Nos regards
Ovide s’en va-t-en guerre contre les cosmétiques qui puent !

> 14 octobre 2017

Ovide s’en va-t-en guerre contre les cosmétiques qui puent ! « Les amours », « L’art d’aimer » et « Le remède d’amour » constituent une trilogie de l’art amoureux. Ovide nous entraîne tout d’abord dans la chambre de Corinne et nous dévoile quelques-uns de ses petits secrets (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/conseils-cosmetiques-ovidiens-354/). En professeur éclairé, il s’adresse ensuite à un public masculin, puis à un public féminin pour dispenser des conseils visant à faire prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses. Hygiène corporelle (propreté irréprochable et épilation soigneuse), hygiène de la parole (apprendre la flatterie est un bon début pour qui cherche à séduire) et hygiène du costume (savoir choisir la couleur qui sied le mieux permet d’augmenter ses chances de plaire) sont détaillées avec force exemples... De l’épilation au lavage des dents, en passant par les cosmétiques qui permettent d’illuminer le teint ou de magnifier la chevelure, Ovide connaît parfaitement tous les « trucs » féminins qu’il est utile de déployer si l’on veut améliorer son aspect. Toutefois, comme le magicien qui conserve jalousement ses secrets, la femme (car c’est surtout cette dernière qui a le droit d’user de cosmétiques) devra s’embellir dans le secret de son cabinet de toilette. On ne devra trouver aucune trace... pas plus olfactive que visible d’un quelconque cosmétique (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ovide-la-star-antique-du-relooking-355/).

Lorsqu’Ovide s’inscrit dans cette logique du cosmétique « invisible » il est l’un des premiers à réclamer ce que nous appelons aujourd’hui les cosmétiques « nude », ces cosmétiques qui permettent de donner l’illusion que la peau est « nue » et totalement vierge de tout cosmétique. Les techniques de mélange, de dispersion et de broyage n’étant pas, à cette époque, des plus performantes, les textures sont loin de répondre aux exigences de qualité du poète.

Ovide s’il part en guerre contre les textures épaisses qui forment des sillons sur la peau, qui coulent, qui forment des rigoles au niveau du visage, est également en lutte contre les ingrédients nauséabonds. Il est, en particulier, extrêmement sévère vis-à-vis de la lanoline (ou oesype), cette graisse qui recouvre la laine du mouton et qui présente la particularité d’être extrêmement collante et odoriférante.

Ovide conseille à l’homme de se rendre chez sa belle à l’improviste. Celle-ci « n’est pas encore sous les armes » et son négligé renseignera sur sa vraie beauté. « Vous pouvez encore, la décence le permet, vous présenter à sa toilette, lorsqu’elle se frotte le visage de pommades préparées. Vous y trouverez des boîtes renfermant des pommades de mille couleurs diverses ; vous y verrez l’oesype couler en flots huileux sur son sein. Toutes ces drogues, par leur odeur nauséabonde, rappellent les mets de la table de Phinée, et plus d’une fois elles m’ont soulevé le cœur. ». Dans la mythologie grecque les harpies, des monstres à l’odeur épouvantable, s’invitaient à la table de Phinée, lui ôtant les mets de la bouche.

Qui aurait envie de s’attabler avec une femme dégoulinante de produits cosmétiques, embaumant le suint de mouton ? Peu de personnes certainement...

Le poète Ovide, sans se soucier du profil toxicologique des ingrédients cosmétiques, s’interroge sur la sensorialité des produits finis. Textures évanescentes, fondantes, légères, fraîches, textures à transformation (gel ou émulsion se muant en une mousse pétillante), toucher sec, velouté, poudré... notes olfactives boisées, florales, fruitées... Ovide ne manquerait pas d’écarquiller les yeux devant toute cette diversité actuelle de formes galéniques, plus tentantes les unes que les autres.

L’industrie cosmétique en 2017 a gagné la guerre contre les cosmétiques qui puent et nous propose une multitude de produits susceptibles d’engendrer des émotions qu’Ovide n’aurait certainement pas reniées.

Un immense merci à Jean-Claude A. Coiffard qui, en poète et plasticien, nous présente Ovide en pourfendeur du suint de mouton !






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