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Poudre de perle à l’intention des snobinettes, histoire d’une poudre de riz particulière !

> 01 novembre 2018

Poudre de perle à l’intention des snobinettes, histoire d’une poudre de riz particulière !

Les poudres de riz sont des cosmétiques pour le teint exerçant à la fois un rôle d’adoucissant et de maquillage. Elles sont obtenues par mélange de poudres végétales et minérales. Afin de couvrir les imperfections, on utilise du kaolin et de l’oxyde de zinc. Pour assurer l’adhérence à la surface cutanée, ce sont des savons métalliques (stéarate de zinc, stéarate de magnésie) qui sont incorporés le plus souvent. L’amidon et la fécule permettent d’obtenir un aspect mat sur la peau, par absorption du sébum, évitant ainsi à la peau de briller. Le talc est également un ingrédient fréquemment retrouvé, du fait de son pouvoir « glissant ». Il permet l’étalement du cosmétique sur la peau.1 Lycopode, fleurs de cassis et roses blanches figurent dans la liste des ingrédients des poudres « inoffensives », c’est-à-dire des poudres exemptes d’ingrédients toxiques.2

Selon la couleur de la peau, on choira la teinte la plus indiquée. La poudre rose chez une personne couperosée est « un manque absolu de goût ». Elle convient, en revanche, merveilleusement, aux rousses. Les poudres trop blanches sont à exclure, sauf pour les personnes qui se préparent pour le carnaval.3

La poudre de perle présente une composition extrêmement simple. Talc (500 g), oxyde de bismuth (30 g) et zinc (30 g) sont les ingrédients principaux. Du fait de l’appellation, il est possible et même souhaitable d’incorporer des déchets de perles. Ces déchets correspondent à la « poudre obtenue lorsqu’on perce les perles pour les enfiler ». « Cela permet de la vendre très cher aux snobinettes. »1

Cette poudre de riz s’applique d’une manière particulière. Un geste ample est de rigueur… Passez votre chemin, si vous recherchez l’économie ! On commencera par appliquer sur la peau une bonne couche de crème – un cold-cream de préférence - de façon à ce que le « toucher au doigt reste graisseux ». On jettera, ensuite « la poudre à poignée sur la figure, à la façon du semeur qui jette le grain dans le sillon. » On éliminera l’excès ensuite avec un « tampon de coton ». Le fin mot est imprégnation… On laissera la peau boire toute la quantité de poudre qu’elle peut absorber. Le surplus est éliminé sans remord !3

Cette poudre de perles qui plaît aux snobinettes comme aime à le faire remarquer certains esprits moroses est avant tout une poudre de riz. On y ajoute, ou pas, de manière homéopathique, ou pas, de la poudre de perle… L’argument marketing est de taille, car la perle est associée, depuis toujours, à l’idée de luxe.

Cette concrétion de nacre est, en effet, considérée comme un trésor depuis les temps les plus anciens. La déesse de l’amour Aphrodite n’est-elle pas née d’une coquille ?4 Dans les Evangiles, le Royaume de Dieu est comparé, quant à lui, à une « perle de grand prix » ; le marchand qui la cherche et la trouve vend tous ses biens afin de pouvoir l’acquérir. Ces perles peuvent atteindre des prix considérables et constituent un signe extérieur de richesse indéniable. La reine d’Egypte Cléopâtre ne se contente pas d’arborer des perles à ses oreilles ou en pendentif, les perles, elle les dévore ! La légende dit, en effet, qu’elle n’hésita pas à dissoudre une perle d’une grosseur fabuleuse dans une boisson vinaigrée et à l’ingérer afin de montrer sa toute-puissance à un dénommé Antoine qui ne s’en laissait pourtant pas facilement compter.5 Que dire de la Joconde du Nord, la célèbre « Jeune fille à la perle » peinte par Vermeer, il y a de cela trois siècles et demi ? Son visage tourné vers le curieux qui l’observe, son regard énigmatique et l’éclat de la perle qui orne le lobe de son oreille ne manquent pas de susciter l’admiration de tous ceux qui la contemple encore aujourd’hui !

Mais au fait, une perle qu’est-ce que c’est ? Tout simplement du carbonate de calcium (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/nivea-dans-sa-lutte-contre-les-odeurs-corporelles-c-est-plutot-mediocre-450/) qui a besoin d’amour. Ne dit-on pas qu’il faut porter les perles qui se meurent sur soi nuit et jour pour leur redonner vie ? (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/produits-de-protection-solaire-ils-sont-loin-de-tous-se-valoir-275/)

Bibliographie

1 Le Florentin R, Cosmétiques et produits de beauté, Paris, 1938, 201 pages
2 Lusi, La femme moderne – son hygiène, sa beauté, ses enfants, 1905, 310 pages
3 Villiers C, De la Beauté chez la femme, Albin Michel, 1910, 160 pages
4 Fredrikson N, La perle, entre l’océan et le ciel, Revue de l’histoire des religions, 2003, 220-2, 283–317
5 Schettino MT, La boisson des dieux – à propos du banquet de Cléopâtre, Dialogues d’histoire ancienne, 2006, 32-2, 59-73






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