Nos regards
Ah ce que Madame Rémusat est bien quand elle est dans son bain !

> 24 juin 2018

Ah ce que Madame Rémusat est bien quand elle est dans son bain ! Quand Monsieur de Rémusat éternue, c’est Madame de Rémusat qui s'enrhume. Quand Monsieur de Rémusat voyage, c’est Madame de Rémusat qui est « bien cahotée toute la journée ». Ces deux-là sont inséparables, mais vivent pourtant séparés la majeure partie de l’année. L’un est « maître de la partie de ses plaisirs » - on parle ici de Napoléon - l’autre est dame de palais de Joséphine. L’un et l’autre suivent leur maître respectif dans ses déplacements ; Madame de Rémusat restera fidèle à sa maîtresse après le divorce impérial. Lorsque Monsieur est à Aix-la-Chapelle, Madame est à Paris... Si l’un est Milan, l’autre patiente à Saint-Cloud ; quand l’une est à Aix, en Savoie, l’autre occupe son poste à Rambouillet. C’est une vraie partie de cache-cache à laquelle se livre ce couple espiègle !

Monsieur et Madame de Rémusat entretiennent une correspondance soutenue durant une dizaine d’années (« Je vous dirai cher mai... » Lettres de Madame de Rémusat à son mari (1804 - 1813), Mercure de France, 2016, 359 pages). Lorsque Madame de Rémusat reçoit des nouvelles de son mari, « tout est suspendu » en elle. En l’absence de nouvelles, elle devient mélancolique et ses rêveries prennent une couleur gris-brun. Madame Rémusat y fait montre d’un certain talent et charme son lecteur par un style guilleret (Son ami Alexandre de Humboldt la charme par des « récits vraiment bien écrits » !)

Madame de Rémusat est épouse et mère. Elle a deux petits garçons, Charles et Albert, dont elle aime à parler.

A sept ans, Charles est un petit garçon attachant qui rêve de « faire un petit dessin où il aurait représenté l’empereur se levant pour faire sa toilette, et chacun des souverains de l’Europe lui apportant une pièce de son habillement. »

A onze ans, Albert l’accompagne à Aix-la-Chapelle. « [...] il prend la douche raisonnablement à présent, elle ne lui plaît pas plus, mais il se soumet [...] »

Madame de Rémusat aime l’eau. Les bains et les douches constituent, pour elle, des moments privilégiés. « Ma plus grande distraction, c’est la douche que je prends tous les matins et dont je m’arrange fort. » Dans un grand nombre de ses lettres, elle aime à rendre compte de son emploi du temps avec une grande précision (« Le matin, le bain ; en rentrant les leçons de Charles. Après vous écrire un peu, et lire Pascal au travers duquel je me suis jetée pour entretenir ma dévotion. » ou « Je me lève à huit heures, je bois jusqu’à dix heures, je me baigne ensuite, puis je vais me recoucher, et déjeuner, et paresser jusqu’à midi. ») Les eaux d’Aix-la-Chapelle, « plus douces que celles de Cauterets », viennent à bout de ses « rhumatismes », de ses « attaques de nerfs » et de ses « rêveries creuses ». Elle y croise des militaires « qui viennent arroser leurs rhumatismes ». L’effet psychologique est indéniable. « Je me porte réellement bien ici. Je ne puis guère attribuer ce bien-être aux eaux dont je n’ai pris que trois bains [...] ». Lorsque Madame de Rémusat annonce son retour ; elle souhaite trouver son mari, son lit et sa baignoire préparée pour la recevoir !

Madame de Rémusat aime la lecture. Elle lit dans son bain comme une certaine Madame de Genlis https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/lecons-de-savoir-vivre-pour-eviter-le-ridicule-avec-mme-de-genlis-600/) dont nous avons eu l’occasion de parler.

Madame de Rémusat aime le Soleil. Alors qu’elle est partie se reposer à la campagne (à Sannois) avec ses enfants, elle se plaît à les contempler. « Ils ressemblent l’un et l’autre à de jeunes plantes qui ont été privées de la clarté du soleil, et qui se raniment et se colorent à la douce chaleur de ses rayons. » Un véritable appel au bronzage - avant l’heure. Alors qu’elle a suivi Joséphine dans son château de Navarre (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/dans-l-intimite-de-josephine-bonaparte-575/), Madame de Rémusat s’écrie : « J’ai besoin de soleil. », « Je suis devenu un véritable ami du soleil. »

Madame de Rémusat aime la nature et la considère comme le meilleur cosmétique anti-âge. Ainsi, elle admire Madame Devaines qui « est revenue de la campagne, rajeunie et rafraîchie du repos qu’elle y a goûté. »

Madame de Rémusat aime les gens. Elle se à évoquer leurs qualités, plutôt que leurs défauts. « [...] je ne veux pas me défaire de cette gaze jaune au travers de laquelle l’empereur dit que nous voyons la nature humaine dans la jeunesse. »

Madame de Rémusat aime à recevoir ses amis. Toutefois, elle se plaint de son manque d’argent. Ah, si elle en avait plus, elle doublerait « le nombre de ses amis » car, si on les conquiert par l’esprit, c’est par une bonne table qu’on les attrape. En 1808, les invités recherchent le luxe. Il est loin le temps où l’on se contentait d’un simple thé pour lancer la conversation. Si Madame de Rémusat était née dans les années 2000, elle aurait sûrement des centaines de milliers d’abonnés sur Facebook, elle twitterait toute la journée et serait à l’affût du nouveau réseau à la mode !

Madame de Rémusat aime son mari par dessus tout et ne serait pas contre l’idée de rédiger un dictionnaire amoureux de l’amour (« Si je faisais un dictionnaire, j’y multiplierais, autant que je pourrais les manières de lui exprimer ma tendresse [...] »).

Madame de Rémusat n’aime pas l’eau de Vichy qui lui donne mal à gorge. Elle y croise la reine d’Espagne qui vient « à pied boire ses verres d’eau, sans bruit, sans suite, avec une petite robe de taffetas gris et son parasol à la main. » et la reine de Suède qui a fait le voyage pour « essayer de rafraîchir son sang et son teint qui est tout gâté. »

Lorsque l’on a fini de savourer cette correspondance, on est devenu presque intime de Madame de Rémusat et il s’en faudrait de peu que l’on ne lui fasse couler un bain... et que l’on ne lui murmure à l’oreille : « Ah ce qu’on est bien quand on est dans son bain, on fait de grosses bulles, on joue au sous-marin... » !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous présente les Rémusat comme un couple d’inséparables, sous l’œil acéré de l’aigle impérial…






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