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Une saignée pour traiter une fluxion de poitrine, c’est Hector Malot qui joue au médecin !

> 15 février 2024

Une saignée pour traiter une fluxion de poitrine, c’est Hector Malot qui joue au médecin !

L’histoire de Rémi commence chez mère Barberin,1 un soir où l’on doit faire sauter des crêpes. Manque de bol, le père Barberin revient de manière inopinée, ce soir-là, en traînant la jambe. Une soupe à l’oignon remplacera les crêpes tant attendues. Et le petit Rémi, élevé avec amour par la bonne Mme Barberin, va être vendu à un artiste ambulant qui passe par là ! Et c’est le début d’une formidable aventure humaine !

Vitalis, l’artiste au grand cœur

Vitalis est un personnage haut en couleurs. Des cheveux longs, qui lui tombent sur ses épaules, une peau de mouton qui tient chaud ; des guêtres pour le style et des rubans colorés pour la gaieté ! Vitalis ne se déplace jamais seul ; il est accompagné d’un caniche blanc, Capi, d’un barbet noir, Zerbino et d’une petite chienne de race indéterminée, Dolce. Un petit singe du nom de Joli-Cœur vient compléter la petite ménagerie.

Vitalis n’est autre que Carlo Balzani, un chanteur célèbre devenu saltimbanque après avoir perdu sa belle voix.

Rémi, un enfant au grand cœur, hâlé par le Soleil

Rémi est un jeune garçon, plein de gentillesse. Enlevé à ses parents (de riches aristocrates anglais) dès son plus jeune âge, abandonné à Paris, il a été pris en charge par Barberin, qui a vu, dans ce nourrisson emmailloté dans des langes luxueux, le moyen de faire fortune rapidement. Sauf que… personne ne vient réclamer Rémi. Sauf que… le père Barberin, impatient, vend, pour quelques pièces d’or, le petit garçon qui fait la joie de sa femme.

Avec Vitalis, Rémi découvre la vie sur les chemins de France. Sous le soleil, sa peau se cuirasse (« ma peau se cuirassa »), au sens propre, comme au sens figuré. Le timide garçon, guidé par Vitalis, acquiert, petit à petit, toutes les connaissances de base. Il apprend également à jouer de la harpe !

Sur les chemins, Rémi s’occupe de « la toilette des chiens, coiffant Dolce, habillant Zerbino, mettant un emplâtre sur l’œil de Capi pour qu’il pût jouer le rôle d’un vieux grognard […] ». Il aide également Joli-Cœur à enfiler son costume de général.

Arthur, un enfant tout pâle, qui tente de se hâler au Soleil

Sur un canal, vogue le « Cygne », la péniche de Mme Milligan (cette dernière n’est autre que la mère de Rémi, mais, chut, on ne l’apprendra que dans le tome II). A bord, son fils Arthur est bien pâle. Sa « peau transparente » laisse voir tous ses vaisseaux. Arthur s’expose au Soleil, afin d’en tirer tous les bénéfices possibles. Le petit Arthur est né 7 mois après le décès de son père. Le beau-frère de Mme Milligan, l’affreux James Milligan, ne rêve que d’une chose : qu’Arthur décède, afin de pouvoir hériter de tous les biens qui lui reviennent de droit ! Il n’en sera rien. Les cures de Soleil seront souveraines pour l’enfant qui deviendra, plus tard, grand, fort et beau.

Arthur et Rémi, amis… comme des frères

Sur le Cygne, Rémi va vivre un mois de bonheur, le temps que Vitalis soit libéré de prison. Celui-ci a, en effet, haussé le ton face à un gendarme !

Là, dans une petite cabine, Rémi découvre avec émerveillement le luxe d’une petite chambre composée d’un lit et de tout le nécessaire. Sous le lit se trouve « un tiroir garni de tous les objets nécessaires à la toilette ».

Là, sur le pont du bateau, Rémi va vivre des moments inoubliables entre le jeune Arthur et sa douce maman.

Et un médecin qui pratique la saignée

Et c’est un peu à cause de Rémi, qui s’est endormi pendant son quart. Il a laissé le feu s’éteindre et Joli-Cœur prendre froid. Il a laissé Zerbino et Dolce vagabonder dans la forêt (une forêt où l’on entend hurler les loups !). Résultats : un Joli-Cœur à l’agonie et deux chiens dévorés… le tout en une nuit !

Joli-Cœur est gravement malade. A l’hôtel, il est mis au lit. Ce brave petit singe tend spontanément son bras à Vitalis ; il a déjà été saigné, autrefois, pour une fluxion de poitrine. Il a compris ce qu’il fallait qu’on lui fasse. Le médecin appelé à son chevet (au départ, ce digne médecin s’offusque de devoir ausculter un singe !) (« Un singe ! criait-il, comment, c’est pour un singe que vous m’avez dérangé, et par un temps pareil ! ») pratiquera, effectivement, la saignée.

Et oui, Joli-Cœur est bien savant. C’est une saignée qui lui convient le mieux ! « Ce petit bras qu’il avait tendu si souvent fut pris par le médecin, et la lancette s’enfonça dans sa veine, sans qu’il poussât le plus petit gémissement. Il savait que cela devait le guérir. »

Et puis, en plus de la saignée, il faudra aussi toute une série de médicaments : « des sinapismes, des cataplasmes, des potions et des tisanes » !

Rémi soigne aussi la toux de Joli-Cœur avec des sucres d’orge. Mais l’idée n’est pas forcément bonne. Joli-Cœur, gourmand comme pas dix, se met à tousser pour avoir des sucres d’orge. Un engrenage infernal !

Et une troupe réduite qui débarque à Paris

Cela permet de rencontrer Mattia, chez l’odieux Garofoli (Garofoli est l’oncle de Mattia). Vitalis, qui rêvait de laisser Rémi aux bons soins de Garofoli, déchante vite en voyant les traitements réservés aux pensionnaires (chacun est battu comme plâtre !).

Et un premier tome qui s’achève fort tristement

Dans la neige, Vitalis s’est arrêté, épuisé, sur le pas d’une porte. Il en mourra ! Rémi, en revanche, protégé par le vieillard et le brave Capi, aura la vie sauve. Il sera même accueilli par un gentil jardinier (Pierre Acquin). Là, Rémi va trouver des frères (Alexis et Benjamin) et des sœurs (Etiennette et Lise) pour l’aimer et le choyer. La petite Lise, devenue muette après des convulsions survenues à l’âge de 4 ans, sera, en particulier, une alliée pour le jeune garçon.

Chez le jardinier Acquin, Rémi se rend utile, cultivant les giroflées avec bonheur (« l’air était embaumé par le parfum de toutes ces fleurs.) Oui, mais voilà la grêle qui arrive et tous les châssis sont cassés. La vie était décidément trop belle. Acquin, jetté en prison pour dettes, ses enfants sont envoyés dans la famille, aux quatre coins de la France.

Sans famille Tome I, en bref

Il n’a pas vraiment de chance ce pauvre Rémi. Il les collectionne les ennuis, les tracas. A peine, s’est-il attaché à une personne, que le destin frappe à la porte. Vitalis mort, Acquin en prison. Il ne reste plus à Rémi qu’à décrocher sa harpe et à repartir sur les chemins avec le brave Capi ! Pas de cosmétiques dans cet opus. Mais des pratiques médicales d’un autre âge ! Et de l’héliothérapie, afin de devenir grand et fort !

Bibliographie

1 Malot H., Tome I, Bibliothèque verte, Hachette, 1979, 285 pages

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