Les dermocosmétiques, c’est plus fort que le dahu, ils sont beaucoup à l’avoir vu !

C’est vraiment pas croyable tout ce que l’on peut dire sur les dermocosmétiques ! Au bistrot du coin… ou sur internet… ou dans les officines ! On nous parle de ces dermocosmétiques comme s’ils avaient une légitimité réglementaire. Or il n’en est rien, puisqu’il s’agit d’un concept marketing, inventé par Pierre Fabre.1

C’est vraiment pas croyable tout ce qui peut être dit sur les dermocosmétiques, dans la littérature médicale/scientifique. Sans doute de bonne foi !

Pourtant, tout ce qui est dit est faux. Et pourtant, des revues cotées, célèbres, jouent le jeu de laisser passer cette information fausse.

Un rectificatif s’impose, car l’on trouve toutes sortes d’informations erronées, qui sont prises pour argent comptant par les lecteurs de ces revues.

Un recadrage ici !

En matière de prise en charge de la peau de sujets souffrant de dermatoses

Certains dermatologues nous les présentent comme des super-cosmétiques : « La dermocosmétique est aujourd’hui une branche de la dermatologie qui utilise les cosmétiques dans la prise en charge scientifique de diverses affections cutanées. » ; « Ces produits, seuls ou en complément d’un traitement médicamenteux, sont ainsi régulièrement utilisés pour améliorer la photoprotection, hydrater les peaux sèches ou matures, traiter les dermatoses inflammatoires telles que l’acné, la rosacée, la dermatite atopique, le psoriasis et la dermatite séborrhéique, ainsi que diverses affections des cheveux et des ongles. » ; ils sont doués de propriétés curatives ou préventives vis-à-vis de certaines pathologies cutanées.2

Alors, non, vraiment non… un dermocosmétique n’est pas capable de traiter une pathologie cutanée. Sinon, il n’y a pas à hésiter il faut transformer l’essai et faire passer le produit du statut de cosmétique au statut de médicament.

En matière de prise en charge de l’acné

Ces dermocosmétiques nous sont présentés comme des produits flirtant dangereusement avec le domaine médical. Le vocabulaire employé est délibérément choisi afin de créer le contraste entre cosmétique (ordinaire) et dermocosmétique (extraordinaire). Les dermocosmétiques sont, ainsi, définis comme des soins cutanés, contenant des ingrédients « dermatologiquement actifs », qui agissent directement sur « les symptômes de diverses affections cutanées ». Les actifs cités sont par exemple le niacinamide et l’acide salicylique, susceptibles d’agir sur la physiopathologie de l’acné. Ou encore les céramides, la glycérine, l’eau thermale et le panthénol, qui peuvent exercer des effets bénéfiques sur la fonction barrière cutanée. Et les auteurs d’insister sur l’importance des dermocosmétiques dans le « traitement de l’acné », soit en « monothérapie » pour les formes légères et la prévention des récidives, soit en complément d’un traitement prescrit pour en améliorer l’efficacité et l’observance, et contribuer à la prévention des effets indésirables locaux.3,4 Cette notion de « monothérapie » ou de traitement adjuvant est visiblement appréciée des auteurs qui n’hésitent pas à l’employer couramment.5

Ces dermocosmétiques sont tellement proches des médicaments que certains auteurs se sentent obligés de préciser qu’il s’agit de « produits anti-acnéique en vente libre » !6,7

Alors là, non, non et non, tout vocabulaire médical doit être banni. Il faut cesser de penser que l’industrie cosmétique se divise en deux branches, l’une ne mettant sur le marché que des cosmétiques inactifs aux allures de placébo et l’autre faisant sortir de ses usines des pseudo-médicaments à l’efficacité remarquable.

En matière de prise en charge des hyperpigmentations

En 2012, le dermatologue Didier Guerrero nous explique, avec le plus grand sérieux, qu’il existe dans le domaine de la dépigmentation cutanée des « dépigmentants dermocosmétiques », renfermant des actifs dont le mécanisme d’action s’inspire de celui du célèbre trio de Kligman. Il nous précise, et cela est très juste, que ce trio d’actifs composé d’acide rétinoïque, d’hydroquinone et de dexaméthasone ne peut être utilisé tel quel dans le domaine cosmétique, dans la mesure où les ingrédients qui le composent sont interdits par la réglementation en vigueur. Là, on est d’accord… En revanche, lorsqu’il présente les acides de fruit, les rétinoïdes, l’acide azélaïque et un certain nombre d’autres actifs comme des « actifs dermocosmétiques »,8 là, on dit non. Déjà que le dermocosmétique n’existe pas… Donc forcément l’actif dermocosmétique… non plus !

