Les produits de beauté, les cosmétiques du mépris !

Les produits de beauté constituent la face sombre des cosmétiques semble-t-on nous dire de manière subliminale dans la littérature scientifique, en établissant un lien entre ces produits et la notion de toxicité1 et en montrant que cette arme de beauté peut se retourner contre l’utilisateur (consentant) dans certains cas d’autolyse2 ou contre les enfants de la personne ayant utilisé ce type de produits durant sa grossesse.3 En tout cas un facteur d’inégalité, dans la mesure où certaines populations sont poussées à utiliser force produits de beauté,4 pour des raisons de canons de beauté en vigueur qui ne correspondent pas à leur complexion.5

Bref, si l’on se fie à la littérature scientifique, on ne garde pas une très belle image de ce produit qui porte pourtant beau.

Vous ne nous croyez pas ?

Pas de souci, on a tout ce qu’il faut en poche pour démontrer que le produit de beauté est le terme employé de manière ciblée, par les détracteurs du cosmétique ! Un Reader’s Digest de la littérature effectué par nos soins est proposé ici.

Quelle est la définition du produit de beauté ?

Celle-ci est difficile à trouver. Taper « produit de beauté et définition » sur un moteur de recherche, cela vous conduira, dans la grande majorité des cas, au « cosmétique ».

Le dictionnaire de l’Académie Française propose, tout de même, une définition du cosmétique ; une définition par ailleurs très pauvre et incomplète. Il s’agit, selon les académiciens, d’un « produit qui fixe et lustre les cheveux, la barbe, la moustache. La brillantine est un cosmétique. Par extension. Produit de beauté. L’industrie des cosmétiques. »6

Si l’on en croit cette définition, le cosmétique est un produit dédié au poil, ou plus exactement à sa fixation… un point c’est tout. C’est beaucoup trop juste, puisque le cosmétique possède un spectre d’action beaucoup plus large.7

Le produit de beauté est présenté, quant à lui, comme un synonyme. Un synonyme un peu désuet, mais toujours employé !

Qu’est-ce qu’un produit de beauté, une crème de beauté, pour la littérature médicale ?

Il est difficile de trouver une définition précise de ce type de produit. Certains auteurs nous parlent de cosmétiques incluant les « crèmes, maquillages et produits de beauté »,8 ce qui laisse penser que le produit de beauté ne constitue qu’une petite fraction des cosmétiques. D’autres auteurs classent les « crèmes de beauté » dans la catégorie des produits de soin de la peau, à côté des crèmes solaires, pommades et produits de maquillage.9 On peut donc imaginer qu’un produit de beauté n’est pas un produit d’hygiène, ni un produit de maquillage, mais plutôt un produit de soin (la skincare moderne !) qui permet d’hydrater la peau, d’agir sur sa composante grasse, de lutter contre les taches, les rides… bref de tout mettre en œuvre pour accéder à la beauté convoitée.

Ce produit est finalement un produit assez transparent… Sa fonction est simple : rendre beau !

Des produits de beauté, sources d’effets indésirables

La littérature médicale évoque, en effet, des cas de dermatites de contact10,11 ou d’acné, survenus suite à l’application de « crèmes de beauté ».12,13

Certaines de ces crèmes de beauté renferment, par ailleurs, des ingrédients toxiques comme des dérivés mercuriels susceptibles d’engendrer des phénomènes d’intoxication chez le consommateur.14-20 Le cas nous est relaté dans une publication mettant en avant une crème anti-acné, commercialisée au Mexique dans les années 1990, la « Crema deBelleza-Manning ».21 Ce qui fait qualifier ces produits de beauté de « nocifs » par les auteurs qui se penchent sur des produits dépigmentants chargés en mercure22,23 ou en corticostéroïdes.24 Sachant qu’il existe aussi des « crèmes de beauté » chargées en métaux lourds.25,26 Dans ce contexte, le terme de produits de beauté s’applique parfaitement aux produits défrisants et éclaircissants, tant l’on sait que ces produits sont peu sûrs d’emploi.27

Bref, la littérature ne lustre pas les cheveux (référence à la définition de l’Académie pour ceux qui suivent !), mais les fait plutôt dresser sur la tête, tant la qualité de ces produits de beauté semble médiocre. Une sorte de poison emballée avec art dans un conditionnement qui fait rêver.

Des produits de beauté, trompeurs

Ces produits de beauté font l’objet de publicité visant à réduire la femme à son enveloppe corporelle, une enveloppe qui se doit de rester fraiche et jeune,28 quelle que soit la date de naissance inscrite sur la carte d’identité !

Bref, un produit pas très recommandable !

Des produits de beauté, polluants

Ces crèmes de beauté peuvent contenir, entre autres, des filtres UV, à caractère polluant pour l’environnement.29

Bref, des produits peu écoresponsables !

