Nos regards
Dioxyde de titane et SCCS, p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non !

> 25 janvier 2018

Dioxyde de titane et SCCS, p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non ! Le 23 janvier dernier, l’association de consommateurs, UFC-Que Choisir, faisait état de tests de laboratoire démontrant l’existence de nanoparticules dans des cosmétiques aussi variés que le déodorant Sanex Natur 48h, le Dentifrice Aquafresh triple protection + blancheur, la crème solaire Lavera 100 % minérale SPF 30, le stick à lèvres nourrissant Avène Cold cream et le gloss effet 3D – 33 brun poetic de Bourjois. (https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-nanoparticules-dissimulees-9-plaintes-de-l-ufc-que-choisir-contre-des-fabricants-de-produits-alimentaires-et-de-cosmetiques-n50840/).

Le dioxyde de titane se retrouve, ainsi, sous le feu des projecteurs.

Rappelons que cet ingrédient émarge dans deux Annexes du Règlement (CE) N°1223/2009 modifié. En tant que colorant, on le trouve au numéro d’ordre 143 dans l’Annexe IV (Liste des colorants que peuvent contenir les produits cosmétiques). En tant que filtre UV, on ira le chercher aux numéros d’ordre 27 et 27 bis de l’Annexe VI (Liste des filtres ultra-violets admis dans les produits cosmétiques).

Rappelons également qu’en juillet 2013, le SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety) a conclu à la sécurité d’emploi du dioxyde de titane sous forme nano-particulaire utilisé comme filtre UV pour formuler des produits de protection solaire et ce dans une limite de 25% (SCCS/1516/131), à l’exception, toutefois, des formes sprayables, avec lesquelles un risque d’inhalation est à envisager.

Rappelons enfin que le dioxyde de titane sous forme nano-particulaire est, de ce fait, soumis à une réglementation particulière. On nous précise qu’on ne doit pas l’utiliser « dans des applications pouvant conduire à l’exposition des poumons de l’utilisateur final par inhalation. » Un certain nombre de critères, comme la taille de particules (supérieure ou égale à 30 nm), la forme cristallographique, l’enrobage, l’activité photo-catalytique et la photo-stabilité viennent compléter les renseignements fournis en Annexe VI.

Le dioxyde de titane de nature pigmentaire, quant à lui, n’est pas concerné par tout cela.

En 2018, le SCCS nous fournit, à nouveau, un précieux document concernant la sécurité d’emploi du dioxyde de titane sous forme nano-particulaire incorporé dans des formes galéniques sprayables.

Nous passons d’une dose de 25% jugée « sûre d’emploi », à une nouvelle restriction d’emploi fixée à 5,5%.

A la question « En l’état de l’art, le SCCS considère-t-il que le dioxyde de titane nanoparticulaire est sûr d’emploi quand il est utilisé comme filtre UV dans les produits solaires et dans les produits de soin sprayables à la dose de 5,5% ? » La réponse n’est ni OUI, ni NON. Mais il faut bien l’avouer… elle tend plus vers le NON, que vers le OUI. Un manque d’informations est mis en avant afin d’expliquer l’absence de réponse franche et massive. Les études d’exposition ayant été réalisées à l’aide de formules aqueuses renfermant peu d’alcool (ce qui représente nous dit-on 80% des sprays présents sur le marché européen), il n’est pas possible de donner une réponse globale, sachant que 20% des produits restants (formules non aqueuses ou renfermant plus de 10% (m/m) d’alcool) n’ont pas été pris en compte.

Le SCCS fournit donc une réponse ambiguë à une question qui nécessite pourtant une réponse claire et nette.

Pour notre part, nous souhaiterions une position plus énergique. En cas d’exposition pulmonaire, le dioxyde de titane est inopportun. Eliminons-le tout simplement des formules placées sous conditionnement en spray.
Enfin et du fait de notre thématique de recherche dans le domaine de la photo-protection topique, nous souhaitons rappeler différents points qui ne semblent pas préoccuper grand monde :

1 - Le dioxyde de titane sous forme pigmentaire n’est pas efficace si on l’utilise en tant qu’agent photo-protecteur. Cette poudre blanche aux propriétés couvrantes qui convient pour la prévention de l’érythème fessier n’est absolument pas adaptée à la formulation des produits de protection solaire (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/bepanthen-soleil-ne-pas-confondre-prevention-du-coup-de-soleil-et-prevention-de-l-erytheme-fessier-236/). Formuler un produit de protection solaire, qu'il soit conventionnel ou biologique, avec ce type d’ingrédient condamne l’utilisateur à être mal protégé des rayonnements UV, avec tout ce que cela implique du point de vue du développement de cancers cutanés ;

2 - Les formes nano-particulaires de dioxyde de titane sont, en revanche, efficaces en tant qu’ingrédients photo-protecteurs. Selon l’enrobage, les « performances » seront plus ou moins optimisées. On ne l’utilisera qu’à des doses très largement inférieures à 25% (dose maximale autorisée par la réglementation européenne) pour des raisons galéniques évidentes - les formulateurs qui utilisent ce type d’ingrédients savent bien qu’il n’est pas possible d’en introduire de telles quantités dans une forme « galéniquement » acceptable ;

3 - Les formes sprayables à base d’alcool sont une hérésie dans le domaine de la photo-protection topique. Le message de santé publique doit être clair : pour être bien protégé, l’application d’une couche épaisse de produit solaire est nécessaire !

Dans le domaine des solaires, nous disons clairement « NON AUX FORMES SPRAYABLES », « NON AUX FORMES NANOPARTICULAIRES DANS LES FORMES SPRAYABLES » !






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