Chez Amélie Nothomb, histoire d’une teinture capillaire pas si inoffensive que cela !

Toute famille dispose de placards bourrés de souvenirs, des bons, des mauvais ! Toute famille possède au moins un cadavre soigneusement caché, au fond d’un de ces placards. Un ou plusieurs… Cela dépend ! Chez Amélie Nothomb, ce sont des cadavres de chats, qui sont retrouvés le cou coincé dans le tiroir d’une commode, qui semble pour le reste bien anodine.1

Dans son dernier ouvrage intitulé Tant mieux,1 sorti en librairie le 20 août dernier, Amélie Nothomb convoque les absents au tribunal de la famille. Le linge sale va pouvoir être lavé à grande eau, afin de purifier la moindre fibre textile. Une fois lavé, le linge sera repassé, puis soigneusement plié, avant d’être stocké dans l’armoire aux souvenirs. Bien blanc, bien propre !

C’est par un conte à faire frémir que débute l’ouvrage. L’histoire d’Adrienne (représentant la mère d’Amélie Nothomb), une petite fille âgée de 4 ans, qui vit à Bruxelles et qui est envoyée, pour un été, à Gand, chez sa grand-mère maternelle, une femme rude au cœur très sec. Sa sœur Jacqueline, de santé plus précaire, est envoyée à Bruges, chez la grand-mère paternelle, celle-ci pleine de douceur et de bonté.

Adrienne ira donc chez la sorcière, car elle est robuste et pleine de santé, pendant que sa frangine, plus fragile, ira se faire dorloter chez bonne-maman ! C’est ainsi !

Chez Grand mother, un savon sec, évidemment !

Chez Big Brother, le savon est gréseux.2

Chez Grand mother, le savon est de piètre qualité. Il faut dire que Grand-mère n’est pas la reine de l’hygiène. Cette noble déchue n’a conservé que de très faibles notions en matière de propreté. Sa petite-fille Adrienne ne trouve, dans sa maison, qu’un « savon pétrifié », un « savon médiocre », qui sent « l’huile de lin » ! La serviette, qui voisine avec ce petit bout de savon tout sec, n’est gère plus engageante avec son « odeur de pourriture » avancée.

Chez la femme du grand-père (paire !!) de Gand (gant !), pas de gant, pas de serviette moelleuse, évidemment !

Chez Jules Vallès, l’enfant est baigné tous les 3 mois !3

Chez Grand mother, le bain est une notion inconnue, car la baignoire est une notion inconnue aussi ! Une toilette de chat le matin c’est bien suffisant. La petite est habituée à une toilette quotidienne au lavabo et à un bain (en « baignoire » !) « une fois par semaine ». Il va falloir qu’elle modifie ses habitudes et se contente d’une « bassine d’eau », sans « savon » et sans « éponge » !

Par peur de l’affreuse aïeule, la petite Adrienne se baigne de manière homéopathique, afin de ne pas répandre d’eau par terre… « Au bout d’un certain temps de réflexion, Adrienne trempa un doigt dans l’eau et se mouilla le bout du nez. » A partir de là, c’est la méthode Coué qui prit le relais : « Voilà je suis propre », décréta Adrienne d’un ton sans réplique.

Chez la maîtresse du chat adoré, un Pneu, évidemment !

Cette grand-mère adore les chats, en général et le sien (il s’agit de « Pneu »), en particulier. Amélie Nothomb, fidèle à la tradition, a glissé son mot préféré dans le corps du texte.

Chez la femme sans rides, des cosmétiques de luxe, évidemment !

Astrid, la mère d’Adrienne, ne semble guère plus sympathique que sa propre mère. Elle traque les rides, emploie des cosmétiques de toutes sortes, des « produits Guerlain », qui sentent divinement « bon » et plonge Adrienne dans un état de ravissement complet ; elle fascine sa fille qui aime la regarder se préparer pour une soirée. Astrid est une pro du maquillage qui sait y faire. Elle commence « par se maquiller longuement et savamment », avant de couler son corps dans une robe seconde peau. Un travail d’artiste ! Le geste est précis ; le rendu parfait ! Astrid peint son visage, avec grand soin. « Quand elle eut achevé de peindre son visage, elle enfila le fourreau de velours noir qui épousait à la perfection ses formes élancées. »

Il est sans doute utile, pour bien comprendre le genre de la maison, de savoir que les produits cosmétiques de luxe utilisés par Astrid ne lui ont pas été offerts par son époux (Donatien), mais par son amant baptisé « Tonton Louis », à l’usage de ses filles.

Il est aussi utile de savoir qu’Astrid entretient un rapport très particulier avec les chats !

Chez la femme-fleur, une teinture capillaire pas vraiment inoffensive !

Daisy (autrement dit Marguerite) est, à la fois, la maîtresse de Donatien et la mère de Margareth, la meilleure amie d’Adrienne.

Une Daisy, qui fait tout pour se rajeunir et qui, à ce titre, telle une héroïne à la Némirovsky,4 tresse les cheveux de sa fille, afin de lui donner, en permanence, l’allure d’une petite fille et lui inflige une teinture capillaire depuis que celle-ci a 3 ans. Un artifice cosmétique, qui permet à ses amis de continuer à croire qu’il s’agit d’une vraie blonde ! Margareth se confie à ce sujet à sa meilleure amie, lui indiquant, qu’à 18 ans, elle est bien décidée à prendre son indépendance cosmétique, en jetant le pot de teinture aux orties, afin de retrouver sa vraie couleur de cheveux qui sont, en réalité, châtains !

Cette teinture capillaire qualifiée, en son temps, par Eugène Schüeller, d’inoffensive, est plutôt ici offensante, puisqu’elle maintient la jeune fille dans un état de dépendance maternelle outrageant.

Et une dédicace à toutes les coiffeuses

Chez l’irascible grand-mère, Adrienne tue le temps en jouant avec les longues franges des fauteuils qui sont peignées et tressées, comme autant de têtes individuelles.

Tant mieux, en bref

Adrienne prend la vie du bon côté et c’est tant mieux ! « Tant mieux » est son expression préférée. Celle qui lui permet de traverser les averses de la vie sans se mouiller. Au sec… même chez une grand-mère au cœur sec, qui ne connaît pas le mot tendresse ! A retenir et à utiliser les jours de pluie !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Nothomb A., Tant mieux, Albin Michel, 2025, 211 pages

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/big-brother-un-lavage-de-cerveau-avec-un-savon-greseux-1575/

3 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/chez-les-valles-on-jette-l-enfant-avec-l-eau-du-bain-1363/

4 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/cosmetiques-de-l-ennemie-c-est-irene-nemirovsky-qui-s-y-colle-2702/