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Quand Françoise Sagan joue les conseillères conjugales !

> 02 décembre 2018

Quand Françoise Sagan joue les conseillères conjugales !

Chez Françoise Sagan, la vie n’est pas rose...1 Elle n’est pas colorée d’ailleurs. Elle est, en revanche, bruyante ! « On naît en criant, ce n’est pas pour rien, la suite ne peut être que des atténuations de ce cri. »

Lors des soirées chez les Maligrasse, l’on boit, l’on discute, l’on écoute de la musique... Ah « cette petite phrase »... Zut, on n’est pas dans Proust, quand même. Un mois, un an après, on retrouve les mêmes... les couples se croisent, s’entrecroisent ; personne ne parvient à être heureux !

Alain (cheveux rares) et Fanny Maligrasse (épaule flétrie) sont des cinquantenaires « très marqués » ayant une « naturelle tendresse pour la chair fraîche ». Alain est amoureux de Béatrice et souffre de jalousie. Son neveu, Edouard Maligrasse, est son concurrent. Edouard imagine le pire et transforme « une coupure de rasoir » en « morsure tendre » (« Une coupure de rasoir sur le cou d’Edouard devenait une morsure tendre de Béatrice - car il ne l’imaginait que voluptueuse [...] » La réaction de Fanny s’appelle : cosmétiques. Pour reconquérir son mari elle sort un double joker : institut de beauté et maison charmante. C’est dans un magazine féminin qu’elle a trouvé cette recette infaillible... Pas sûr que cela fonctionne ici !

Bernard est un écrivain raté. « Il écrivait comme on se coupe les ongles, avec une attention et une distraction également énormes. »

Béatrice, la star du théâtre, s’accuse d’adultère « non maquillée » ; Elle sait que « le sommeil » est « indispensable à son teint ».

Nicole, la femme de Bernard, grossit. « Le malheur fait grossir nombre de femmes, la nourriture les rassurant sur leur instinct vital. Renseignement pris on apprend que Nicole est enceinte.

André Jolyau est, quant à lui, « mince jusqu’à la sécheresse ».

Après une nuit agitée, Josée sent « le poids des cernes sur ses joues ». 

Dans un mois, dans un an, Josée, Bernard, le pianiste, Alain... se rassembleront toujours le lundi soir, malgré les ruptures sous la pluie, les vacances en trio, les soirées dans les petits bars... Ils écouteront « la petite phrase » entêtante du « jeune musicien protégé de Fanny » et feront tout ce qu’il faut pour ne pas penser qu’ils participent tous à une triste comédie.

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour l'illustration de ce Regard !

Bibliographie

1 Sagan F., Dans un mois, dans un an, Julliard, 1964, 184 pages






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