Des crèmes solaires contenant des filtres UV fantômes, c’est le Halloween cosmétique permanent !
En cette période de l’année, sorcières, squelettes et autres toiles d’araignées viennent orner les boutiques de nos quartiers.
Il nous est donc logiquement venu à l’esprit de rédiger un Regard de circonstance, en faisant sortir les squelettes des placards où ils étaient bien rangés.
Nous nous proposons donc de réfléchir sur la notion d’agents dopants dans le domaine de la protection solaire. Ceux-ci correspondent à des ingrédients non réglementés, qui sont ajoutés à des préparations renfermant des filtres UV autorisés selon certaines conditions, afin d’augmenter les performances photoprotectrices des produits en question.
Une mode, qui, comme la mode d’Halloween, nous vient, dans sa version moderne et commerciale, des Etats-Unis !1
La notion de filtres UV-fantômes ou de dopants
La notion d’ingrédients « dopants », très connue dans le domaine du sport, vient de faire son entrée dans le domaine des cosmétiques antisolaires. Ces ingrédients « dopants » sont censés augmenter le SPF des produits qui en contiennent. Certains auteurs contestent, toutefois, l’emploi de ce terme « dopants », le trouvant sans doute trop péjoratif. Et pourtant, si l’on considère qu’un agent dopant dans le domaine du sport est un « moyen permettant d’atteindre des performances athlétiques inatteignables dans les conditions normales »,2 on se dit que ce terme est parfaitement bien trouvé pour désigner un ingrédient qui permet d’augmenter l’efficacité d’un produit solaire et ce de manière indéniable !
La réponse à un problème réglementaire !
L’idée d’incorporer dans un produit solaire un filtre UV non reconnu comme tel par les autorités sanitaires est une idée américaine, semble-t-il. Le nombre de filtres UV autorisés dans les produits solaires étant limité, les sociétés qui commercialisent ce genre de produits se sont dit qu’il était possible de ruser en incorporant dans les formules des ingrédients à propriétés photoprotectrices ne figurant pas sur la liste des filtres UV autorisés par la FDA.3 Cette technique est utilisée aussi bien par les sociétés biologiques que par les sociétés conventionnelles, qui peuvent, ainsi, utiliser des substances filtrantes, sans être bridées par des doses maximales d’emploi !4 La faute à la FDA qui n’homologue pas de nouveaux filtres depuis trop longtemps, nous dit-on.5
La réponse à un problème esthétique !
En 2023, une publication très intéressante pose le « problème du dopage » des produits solaires, en pointant du doigt le fait que les produits minéraux à base de dioxyde de titane ou d’oxyde de zinc utilisé à fort pourcentage laissent des traces blanches sur la peau et que certaines sociétés, afin de réduire ce problème esthétique, ont trouvé une solution : incorporer dans ce produit minéral un filtre organique non reconnu par la FDA afin d’augmenter le SPF de manière discrète, car de manière invisible. L’éthylférulate, le salicylate de butyloctyle sont ainsi désignés très clairement.6 Il faut bien reconnaître que ces deux ingrédients sont effectivement des filtres UV.7,8
La création d’un problème réglementaire !
Les produits qui contiennent ces filtres UV, baptisés par certains auteurs « agents dopants », présentent ces ingrédients comme des ingrédients « inactifs », c’est-à-dire des excipients, ce qui est faux puisqu’ils possèdent des propriétés filtrantes démontrées. Ces filtres UV cachés posent donc un problème réglementaire qui se doit d’être traité, nous précisent Lauren Gaway et al. qui militent, quant à elles, non pour le retrait de ces filtres UV des formules, mais plutôt pour leur désignation sur les emballages sous la mention d’ingrédients « exhausteurs de SPF ». Ces dermatologues souhaiteraient, par ailleurs, également, que l’homologation des filtres UV soit facilitée, afin de permettre à la liste des filtres UV autorisés de s’étoffer.5 Et par là-même de tuer dans l’œuf cette mode particulière !
La réponse des autorités de santé française
La France a déjà été confrontée au problème de produits solaires particuliers. Il s’agit, pour exemple, d’huiles de karanja affichant des valeurs de SPF, mais ne renfermant aucun filtre UV réglementé (aucun filtre UV de l’Annexe VI du Règlement (CE) N°1223/2009). En réaction à ce type de produits, l’Ansm avait répondu par un avis aux fabricants, mis en ligne en 2017.9 Dans cet avis, il était mentionné en conclusion que « les produits de protection solaire contenant uniquement de l’huile de karanja en vue d’obtenir un facteur de protection ne sont pas conformes à la réglementation en vigueur et ne doivent pas être mis à disposition sur le marché », que « dans le cas des produits de protection solaire composés de filtre(s) ultraviolet(s) autorisé(s) et d’huile de karanja, il est important de pouvoir démontrer que le facteur de protection solaire obtenu est dû au(x) filtre(s) ultraviolet(s) autorisé(s) présent(s) dans la formule. » Cette dernière phrase peut paraître étonnante, mais l’est nettement moins lorsque l’on se place dans la situation qui nous intéresse aujourd’hui… Les autorités de santé nous font comprendre clairement que l’efficacité photoprotectrice d’un produit solaire doit être due exclusivement à des filtres UV listés en Annexe VI du Règlement sus-cité et non à des ingrédients filtrants ajoutés aux formules en vu d’augmenter le SPF. Dans ces conditions, et toujours selon l’Ansm, il semble logique de tester l’excipient de la formule (c’est-à-dire la formule sans filtres UV), afin de vérifier que son efficacité est nulle en matière d’effet photoprotecteur.
Nous voilà donc avec une information de taille. Les sociétés qui mettent sur le marché des produits solaires devraient donc logiquement vérifier que l’efficacité de leur produit est due aux filtres UV que l’on qualifiera d’officiels (ceux de l’Annexe VI) et non à des filtres UV non officiels (et donc officieux). Deux tests s’imposent donc, l’un pratiqué sur l’excipient, l’autre sur l’excipient additionné de filtres UV. Et globalement, on comprend que les autorités françaises sont hostiles au phénomène de dopage !
Le dopage des crèmes solaires, en bref
Ce dopage est pratiqué aux Etats-Unis comme en France10 ou en Corée.11 Il est utile de rappeler que les autorités françaises ont statué à son sujet en 2017, en nous indiquant que l’agent dopant n’était pas le bienvenu dans le domaine de la photoprotection topique. Une réflexion au niveau européen serait souhaitable !
Bibliographie
1 https://www.cercledeslangues.com/blog/fete-halloween-origine-et-histoire
2 Phipson ES C I E. ‘Doping’ in Athletic Contests. Ind Med Gaz. 1940 Aug;75(8):484-486
4 Adler BL. Sunscreen in 2026: Doping, Regulatory Changes, and Impact on Vitamin D Levels. Cutis. 2026 May;117(5):136-137
5 Gawey L, Gunnell L, Shi VY. Sunscreen Doping: A Misnomer. J Invest Dermatol. 2025 Dec;145(12):2941-2942
6 Moradi Tuchayi S, Wang Z, Yan J, Garibyan L, Bai X, Gilchrest BA. Sunscreens: Misconceptions and Misinformation. J Invest Dermatol. 2023 Aug;143(8):1406-1411
8 Choquenet B, Couteau C, Paparis E, Coiffard LJ. Interest of ferulic acid ethyl ester in photoprotective creams: measure of efficacy by in vitro method. Nat Prod Res. 2008;22(16):1467-71
10 https://incibeauty.com/produit/3380810304879
11 https://incibeauty.com/produit/8720726617369

