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Male grooming, la toilettage attitude !

> 31 janvier 2018

Male grooming, la toilettage attitude !

En ce moment, l’industrie cosmétique bruisse, s’émeut, applaudit, jubile, communique sur le sujet du « male grooming ».

Difficile pourtant de trouver une définition concernant ce terme d’apparition récente.

En octobre 2016, le journal Femina s’essayait à l’exercice. « En anglais, prendre soin de soi se dit joliment «pampering», qu’on peut traduire par se chouchouter, et « grooming » quand on parle de cheveux ou d’hygiène » (http://www.femina.ch/beaute/soins-bien-etre/cosmetiques-comment-marques-draguent-hommes-soin-parfum-cosmetique).

Cela commençait pourtant bien… la fin est décevante. Nous ne sommes pas plus avancées.

Le terme « grooming » ou toilettage, en anglais, s’applique généralement à l’animal et recouvre « les soins nécessaires à l'entretien du pelage des animaux familiers (chien, chat) »  (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/toiletter/78292#hfT627OsfyLgpFiQ.99).

On en déduit donc que le « male grooming » correspond à l’ensemble des soins que les hommes pourront apporter à leur système pileux (cheveux, barbe, moustache…).

Le Figaro Madame nous confirme la chose. Nous sommes effectivement sur la bonne voie. « Attention, pour ne pas effrayer ces messieurs attachés à leur virilité, on évite de parler de cosmétiques ». L'expression « grooming » (littéralement « toilettage ») a donc été adoptée comme alternative idéale. » (http://madame.lefigaro.fr/beaute/tom-ford-leloge-grooming-231013-606436)

Que les gammes cosmétiques pour hommes incluent des produits de rasage ou non il est donc de bon ton d’afficher le terme « grooming » !

Pour prendre soin de sa barbe, le « groomé » (à savoir celui qui passe entre les mains du « groomer ») peut aller chez un barber-shop (salon de coiffure spécialisé dans la taille de la barbe) ou dans un espace grooming retrouvé dans certaines grandes enseignes comme Le Bon Marché… (http://madame.lefigaro.fr/beaute/les-nouveaux-codes-seduction-dun-homme-hybride-140917-134090).

Quel dommage que barbe et moustache n’inspirent pas plus les services marketing des sociétés cosmétiques !

Il fut un temps où parler de moustache et de barbe se faisait avec faconde. Les « énormes moustaches » sont pleines de prestige pour José Cabanis (Les cartes du temps, 1962), elles sont signes d’éloquence pour le petit Chose (A. Daudet, 1868), « blanditieuses et drues » pour un docteur que connaît bien Marcel Proust (Afin de me couvrir de fourrure et de moire). Pipe aux dents et barbe bien ajustée au menton, c’est ainsi que l’on se prépare au concours du plus grand fumeur. « Barbe roussâtre et barbe grise » sont au coude à coude et l’on ne sait lequel des deux fumeurs conservera du tabac le plus longtemps possible dans le fourneau de sa pipe (E. Verhaeren, Les fumeurs). C’est « sans barbe et sans argent » (Marcher d’un pas grave, et d’un grave sourcil) que le poète cher au cœur des Nantais, Joachim du Bellay, revient désabusé de sa campagne d’Italie… Que peut bien valoir un homme dans ces conditions ?

Les pies et les corbeaux qui hantent les cauchemars de François Villon, n’épargnent, quant à eux, ni les cavités orbitaires, ni les poils de barbe ou de sourcils (L'Épitaphe de Villon ou Ballade des pendus). Et Victor Hugo, barbu et moustachu devant l’Eternel, nous décrit des grenadiers gelés revenant de Russie de « la glace à leur moustache grise » (L’expiation).

N’oublions pas Guy de Maupassant et sa plaidoirie en faveur de la moustache, un « accessoire » indispensable qui semble « aimer les femmes avant tout ». Et puis, ce qu’il adore « d’abord dans la moustache, c’est qu’elle est française, bien française. Elle nous vient de nos pères les Gaulois et elle est demeurée le signe de notre caractère national. » (La moustache, 1883) (Couteau C. et Coiffard L. Dictionnaire égoïste des cosmétiques, Edilivre, 2016, 244 pages).

Et à propos de Gaulois célèbre, il faut bien avouer que notre ami Astérix n’a absolument pas apprécié sa séance de « grooming »… rien à faire, il préfère qu’on lui parle français… Cosmétiques masculins, produits de rasage, shampooings, gels fixants pour les cheveux… là il est à l’aise. Mais « male grooming » non vraiment ce n’est pas pour lui !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui, en ce milieu de semaine (une fois n'est pas coutume !), nous exprime, à sa manière, que le toilettage, c'est pour le chien-chien à sa mémère et pas pour un homme... digne de ce nom !






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