Mais ils peuvent être parfois… de « nouvelle génération »

Les produits de beauté de « nouvelle génération » sont beaucoup mieux que les produits de beauté ancienne génération nous disent les auteurs d’une publication parue en août 2025. Ces produits contiennent, entre autres, des ingrédients marins doués de multiples propriétés ; leur caractère écologique indéniable est mis en avant.30

A noter que la crème de beauté moderne peut tout à fait allier les savoirs ancestraux et les procédés technologiques du XXIe siècle… c’est ce qui transpire de ce travail mettant en avant l’argile de Namibie utilisée traditionnellement et les techniques cristallographiques actuelles permettant de connaître la morphologie et l’identité chimique de cette argile et d’en déduire son emploi cosmétique potentiel.31

Et surtout ce produit de beauté ne doit pas être beau seulement de l’extérieur, il doit faire ses preuves en matière d’efficacité, et pour cela, les techniques de détermination de son efficacité doivent être irréprochables.32

En bref, des produits de beauté tout neuf écoresponsables, efficaces et sûrs d’emploi !

Et aussi dans certains cas des produits à côté de la plaque

C’est le cas, par exemple, de cette crème de beauté imaginée par des équipes iraniennes. A base d’urée et d’hormone de croissance humaine recombinante !33 Clairement pas un cosmétique donc !

Les produits de beauté, en bref

On avait déjà remarqué, dans la vie courante, que ce terme de « produit de beauté » venait aux lèvres (et avec quel mépris !) des personnes qui voient en eux des produits à action superficielle, des produits assez peu utiles, pour personnes frivoles, des produits obtenus par un mélange d’ingrédients choisis plus par hasard que par suite d’une réflexion scientifique poussée.

A la lecture de la littérature scientifique, on se rend compte que ce mépris se retrouve là aussi, dans la mesure où, dans la grande majorité des cas, ce terme est associé à la notion de « toxicité », de présence de « substances interdites », de « diktats » d’un autre âge…

La leçon à retenir est simple. Si vous voulez être neutre parlez de « cosmétique » ; si vous voulez en dire tout le mal possible parlez de « produit de beauté » ; si vous voulez en dire tout le bien possible et même au-delà, parlez de « dermocosmétique ».34

Bibliographie

1 Alnuqaydan AM. The dark side of beauty: an in-depth analysis of the health hazards and toxicological impact of synthetic cosmetics and personal care products. Front Public Health. 2024 Aug 26;12:1439027

2 Sheraz M, Amir R, Shaikh LA. The dual nature of paraphenylenediamine: Beauty product or suicidal weapon? J Pak Med Assoc. 2025 Nov;75(11):1860

3 Efird JT, Holly EA, Cordier S, Mueller BA, Lubin F, Filippini G, Peris-Bonet R, McCredie M, Arslan A, Bracci P, Preston-Martin S. Beauty product-related exposures and childhood brain tumors in seven countries: results from the SEARCH International Brain Tumor Study. J Neurooncol. 2005 Apr;72(2):133-47

4 Zota AR, Shamasunder B. The environmental injustice of beauty: framing chemical exposures from beauty products as a health disparities concern. Am J Obstet Gynecol. 2017 Oct;217(4):418.e1-418.e6

5 Wilson Jones N, Wong P, Potokar T. Electric hair straightener burns an epidemiological and thermodynamic study. Burns. 2008 Jun;34(4):521-4

6 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C4406

7 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/exercices-de-style-a-la-maniere-de-raymond-queneau-autour-de-la-definition-du-cosmetique-672/

8 Dini I, Laneri S. The New Challenge of Green Cosmetics: Natural Food Ingredients for Cosmetic Formulations. Molecules. 2021 Jun 26;26(13):3921

9 Mascarenhas-Melo F, Mathur A, Murugappan S, Sharma A, Tanwar K, Dua K, Singh SK, Mazzola PG, Yadav DN, Rengan AK, Veiga F, Paiva-Santos AC. Inorganic nanoparticles in dermopharmaceutical and cosmetic products: Properties, formulation development, toxicity, and regulatory issues. Eur J Pharm Biopharm. 2023 Nov;192:25-40

10 Spiewak R, Dutkiewicz J. Occupational airborne and hand dermatitis to hop (Humulus lupulus) with non-occupational relapses. Ann Agric Environ Med. 2002;9(2):249-52

11 Chave TA, Warin AP. Allergic contact dermatitis from cobalt in a beauty product. Contact Dermatitis. 1999 Oct;41(4):236

12 Tzank, Sidi, Bonnette. Deux cas d’acné-comédons provoqués par une crème de beauté [Two cases of acne-blackheads caused by a beauty cream]. Ann Dermatol Syphiligr (Paris). 1946 May-Jun;6(5-6):302

13 Le COULANT P. Trois cas de dermite des brillantines et des crèmes de beauté simulant le lupus érythémateux [Three cases of dermatitis of brilliantines and beauty creams simulating erythematous lupus]. Ann Dermatol Syphiligr (Paris). 1946 May-Jun;6(5-6):291