Mais, soyons juste, il n’est pas le seul à brandir le trio de Kligman et à comparer l’efficacité des dermocosmétiques à celui-ci.9

Et il n’est pas le seul non plus à présenter le dermocosmétique comme un cosmétique de compétition. Ce produit topique, « associant des ingrédients cosmétiques et bioactifs conçus pour agir au-delà du simple effet cosmétique », est présenté par certaines équipes comme la meilleure solution anti-taches puisque alliant efficacité et sécurité d’emploi.10

Et tant qu’à faire, l’on nous parle du dermocosmétique « moderne » (sans doute très différent du dermocosmétique ancien ou antique !), caractérisé par une capacité à la « pénétration percutanée », le rendant capable de traiter des problèmes cutanés telle que l’hyperpigmentation.11

Non, non et non, toutes ces définitions du dermocosmétique sont fausses.

En matière de prise en charge des effets indésirables de certains traitements oncologiques

Les dermocosmétiques sont présentés comme des produits susceptibles d’être utilisés en soin de support dans le domaine de l’oncologie,12 dans la mesure où ils contiennent des « principes actifs » (et non pas seulement un excipient !) qui améliorent directement les symptômes liés à la toxicité de certains principes actifs médicamenteux.13 Des dermocosmétiques, qui peuvent être définis comme des « soins cutanés proactifs » !14

Le jargon utilisé est abscons, mas il ressort de tout cela la notion de supériorité du dermocosmétique par rapport au cosmétique de base ! Mais qu’est-ce qu’un cosmétique de base ?

En matière d’effet anti-âge

Brandir le nom de dermocosmétique donne tout de suite du poids aux publications et ce d’autant plus que ce sont des experts internationaux qui constituent le groupe de travail en question.15 Si des experts de tous les pays se sont réunis et utilisent ce terme… forcément y a plus rien à ajouter !

En matière de recherche de nouveaux ingrédients

Les dermocosmétiques font recette. Et l’on ne compte plus les publications sur le sujet. Certains cherchent dans le milieu marin de nouveaux actifs photoprotecteurs, afin de mettre au point des dermocosmétiques anti-solaire.16 D’autres se disent que la médecine traditionnelle peut tout à fait être pourvoyeuse d’actifs dermocosmétiques très intéressants.17

Toutefois, on ne s’intéresse pas qu’aux nouveaux ingrédients, on peut également chercher à encapsuler des ingrédients végétaux afin d’optimiser l’action des… dermocosmétiques18 formulés avec !

En matière d’études de compatibilité

Et puis il y a ceux qui s’intéressent à l’influence du parfum sur la stabilité des dermocosmétiques,19 alors même que le parfum est souvent considéré comme l’ennemi du dermocosmétique !

Avec en plus la notion de dermocosmétique naturel

Pour être dans l’air du temps, il est possible d’accoler le terme « naturel » au terme « dermocosmétique », pour peu que l’on ait recours à un actif « naturel » et c’est encore mieux si cet ingrédient est upcyclé !20-22

Les dermocosmétiques, en bref

C’est fou le nombre de publications qui traitent, le plus doctement du monde, d’un produit qui n’existe pas réglementairement parlant. Parler de l’intérêt des cosmétiques en tant que soins de support à différentes pathologies, en tant que produits anti-âge… pas de souci. Parler de l’intérêt des dermocosmétiques… un souci… puisque ces produits ne font l’objet d’aucune définition opposable.

Alors franchement, dans un souci de transparence, d’équité, de vérité, le mieux serait d’employer tout simplement le terme de cosmétique, afin d’éviter de continuer à propager les idées fausses.

Ah au fait, le dahu vous y croyez, vous l’avez vu ? Par parenthèse, on ne trouve aucune publication scientifique à son sujet, en dehors des cas où l’on utilise son nom pour signaler une duperie.23

Bibliographie

1 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-dermocosmetiques-a-quand-une-norme-iso-771/

2 Dreno B, Araviiskaia E, Berardesca E, Bieber T, Hawk J, Sanchez-Viera M, Wolkenstein P. The science of dermocosmetics and its role in dermatology. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2014 Nov;28(11):1409-17

3 Kurokawa I, Kobayashi M, Nomura Y, Abe M, Kerob D, Dreno B. The Role and Benefits of Dermocosmetics in Acne Management in Japan. Dermatol Ther (Heidelb). 2023 Jul;13(7):1423-1433

4 Thiboutot D, Layton AM, Traore I, Gontijo G, Troielli P, Ju Q, Kurokawa I, Dreno B. International expert consensus recommendations for the use of dermocosmetics in acne. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2025 May;39(5):952-966

5 De Cruz R, Nguyen R, Chen P, Kerob D, Gebauer K, Willems A, Tong P, Lee M. From Monotherapy to Adjunctive Therapies: Application of Dermocosmetics in Acne Management Across Australia and New Zealand. Australas J Dermatol. 2025 Jun;66(4):189-198

6 Zimmo S, Zaher H, Said A, El Morsy E, Litaiem N, Al Hammadi A, El Sayed A, Steinhoff M. Use of Dermocosmetics in Acne Management: A Middle East-North Africa Consensus. Int J Dermatol. 2026 Jan;65(1):93-100

