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Avec l’huile de tournesol, laissons entrer le soleil dans les cosmétiques !

> 05 novembre 2018

Avec l’huile de tournesol, laissons entrer le soleil dans les cosmétiques !

Durant l’Antiquité, le nombre de formes galéniques disponibles est extrêmement limité. Les huiles et les pommades sont réalisées en mélangeant des corps gras de différentes viscosités (huiles, graisses, cires) avec des huiles essentielles qui apportent une note parfumée, cette note olfactive étant parfois jugée quelque peu excessive. L’huile d’olive, la lanoline, la cire d’abeille, par exemple, sont connues depuis longtemps. Leur odeur n’est pas toujours fameuse, ce qui peut justifier le fait que le préparateur en charge de réaliser la formule a parfois la main un peu lourde lorsqu’il s’agit d’incorporer le parfum. Ce n’est pas le poète Ovide qui s’en plaindra (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ovide-s-en-va-t-en-guerre-contre-les-cosmetiques-qui-puent-376/).

Graisse d’ours, moelle de cerf, lard constituent la base d’onguents aux fonctions diverses. L’un favorise la pousse des cheveux, l’autre permet d’éclaircir le teint… En y incorporant quelques actifs végétaux on pourra également observer un effet anti-âge spectaculaire…

L’huile de tournesol est décidément bien absente des formulaires qui compilent les formules à la mode (à la mode des différentes époques concernées). Louise Bourgeois (1563-1636) est adepte des préparations à base de beurre, de miel, de cire d’abeille, de pommes… En tant que sage-femme qui n’aime pas gaspiller, elle recommande, pour éliminer « taches et noirceurs du visage », un masque de sa composition. Celui-ci est exclusivement composé d’arrière-faix, c’est-à-dire de placenta. « A mettre tout chaud sur le visage à l’endroit des taches et noirceurs et laissez deux heures en été et quatre heures en hiver. » (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57340r/f155.image)

Vers 1600, le tournesol fait, enfin, son entrée en Europe. Il vient d’Amérique du sud et ce sont les Espagnols qui rapportent des graines de leurs expéditions.

En 1901, un chimiste allemand, Wilhem Normann, met au point l’hydrogénation des huiles végétales. Cette réaction, qui aboutit à la transformation des huiles liquides en corps gras semi-solides, est une révolution. Ce sont les premiers pas de la margarine, un substitut du beurre qui présente la particularité de se conserver beaucoup mieux que celui-ci.1

1930. Notre ami René Cerbelaud (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/rene-cerbelaud-1871-1939-notre-maitre-35/) ne tarit pas d’éloge sur l’huile d’olive, l’huile de ben (huile obtenue à partir de la noix de Moringa aptera), l’huile de ricin, l’huile d’amande douce, les huiles de foi de poisson. On ne peut plus l’arrêter dès lors que l’on prononce le nom de l’huile de vaseline (une huile qui n’a rien de végétal). Il nous aide à percer le mystère qui entoure la célèbre huile de Macassar (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-mysterieuse-huile-de-macassar-329/)... Il n’hésite pas à dévoiler la composition de la crème Simon, du produit Diadermine ou du philocome Grandclément. Mais prononcez le mot huile de tournesol… et il n’y a plus personne !

Que l’on interroge le Dr Lusi, le Dr Monin, Colette Villiers ou d’autres auteurs de formulaires de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle… on se retrouve face au même silence.

L’huile de tournesol est donc un ingrédient relativement contemporain qui n’a fait son apparition dans les cosmétiques que de manière récente.

Le Grand Soleil ou tournesol (Helianthus annuus) est une plante de la famille des Composées qui a été cultivée en France de manière intensive à partir de la Première Guerre mondiale.2 Cultivé à des fins alimentaires, le tournesol est une plante oléagineuse qui nourrit aussi bien l’homme (grâce à son huile) que l’animal (grâce au tourteau).

L’huile obtenue à partir du fruit est une huile riche en acides oléique (20 à 37 %) et linoléique (49 à 65 %). La teneur en acide oléique augmente au cours de la maturation du fruit.2

Que ce soit les prématurés qui retrouvent du poids après massage à l’huile de tournesol,3 les organiciens qui y voit une manière verte de synthétiser des résines à diverses finalités,4 les vétérinaires qui lui reconnaissent des propriétés cicatrisantes à l’égard des blessures des chevaux,5 ou les médecins qui traitent en urgence les brûlures liées à l’application de goudron chaud sur la peau,6 tous chantent les louanges de cette huile qui a bien raison de ne pas rester cantonnée dans la cuisine.

Retrouvée sous son nom INCI « Helianthus annuus seed oil » ou parfois sous l’appellation « Sunflower oil », cette huile, qui provient d’une fleur qui n’a pas besoin d’une boussole pour se tourner vers le soleil, possède des propriétés émollientes incontestables. C’est pour cette raison qu’on la retrouve dans certains cold creams (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/1-2-3-cold-cream-176/), dans des laits de toilette (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/bebe-cadum-trois-hommes-pour-un-couffin-226/), dans des « sorbets cosmétiques (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-sorbets-cosmetiques-289/), dans des sticks labiaux (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-sticks-labiaux-font-leur-festival-28-sur-50-jouent-vraiment-les-stars-427/), dans des crèmes pour les mains (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-cremes-mains-font-leur-festival-40-produits-sous-notre-microscope-428/) et dans plein d’autres produits cosmétiques...

En un mot, l’huile de tournesol ensoleille les formules qui en contiennent et ravit aussi bien les papilles que les cellules de notre épiderme.

Bibliographie

1 P. Julien, Il y a des milliers d’années, l’huile… Il y a cent ans, la margarine…, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1969, 202, Pages 430-432
2 F. Dorvault, L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 pages
3 Peymaneh Alizadeh Taheri, Zahra Goudarzi, Mamak Shariat, Shahin Nariman, Elahe Nikzinat Matin, The effect of a short course of moderate pressure sunflower oil massage on the weight gain velocity and length of NICU stay in preterm infants, Infant Behavior and Development, 50, 2018, Pages 22-27
4 Pranali P. Chiplunkar, Amit P. Pratap, Utilization of sunflower acid oil for synthesis of alkyd resin, Progress in Organic Coatings, 93, 2016, Pages 61-67
5 Luiz Antonio T. Oliveira, Vinicius R.C. Souza, Denise C. Endringer, Dean A. Hendrickson, Clarisse S. Coelho, Effects of Topical Application of Sunflower-Seed Oil on Experimentally Induced Wounds in Horses, Journal of Equine Veterinary Science, 32, 3, 2012, Pages 139-145
6 Murat Türegün, Serdar Öztürk, Naki Selmanpakoǧlu, Sunflower oil in the treatment of hot tar burns, Burns, 23, 5, 1997, Pages 442-445






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