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Le fragon, de la table de Noël au cosmétique anti-rougeur, il fait bon s’y frotter !

> 22 décembre 2018

Le fragon, de la table de Noël au cosmétique anti-rougeur, il fait bon s’y frotter !

Au mois de décembre, le fragon également dénommé petit houx, houx frelon ou myrte sauvage arbore de beaux fruits « écarlates gros comme des petits pois. »1 Il permet aussi bien de décorer la table de Noël que de préparer des médicaments ou des cosmétiques.

Petit houx et médecine populaire

Le fragon (Ruscus aculeatus L.) est un sous-arbrisseau de la famille des Liliacées qui reste toujours vert. Il est abondamment garni de phylloclades ou cladodes, rameaux très rigides ayant l’apparence de feuilles.2 Il pousse en Europe de l’Ouest, du Sud et du Sud-Est et en Afrique du Nord. Les parties souterraines de la plante sont largement utilisées en médecine traditionnelle. Verrues, engelures, eczéma, problèmes cutanés au sens large sont traités par des extraits de fragon. Par le nom latin de « Rusci rhizoma », on désigne la poudre de rhizome de fragon et ses extraits aqueux, éthanoliques ou méthanoliques utilisés dans le traitement des troubles vasculaires mineurs. Les actifs contenus sont les ruscogénines, des hétérosides stéroïdiques (ou saponines stéroïdiques) portant le nom de ruscoside, desglucoruscoside, ruscine, desglucoruscine, néoruscogénine…3 Selon les auteurs, le pourcentage en actifs dans le végétal varie entre 0,03 % pour les moins optimistes et 1,48 % pour les plus optimistes.4 Afin d’avoir une action optimale, il convient donc d’utiliser des extraits titrés.5

Petit houx et insuffisance veineuse

L’extrait de rhizome de petit houx exerce un rôle vasoconstricteur sur la veine saphène isolée.6 Il permet d’augmenter le tonus vasculaire, par action au niveau des récepteurs alpha-adrénergique.7 Un effet agoniste de ce même extrait pour les récepteurs muscariniques M1 et M3 explique l’effet vasoprotecteur et anti-inflammatoire.8 La spécialité Cyclo 3 regroupe, comme principes actifs, l’hespéridine méthylchalcone, la vitamine C et l’extrait sec de fragon, triade de choix pour la prise en charge des troubles veineux à type d’hémorroïdes et de jambes lourdes.9 D’autres spécialités associent petit houx et vitamine C (Veinobiase) ou petit houx et divers extraits végétaux à propriétés vasculoprotectrices comme le marron d’Inde, le viburnum, l’hamamélis (Climaxol).

Petit houx et effet antibactérien

Appelé familièrement « balai de boucher » par les Anglais, du fait de l’emploi de ses rameaux à des fins d’aseptisation du plan de travail du boucher en question, le petit houx possède des propriétés antibactériennes non négligeables. En ce qui concerne l’inhibition de la croissance de Staphylococcus aureus, par exemple, l’extrait aqueux de petit houx est nettement moins efficace que celui de Phagnalon rupestre, mais supérieur à ceux obtenus avec le lyciet, l’asphodeline, le câprier…10

Petit houx et jasmin

Si le jasmin et plus particulièrement l’un de ses principes parfumés, le méthyl jasmonate,11 est capable d’augmenter la synthèse des métabolites secondaires de certaines plantes (c’est le cas par exemple pour Centella asiatica), il n’en est rien pour le petit houx qui reste hermétique à ses effluves suaves.12

Petit houx et innocuité

Quelques rares cas d’allergies cutanées aux formes topiques contenant des ruscogénines ont été rapportés dans la littérature scientifique.2 Un cas d’acidocétose chez un sujet diabétique a également été répertorié. La jeune femme en question, âgée de 39 ans et hospitalisée prenait depuis 5 jours une préparation à base de petit houx, afin de traiter une enflure à la jambe. La publication qui relate les faits ne donne aucune indication sur la nature de la préparation incriminée ni sur la posologie.13

En ce qui nous concerne, et pour un usage topique, on peut conclure à la bonne tolérance des préparations renfermant un extrait de petit houx.

Le petit houx, en résumé

Esthétique pour agrémenter une table de fête, utile pour traiter les problèmes circulatoires (à condition, toutefois, qu'ils ne soient pas trop sévères...), le petit houx est un végétal qui ne doit pas être négligé dans le domaine cosmétique. Son action apaisante, anti-rougeur rejoint ses indications dans le domaine médical. Un extrait titré sera vivement souhaité si l’on veut mettre toutes les chances de son côté.

Bibliographie

1 F. Dorvault, L’Officine, Vigot, Paris, 1995, 2089 pages

2 S. Elbadir, F. El Sayed, F. Renaud, J. Bazex, L'allergie de contact aux ruscogénines, Revue Française d'Allergologie et d'Immunologie Clinique,38, 1, 1998, 37-40

3 A. Di Lazzaro, A. Morana, C. Schiraldi, A. Martino, M. De Rosa, An enzymatic process for the production of the pharmacologically active glycoside desglucodesrhamnoruscin from Ruscusaculeatus L., Journal of Molecular Catalysis B: Enzymatic, 11, 4–6, 2001, 307-314

4 N. Hadžifejzović, J. Kukić-Marković, S. Petrović, M. Soković, A. Nahrstedt, Bioactivity of the extracts and compounds of Ruscus aculeatus L. and Ruscus hypoglossum L., Industrial Crops and Products, 49, 2013, Pages 407-411

5 E. de Combarieu, M. Falzoni, N. Fuzzati, F. Gattesco, R. Pace, Identification of Ruscus steroidal saponins by HPLC-MS analysis, Fitoterapia, 73, 7–8, 2002, 583-596

6 G. Marcelon, T. J. Verbeuren, H. Lauressergues, P. M. Vanhoutte, Effect of Ruscusaculeatus on isolated canine cutaneous veins, General Pharmacology: The Vascular System, 14, 1, 1983, 103-106

7 A. Mari, A. Napolitano, A. Perrone, C. Pizza, S. Piacente, An analytical approach to profile steroidal saponins in food supplements: The case of Ruscus aculeatus, Food Chemistry, 134, 1, 2012, 461-468

8 I. Rauly-Lestienne, P. Heusler, D. Cussac, F. Lantoine-Adam, E. Bouskela, Contribution of muscarinic receptors to in vitro and in vivo effects of Ruscus extract, Microvascular Research, 114, 2017, 1-11

9 C. Taieb, PCV82 the Burden: A New Approach to Evaluating Venous Insufficiency, Value in Health, 15, 4, 2012, a127

10 M.S. Ali-Shtayeh, R. Yaghmour, Y.R. Faidi, K. Salem, M.A Al-Nuri, Antimicrobial activity of 20 plants used in folkloric medicine in the Palestinian area, Journal of Ethnopharmacology, 60, 3, 1998, 265-271

11 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-jasmin-petites-fleurs-mais-grandes-ambitions-887/

12 S. Mangas, M. Bonfill, L. Osuna, E. Moyano, J. Palazón, The effect of methyl jasmonate on triterpene and sterol metabolisms of Centella asiatica, Ruscusaculeatus and Galphimia glauca cultured plants, Phytochemistry, 67, 18, 2006, 2041-2049

13 P.P. Sadarmin, J. Timperley, An Unusual Case of Butcher's Broom Precipitating Diabetic Ketoacidosis, The Journal of Emergency Medicine, 45, 3, 2013, e63-e65

 

 






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