Quand James Bond dit oui à Honey, c’est qu’il n’est pas loin du Dr No !
Tout commence avec des douches et un parfum de jasmin !1
A Richmond Road dans la banlieue de Sydney, règne une certaine douceur de vivre à l’heure où les salariés de retour du travail se coulent sous « la douche ». L’air est saturé de parfum, du « parfum entêtant du jasmin. » C’est dans cette atmosphère paisible que vit John Strangways, un membre des « services de renseignements » britanniques. Celui-ci ne va, pourtant, pas faire de vieux os. Il sera liquidé, ainsi que sa secrétaire, Mary Trueblood, avant que l’on ait le temps de s’attacher à lui.
Précisons que John se faisait passer, depuis quelques temps, pour un membre de la Société Audubon, afin de pouvoir s’infiltrer sur Crab Key, une île, située à 50 km de la Jamaïque et à 100 km de Cuba, qui a été achetée, en 1943, par le docteur Julius No. Cette île, qui constitue un véritable sanctuaire pour les oiseaux, est dotée, aux yeux des habitants des îles voisines, d’une terrible réputation, puisqu’un dragon cracheur de feu s’y déploie certains jours grillant tout sur son passage.
Les oiseaux, qui ont élus domicile sur l’île, depuis des milliers d’années, y ont créé une véritable colline remplie de guano ! Un « fertilisant naturel, bourré de nitrates et de phosphates » !
C’est sur ce terrain de jeu odorant que James Bond va exceller une fois de plus !
Un James Bond rafistolé
Voilà notre agent 007 en pleine forme… la jambe « cicatrisée », après un repos bien mérité. Rappelons que, lorsque nous l’avons quitté, dans l’opus Bons baisers de Russie, l’ignoble Rosa Klebb lui avait planté une pointe enduite de poison dans la jambe.2 Après analyse, il s’est avéré que le poison était du « fugu, dont le nom scientifique est tétrodotoxine », une molécule retrouvée dans les organes reproducteurs d’un poisson-globe, Fugu pardalis.3
Un James Bond douché, miraculé
Dans cet opus, James a décidé de savoir ce qui est arrivé à John Strangways ; il a donc retenu une « chambre avec douche à l’hôtel des Montagnes bleues », afin de remonter la piste et de suivre à la trace son collègue disparu. Une chambre avec douche, qui ne reste pas longtemps inoccupée, puisqu’à peine arrivé, voilà James qui se précipite dans la salle de bain, afin d’y prendre une « douche froide », rafraîchissante à souhait. Le bonheur ! On notera que James Bond prend au moins trois douches, durant son séjour dans le secteur.
Une chambre confortable, mais qui lui réserve tout de même des surprises, puisque dans la corbeille de fruits qui lui est apportée se trouvent des brugnons empoisonnés au cyanure ! Par ailleurs, quelqu’un a fouillé la chambre (« le talc » laissé autour de la serrure témoigne d’une intrusion) ! Quelqu’un a piqué les fruits avec une aiguille empoisonnée ! Et, on a également introduit dans son lit, pour plus de sûreté, une « scolopendre venimeuse » ! Malgré tout cela et grâce à sa bonne étoile, James reste plein de vie !
Un James Bond baigné, massé, entraîné
Avant de tenter de pénétrer sur Crab Key, James suit avec son collègue Quarrel un entraînement intensif, au manoir du Beau Désert. L’emploi du temps : « nage », « bain de soleil », « bain chaud et massage », « course à pied »… A ce tarif, la peau de James est rapidement « tannée par le soleil » !
Un James Bond subjugué
A peine débarqué sur Crab Key, notre héros se retrouve nez à nez avec une jeune fille « nue », ne portant qu’une simple ceinture à la taille. Une blonde, à la peau « d’un café au lait très clair » et aux yeux d’un « bleu profond » ! Une jeune fille, qui répond au doux prénom d’Honey (diminutif d’Honeychile) et qui récolte, chaque jour, au même endroit, des brassées de coquillages. Une jeune fille, qui ne sent pas le miel, mais qui dégage un « parfum chaud », une « odeur saine, un peu animale » et assez « excitante » ! Une jeune fille, qui se confie à James et avoue qu’elle vit seule depuis des années, ayant perdu, successivement, ses parents, puis sa nourrice. Au passage, la jeune Honey révèle à James son secret de beauté capillaire : « Vous savez, je les lave à l’huile de noix de coco une fois par semaine. »
Oui, mais le dragon (en réalité un « tracteur maquillé pour faire peur » et muni d’un puissant « lance-flammes », qui ravage tout sur son passage y compris l’ami Quarrel qu’il carbonise en moins de deux !) est là qui fonce sur eux… les obligeant à se cacher dans la boue… Pour se nettoyer, Bond utilise la technique du gommage avec des « poignées de sable ».
