Nos regards
L’art du maquillage, élémentaire mon cher Sherlock !

> 04 novembre 2018

L’art du maquillage, élémentaire mon cher Sherlock !

La clé du mystère de « L’homme à la lèvre tordue » est cachée dans une mallette de maquillage.1

L’équation est à deux inconnues : le gentleman Neville St Clair disparaît de son foyer - où a-t-il donc bien pu aller ? Un pauvre vendeur d’allumettes à la « tignasse orange », à la « figure blême traversée par une cicatrice horrible qui, dans sa contraction des chairs, relève en se tordant le bord extérieur de la lèvre supérieure » est accusé de l’avoir tué - pour quel mobile ?

L’infirme qui passe la nuit au poste car il est accusé d’avoir fait disparaître Neville St Clair est d’une « malpropreté répugnante ». Il refuse de se laver ! Sherlock Holmes profite de son sommeil pour lui faire sa toilette. « Holmes prit la cruche d’eau, humecta l'éponge et frotta vigoureusement le visage du prisonnier ». Cette toilette entraîne la transfiguration de l’indigent... celui-ci se transformant littéralement en homme du monde. « Sous l ‘éponge, la figure de l’homme avait pelé comme l’écorce d’un tronc d’arbre. Disparue, la crasse marron ! Disparue aussi, l’horrible cicatrice qui s’étalait en travers ! » Sous l’épaisse couche de maquillage, se dissimule en réalité un homme « aux traits délicats, à la peau douce », qui, visiblement, prend particulièrement soin de sa peau et de son apparence.

La solution à cette énigme est toute simple. Neville St Clair est un journaliste qui, afin de réaliser un article sur la mendicité à Londres, s’est immergé dans le milieu des personnes que l'on ne désignait pas encore par trois lettres en capitales, SDF, en jouant son rôle à la perfection. Amateur de théâtre et connaissant « tous les secrets du maquillage », il n’a pas eu de peine à se grimer pour simuler un mendiant plus vrai que nature. Pour la cicatrice, un jeu d’enfant ! Un simple « petit emplâtre de papier couleur chair ». Une fois l’article rédigé, le retour à la vie normale est bien difficile, surtout lorsque l’on contracte des dettes. Ajoutez à cela le fait que notre mendiant récolte en une journée ce que notre gentleman peine à gagner en une semaine. Il y a vraiment de quoi renoncer au journalisme ! « Une pluie de petite monnaie tombe dans sa casquette » et cette musique est véritablement envoûtante !

La solution à cette énigme se trouve donc au rayon cosmétique. Il a suffi d’un bon démaquillant pour démasquer rapidement le gentleman-mendiant !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien… aujourd’hui, avec Conan Doyle, le maquillage… c’est comme s’il en pleuvait !

Bibliographie

1 Doyle C. L’homme à la lèvre tordue in Un scandale en bohême, Le livre de poche, 2016, 213 pages






Retour aux regards