothérapie » et que cette crème ne contient absolument aucun ingrédient actif, mais, en revanche, un parfum source d’allergènes (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/cicabiafine-et-biafine-quand-le-cosmetique-est-meilleur-que-le-medicament-98/), on en déduit que les « bons » cosmétiques, « bien formulés », ont toute leur place à ce niveau.

On reconnaît, très clairement au sucralfate des propriétés cicatrisantes, par le biais de la stimulation d’un facteur de croissance épidermique (l’epidermal growth factor) impliqué, en particulier, dans le phénomène d’angiogenèse (Mina Alvandipour, Shahram Ala, Hasan Tavakoli, Jamshid Yazdani Charati, Afshin Shiva, Efficacy of 10 % sucralfate ointment after anal fistulotomy: A prospective, double-blind, randomized, placebo-controlled trial, International Journal of Surgery, 36, Part A, 2016, 13-17).

Autres dénominateurs communs à l’ensemble des trois produits constituant cette gamme, la présence d’eau thermale d’Avène apaisante, de sulfate de cuivre et de sulfate de zinc antiseptiques.

Oui, vraiment, la gamme Cicalfate nous plaît beaucoup plus que le dispositif médical Ialuset ! Une petite remarque tout de même, ces cosmétiques doivent être réservées aux peaux « irritées » !

Cicalfate lotion asséchante réparatrice : AVENE THERMAL SPRING WATER (AVENE AQUA). ZINC OXIDE. PEG-40 HYDROGENATED CASTOR OIL. HECTORITE. ALUMINUM SUCROSE OCTASULFATE. CHLORPHENESIN. COPPER SULFATE. ZINC SULFATE.

Cicalfate crème réparatrice : AVENE THERMAL SPRING WATER (AVENE AQUA). CAPRYLIC/CAPRIC TRIGLYCERIDE. MINERAL OIL (PARAFFINUM LIQUIDUM). HYDROGENATED VEGETABLE OIL. GLYCERIN. ZINC OXIDE. PROPYLENE GLYCOL. POLYGLYCERYL-2 SESQUIISOSTEARATE. PEG-22/DODECYL GLYCOL COPOLYMER. ALUMINUM SUCROSE OCTASULFATE. ALUMINUM STEARATE. BEESWAX (CERA ALBA). COPPER SULFATE. MAGNESIUM STEARATE. MAGNESIUM SULFATE. MICROCRYSTALLINE WAX (CERA MICROCRISTALLINA). WATER (AQUA). ZINC SULFATE.

Cicalfate mains crème réparatrice isolante : AVENE THERMAL SPRING WATER (AVENE AQUA). MINERAL OIL (PARAFFINUM LIQUIDUM). MYRETH-3 MYRISTATE. PEG-45/DODECYL GLYCOL COPOLYMER. DIMETHICONE. ALUMINUM SUCROSE OCTASULFATE. OCTYLDODECANOL. PEG-7 GLYCERYL COCOATE. ALUMINUM STARCH OCTENYLSUCCINATE. GLYCERIN. BEESWAX (CERA ALBA). CETYL ALCOHOL. COPPER SULFATE. DIMETHICONOL. DISTEARDIMONIUM HECTORITE. GLYCERYL STEARATE. MAGNESIUM SULFATE. PHENOXYETHANOL. SODIUM BENZOATE. WATER (AQUA). XANTHAN GUM. ZINC SULFATE.






Retour aux regards