14 Meena P, Jha V. The unfairness of fairness creams: unveiling the toxic impact on kidneys of mercury in beauty products. Kidney Int. 2024 Sep;106(3):337-340

15 Palmer RB, Godwin DA, McKinney PE. Transdermal kinetics of a mercurous chloride beauty cream: an in vitro human skin analysis. J Toxicol Clin Toxicol. 2000;38(7):701-7

16 Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Mercury poisoning associated with beauty cream–Texas, New Mexico, and California, 1995-1996. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 1996 May 17;45(19):400-3

17 Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Update: mercury poisoning associated with beauty cream–Arizona, California, New Mexico, and Texas, 1996. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 1996 Jul 26;45(29):633-5

18 Sin KW, Tsang HF. Large-scale mercury exposure due to a cream cosmetic: community-wide case series. Hong Kong Med J. 2003 Oct;9(5):329-34

19 Falk H, Briss P. Environmental- and injury-related epidemic-assistance investigations, 1946-2005. Am J Epidemiol. 2011 Dec 1;174(11 Suppl):S65-79

20 Campbell L, Dixon DG, Hecky RE. A review of mercury in Lake Victoria, East Africa: implications for human and ecosystem health. J Toxicol Environ Health B Crit Rev. 2003 Jul-Aug;6(4):325-56

21 Weldon MM, Smolinski MS, Maroufi A, Hasty BW, Gilliss DL, Boulanger LL, Balluz LS, Dutton RJ. Mercury poisoning associated with a Mexican beauty cream. West J Med. 2000 Jul;173(1):15-8; discussion 19

22 Washam C. Beastly beauty products: exposure to inorganic mercury in skin-lightening creams. Environ Health Perspect. 2011 Feb;119(2):A80

23 Jawandhiya P, Gupta A. NELL-1 membranous nephropathy due to mercury exposure from fairness cream: Report of two cases. Nephrology (Carlton). 2024 Dec;29(12):996-999

24 Campbell JR, Perez AG, Woolery-Lloyd H. Topical Steroids Sold as Fade Creams in Beauty Supply Stores: A Danger for Cosmetic Consumers. J Drugs Dermatol. 2024 Sep 1;23(9):709-712

25 Salama AK. Assessment of metals in cosmetics commonly used in Saudi Arabia. Environ Monit Assess. 2015 Oct;188(10):553. doi: 10.1007/s10661-016-5550-6

26 Lawi DJ, Abdulwhaab WS, Abojassim AA. Potential Health Risks of Zn, Fe, and Pb in Medical Skin Creams and Cosmetic Products Derived from Plants in Iraq. Biol Trace Elem Res. 2023 Aug;201(8):4167-4176

27 Edwards L, Ahmed L, Martinez L, Huda S, Shamasunder B, McDonald JA, Dubrow R, Morton B, Zota AR. Beauty Inside Out: Examining Beauty Product Use Among Diverse Women and Femme-Identifying Individuals in Northern Manhattan and South Bronx Through an Environmental Justice Framework. Environ Justice. 2023 Dec 1;16(6):449-460. doi: 10.1089/env.2022.0053. Epub 2023 Nov 30

28 Del Rosso T. There’s a cream for that: A textual analysis of beauty and body-related advertisements aimed at middle-aged women. J Women Aging. 2017 Mar-Apr;29(2):185-197

29 Balmer ME, Buser HR, Müller MD, Poiger T. Occurrence of some organic UV filters in wastewater, in surface waters, and in fish from Swiss Lakes. Environ Sci Technol. 2005 Feb 15;39(4):953-62

30 Mago Y, Sharma Y, Thakran Y, Mishra A, Tewari S, Kataria N. Next-Generation Organic Beauty Products Obtained from Algal Secondary Metabolites: A Sustainable Development in Cosmeceutical Industries. Mol Biotechnol. 2025 Aug;67(8):2881-2901

31 Havenga D, Akoba R, Menzi L, Azizi S, Sackey J, Swanepoel N, Gibaud A, Maaza M. From Himba indigenous knowledge to engineered Fe2O3 UV-blocking green nanocosmetics. Sci Rep. 2022 Feb 10;12(1):2259

32 Cecchi T, Cecchi P, Passamonti P. The first quantitative rating system of the antioxidant capacity of beauty creams via the Briggs-Rauscher reaction: a crucial step towards evidence-based cosmetics. Analyst. 2011 Feb 7;136(3):613-8

33 Shams L, Khodabandeh Shahraky M, Mirtaleb MS. Transdermal Co-Delivery of Urea and Recombinant Human Growth Hormone. Iran J Biotechnol. 2021 Oct 1;19(4):e2891

34 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-dermocosmetiques-cest-plus-fort-que-le-dahu-ils-sont-beaucoup-a-lavoir-vu/