7 Dréno B, Araviiskaia E, Kerob D, Andriessen A, Anfilova M, Arenbergerova M, Forero Barrios OL, Bukvić Mokos Z, Haedersdal M, Hofmann MA, Khamaysi Z, Kosmadaki M, Lesiak A, Roó E, Zbranca-Toporas A, Wiseman MC, Zimmo S, Guerin L, Fabbrocini G. Nonprescription acne vulgaris treatments: Their role in our treatment armamentarium-An international panel discussion. J Cosmet Dermatol. 2020 Sep;19(9):2201-2211

8 Guerrero D. Prise en charge dermo-cosmétique des hyperpigmentations. Ann Dermatol Venereol. 2012 Nov;139 Suppl 3:S115-8

9 Rocio J, Kovylkina N, Cestari T, Feiges MF, Fernandes E, Deloche-Bensmaine C, Caberlotto E, Passeron T. A Novel Dermocosmetic Routine Containing Vitamin B3 and 2-Mercaptonicotinyl Glycine Significantly Improves Melasma After 3 Months of Daily Use. J Cosmet Dermatol. 2025 Oct;24(10):e70476

10 Rageh MA, Seoudy WM, Abozeid MF, Elkholy AM, Moubasher AEA, Abdel-Latif AM, Attallah DAA, Mohamed EM, Assaf HA, Sabry H, Nasr MM, Hegazy MS, Hunter N, Zuelfakkar N, Bedair NI, Mohammed NE, Abdelkodous SF, Gohary YM, Mohy SM. Egyptian National Consensus on Dermocosmetic Ingredient Selection Across Common Dermatology Scenarios: A RAND/UCLA Appropriateness Study. Dermatol Ther (Heidelb). 2026 Jan 15

11 Dymek M, García-Celma MJ, Escribano-Ferrer E, Warszycki D, Kaźmierski S, Skoczylas Ł, Tabaszewska M, Sikora E. Tripeptide-Loaded Liposomes as Multifunctional Components in Topical Formulations. Int J Mol Sci. 2025 Jun 1;26(11):5321

12 Varvaresou A, Iakovou K, Mellou F, Myrogiannis D, Papageorgiou S. Targeted therapy in oncology patients and skin: Pharmaceutical and dermocosmetic management. J Cosmet Dermatol. 2020 Apr;19(4):782-788

13 Dreno B, Khosrotehrani K, De Barros Silva G, Wolf JR, Kerob D, Trombetta M, Atenguena E, Dielenseger P, Pan M, Scotte F, Krakowski I, Lacouture M. The role of dermocosmetics in the management of cancer-related skin toxicities: international expert consensus. Support Care Cancer. 2023 Nov 4;31(12):672

14 Pan M, Sun J, Kawashima M, Kim YC, Chun M, Chu CY, Liang YH, Chang M, Kerob D, Dreno B. Managing Skin Side Effects Associated With Oncology Treatments: Asian Perspective on Use of Dermocosmetics. Asia Pac J Clin Oncol. 2026 Jan 23

15 Draelos ZD, Wei L, Sachdev M, Bravo BSF, Vachiramon V, Jourdan M, Kerscher M, Delva C, Leclerc-Mercier S. International Consensus on Anti-Aging Dermocosmetics and Skin Care for Clinical Practice Using the RAND/UCLA Appropriateness Method. J Drugs Dermatol. 2024 Jan 1;23(1):1337-1343

16 Baby AR, Morocho-Jácome AL. Dermocosmetic applications of microalgal pigments. Adv Appl Microbiol. 2021;117:63-93

17 Dah-Nouvlessounon D, Fernandes C, Araya RAS, Baba-Moussa L, Dinica RM, Boumendjel A. Garcinia kola Nuts: A Molecular Cocktail for Skin Care. Molecules. 2025 Sep 19;30(18):3813

18 Yang S, Liu L, Han J, Tang Y. Encapsulating plant ingredients for dermocosmetic application: an updated review of delivery systems and characterization techniques. Int J Cosmet Sci. 2020 Feb;42(1):16-28

19 Dallay C, Malhiac C, Picard C, Savary G. Fragrance in dermocosmetic emulsions: From microstructure to skin application. Int J Cosmet Sci. 2024 Feb;46(1):1-23

20 Martinović M, Nešić I, Žugić A, Tadić VM. Preliminary Analysis of Bilberry NaDES Extracts as Versatile Active Ingredients of Natural Dermocosmetic Products: In Vitro Evaluation of Anti-Tyrosinase, Anti-Hyaluronidase, Anti-Collagenase, and UV Protective Properties. Plants (Basel). 2025 Aug 1;14(15):2374 21 Silva NM, Maurício AC, Fernandes R, Barros AN. Cork By-Products as Bioactive Ingredients: From Waste Valorization to Pharmaceutical Prototypes. Molecules. 2025 Dec 25;31(1):95

22 Estarriaga-Navarro S, Valls T, Plano D, Sanmartín C, Goicoechea N. Potential Application of Plant By-Products in Biomedicine: From Current Knowledge to Future Opportunities. Antioxidants (Basel). 2025 Jul 31;14(8):942

23 https://shs.cairn.info/revue-cahiers-pedagogiques-2019-8-page-64?lang=fr