Nos regards
Pour ou contre la lumière bleue ?

> 30 janvier 2018

Pour ou contre la lumière bleue ?

Le « Masque de Luminothérapie Anti-Acné Neutrogena Visibly Clear® » s’affiche sur nos écrans publicitaires actuellement. « Jusqu’alors réservée aux cabinets de dermatologie, la luminothérapie est un traitement visage anti-acné en une étape permettant de réduire les boutons enflammés existants et de cibler les boutons avant qu’ils n’apparaissent pour les peaux à acné légère à modérée. » nous dit-on (https://www.neutrogena.fr/luminotherapie/visibly-clear/masque-de-luminotherapie-anti-acne#description-du-produit) L’argumentaire est on ne peut plus clair : la société Neutrogena nous propose de « traiter » l’acné (donc une maladie), sans « produits chimiques » et « sans UV ».

Luminothérapie, luxthérapie, light therapy… les synonymes abondent pour désigner une thérapie, c’est-à-dire un traitement, utilisant la lumière.

Mais de quelle lumière s’agit-il ? C’est la lumière visible ou une fraction du spectre visible qui est mise à contribution ici.

Ses principales indications sont le traitement des syndromes dépressifs. Ceux-ci touchent, chaque année, 25 % des Européens. Une fois le diagnostic posé, des solutions médicamenteuses sont proposées dans 50 % des cas : antidépressifs et anxiolytiques (en cas d’anxiété et de troubles du sommeil) constituent la base du traitement. Malheureusement, on observe une rechute dans la moitié des cas. Des effets indésirables tels que dépendance, trouble de la concentration et désinhibition pouvant mener à des tentatives de suicide sont à déplorer. Le coût économique est lourd, c’est pourquoi la luminothérapie et la nutrithérapie se sont développées… (S. Tafazzoli, A. Miloni, A. Quaderi, J. Palazzolo, Depressive disorders: A multidimensional non-drug approach, European Psychiatry, 41, 2017, Page s536).

Par ailleurs, on reconnait actuellement l’utilité de la photothérapie dynamique associant irradiation lumineuse à une longueur d’onde bien précise et utilisation d’une molécule photo-sensibilisante dans le traitement de certains cancers.

D’autres applications peuvent également être trouvées ; c’est le cas, par exemple, de la potentialisation de l’efficacité de certains antifongiques par des molécules telle que la curcumine, en présence de lumière bleue (Hsieh YH, Zhang JH, Chuang WC, Yu KH, Huang XB, Lee YC, Lee CI, An in Vitro Study on the Effect of Combined Treatment with Photodynamic and Chemical Therapies on Candida albicans. Int. J. Mol. Sci., 2018, 19, 2). L’association lumière rouge et bleu de toluidine semble prometteuse pour combattre des staphylocoques formant un biofilm (Rout B, Liu CH, Wu WC, Increased anti-biofilm efficacy of toluidine blue on Staphylococcus species after nano-encapsulation, Photodiagnosis Photodyn Ther. 2017, doi: 10.1016/j.pdpdt.2017.12.007).

La lumière bleue semble également intéressante dans la prise en charge des lésions cérébrales traumatiques légères. Les symptômes associés à ce que l’on nomme couramment « commotion cérébrale » sont des troubles de l’humeur, de la mémoire, et du sommeil, ainsi qu’une diminution de la capacité de concentration (Blue-Light Therapy following Mild Traumatic Brain Injury: Effects on White Matter Water Diffusion in the Brain, Bajaj S, Vanuk JR, Smith R, Dailey NS, Killgore WDS, Front Neurol. 2017, 22, 8:616).

Dans le domaine des pathologies cutanées, on a remarqué que le rayonnement UV et la lumière bleue pourraient agir en détruisant la flore bactérienne et en réduisant le processus inflammatoire à l’origine de certaines lésions retrouvées chez le sujet acnéique. Globalement, le recours à la photothérapie (irradiation dans le domaine UV) offre des résultats mitigés. Etant donné les risques encourus et le faible bénéfice observé, on se tournera plutôt vers d’autres alternatives. Des résultats intéressants ont pu être obtenus en utilisant une lampe aux halogénures métalliques émettant entre 405 et 420 nm. Deux expositions hebdomadaires de 10 minutes, pendant 4 semaines, ont permis de réduire de 80% les lésions inflammatoires et non inflammatoires de la face chez 35 sujets atteints d’acné (Girish S. Munavalli, Robert A. Weiss, Combination light therapies for the treatment of acne: An overview and introduction to photopneumatic therapy, Medical Laser Application, 23, 3, 2008, 141-146).

Si la lumière bleue peut être intéressante dans la prise en charge de certaines pathologies, il ne faut pas oublier ses effets délétères (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-cosmetiques-au-secours-de-notre-peau-quand-la-lumiere-bleue-lui-voudrait-du-mal-258/).

Mais revenons à Neutrogena et à son dispositif médical un peu particulier. Le mélange des genres entretenu par la commercialisation simultanée d’un dispositif médical aux allégations médicales et de cosmétiques aux allégations… cosmétiques ne nous séduit absolument pas.

Avant d’attaquer la phase de « Luminothérapie », une phase de nettoyage est recommandée. Le gel nettoyant dont la base lavante est douce serait parfait s’il n’y avait ce chlorure de benzalkonium (tensioactif irritant) en fin de liste. Côté cosmétiques, on peut mieux faire !

Entre cosmétiques anti-lumière bleue et dispositif médical pro-lumière bleue, notre cœur ne balance pas !

Laissons les outils thérapeutiques aux professionnels de santé et contentons-nous de mettre au point des cosmétiques à la tolérance irréprochable et à l’efficacité optimale !

Visibly Clear® spot proof gel nettoyant quotidien : Aqua, Cocamidopropyl Hydroxysultaine, Sodium Methyl Cocoyl Taurate, Glycerin, Salicyclic Acid, Sodium Hydrolyzed Potato Starch Dodecenylsuccinate, C12-15 Alkyl Lactate, Lactic Acid, Panthenol, Cocamidopropyl PG-Dimonium Chloride Phosphate, PEG-120 Methyl Glucose Dioleate, Sodium Chloride, Disodium EDTA, Citric Acid, Sodium Hydroxide, Tocopherol, Benzalkonium Chloride, Parfum.






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