Des comparses puants
Les sbires du Dr No dégagent une « âcre odeur de sueur ».
Un palais luxueux, doux fleurant
James et Honey sont très vite capturés par les hommes du Dr No, puis emmenés dans un somptueux palais souterrain, qui ressemble à s’y méprendre à l’un de ces « instituts de beauté américains » à la mode. Des infirmières (Sister Rose et Sister Lily) accueillent les visiteurs avec la plus grande hospitalité. James et Honey sont conduits dans des chambres luxueuses, afin de s’y laver et de s’y restaurer, avant de rencontrer le fameux Dr No !
La « sauvageonne » Honey, habituée à un confort spartiate, découvre une luxueuse salle de bain chromée, garnie de toutes sortes de cosmétiques : « sels de bain », « savons parfumés », « eaux de toilette les plus raffinées ». Voulant jouer les petites filles, Honey demande à ce que James lui fasse prendre son bain… ce à quoi se refuse notre séducteur, qui préfère rester lucide face au danger. Pédagogue, James lui explique : « Prenez le savon et l’éponge, et frottez ! ». En « 10 minutes », la toilette de Honey est terminée.
C’est au tour de James de se « raser » et de « prendre un bain » ou plutôt « une douche » ! Suite de quoi, il se hâte de se « brosser les dents », avant de sombrer dans un sommeil profond, son café ayant été « drogué » !
A son réveil, Honey ne perd pas une minute ; elle appuie sur la sonnette « coiffeuse » et « manucure », afin de goûter à ces joies inconnues. La sauvageonne se civilise !
Le Dr No, sans les mains !
Ce curieux individu souffre de calvitie ; deux « pinces d’acier » remplacent ses mains manquantes. Ses deux mains lui ont été arrachées par les Tongs, des mafieux chinois, qui ne rigolent pas avec les individus, qui leur ont volé un « million de dollars en or ». Même sous la torture, Julius n’avoue pas le lieu de la cachette de ce beau butin… Il est laissé pour mort, une balle en plein cœur, mais renaît de ses cendres, dans la mesure où son cœur à lui est situé à… droite !
Après cela, Julius change de visage, grâce à des opérations de chirurgie esthétique et modifie sa taille en subissant « des mois de traction ». Au final, notre homme est complètement méconnaissable. Les Tongs ne risquent pas de le reconnaître désormais ! Des études de médecine et Julius peut légalement être appelé Dr No !
Ce Dr No est à la botte des Russes. Sur son île, il ne se contente pas de récolter le guano (même si cela est très rentable), il mène des actions d’espionnage, brouillant les signaux des bateaux qui croisent dans le coin.
Ce Dr No finira écrasé sous une montagne de… guano !
James Bond contre Dr No, en bref
Durant cette aventure, James Bond est amené à se battre contre une pieuvre géante, à ramper dans un tunnel à la paroi, successivement, brûlante, puis glacée. Torturé pour le bon plaisir du Dr No, le fabuleux James Bond résiste à tout et part délivrer Honey, qui a été livrée aux crabes de l’île. Les deux jeunes gens s’en tirent à merveille éliminant, au passage, l’odieux Dr No. Désormais, l’espion russe est anéanti ! Son organisation laminée !
Bibliographie
1 Fleming I., James Bond contre Dr No in James Bond 007 édition établie par Francis Lacassin, Bouquins La collection, 889 pages,2024
3 Jang JH, Yotsu-Yamashita M. 6,11-Dideoxytetrodotoxin from the puffer fish, Fugu pardalis. Toxicon. 2007;50(7):947-51.

