Nos regards
Les "dermocosmétiques", à quand une norme ISO ?

> 06 septembre 2018

Les "dermocosmétiques", à quand une norme ISO ? Les dermocosmétiques et les cosmétiques pour animaux, cela n’existe pas… d’un point de vue réglementaire bien entendu ! (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/publications/les-dermocosmetiques-et-les-produits-de-soins-et-d-hygiene-pour-animaux-deux-types-de-produits-absents-de-la-reglementation-27/).

Les dermocosmétiques sont le fruit de la réflexion d’un pharmacien français (Cocorico !), un certain Pierre Fabre, qui souhaitait valoriser les cosmétiques vendus en officine et les différencier des cosmétiques retrouvés sur les autres créneaux de vente (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-dermocosmetiques-1-2-certains-sont-tres-bien-108/). En accolant « dermo » (qui rappelle la dermatologie) à « cosmétique » (qui rappelle, tout de même, de quoi il s’agit), Pierre Fabre réalise un coup de génie… Un simple mot qui va faire le tour de l’hexagone, puis un tour d’Europe (Dermocosmética, Dermocosmesi, Dermokosmetik…).

Les dermocosmétiques sont les cousins germains des cosméceutiques, ces cosmétiques « actifs » dont le nom résulte de la contraction de (Cosme)tics et de Pharma(ceuticals) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-cosmeceutiques-ou-les-dermocosmetiques-made-in-us-150/). L’idée est la même… mêler étroitement les notions de « cosmétique » et d’industrie « pharmaceutique ».

Nous découvrons, aujourd’hui, une publication toute récente émanant d’une association allemande. The GD Gesellschaft für Dermopharmazie est une association fondée le 20 juin 1995, à Eschborn, une ville allemande située en Hesse. Elle regroupe des dermatologues, des pharmaciens et des experts du domaine dermo-pharmaceutique.

La publication en question (Kresken J, Kindl U, Wigger-Alberti W, Clanner-Engelshofen BM, Reinholz M, Skin Pharmacol Physiol., Dermocosmetics for Use in Rosacea: Guideline of the Society for Dermopharmacy, 2018, 29, 31, 3, 147-154) reçue le 9 janvier 2018, acceptée le 9 janvier 2018 (pour une publication acceptée rapidement, c’est une publication acceptée rapidement – les enseignants-chercheurs qui ont l’habitude de publier dans des revues scientifiques et d’attendre, parfois, longtemps une réponse, apprécieront au passage) et disponible en ligne le 29 mars 2018 a, inévitablement, attiré notre attention. Elle traite en effet des dermocosmétiques destinés aux sujets atteints de rosacée.

Les auteurs - des professionnels de santé mais également des professionnels issus de l’industrie cosmétique - se proposent de poser les bases de lignes directrices permettant la mise à disposition des patients souffrant de rosacée qui sont, notons-le au passage, plus de 4 millions en Allemagne, de dermocosmétiques sûrs et efficaces. Nous détaillerons le contenu de cette publication puis ferons quelques remarques.

1 - Qu’est-ce qu’un dermocosmétique ? La société de dermopharmacie nous renseigne en nous indiquant qu’il s’agit d’un cosmétique qui répond à des attentes dermatologiques et pharmaceutiques. Ils sont destinés à des patients présentant des pathologies cutanées et doivent répondre à des critères de qualité supérieurs à ceux imposés par la réglementation cosmétique européenne, à savoir le Règlement (CE) N°1223/2009.

2 - Concernant les produits d’hygiène destinés aux patients atteints de rosacée : La peau des sujets atteints de rosacée étant réactive, les produits nettoyants doivent être doux. Le lavage à l’eau tiède et non froide sera conseillé. Un séchage énergique, la réalisation de gommages ou le recours à des masques auto-chauffants seront déconseillés. Les toniques à base d’alcool, les cosmétiques à base d’ingrédients qui activent la microcirculation ou qui sont astringents seront bannis. Des produits sans savon, sans tensioactif irritant (type laurylsulfate de sodium), au pH légèrement acide seront privilégiés. Un inconvénient des lotions nettoyantes est pointé du doigt, ces lotions dessècheraient la peau. Un nettoyant anhydre enlevé à l’aide d’un tissu (sans ajout d’eau) semble idéal.

3 - Concernant les produits de soin destinés aux patients atteints de rosacée : Ces produits de soin, en agissant sur les sensations perçues (picotements, chaleur…), peuvent améliorer le confort du patient. En cas de rosacée, la logique est de recourir à des formules légères, riches en eau, ne comportant que peu d’ingrédients lipophiles (crèmes H/E, hydrogels…). Ce prérequis de formulation est basé sur le bon sens. Peu d’études viennent, en effet, à l’appui de cette notion. Les huiles minérales ne sont pas les bienvenues dans les formules adaptées au sujet souffrant de rosacée. Toutefois, en cas de recours à des traitements asséchants (type isotrétinoïne), des formules contenant des pourcentages plus élevées de substances lipophiles ne semblent pas poser de problème (en cas d’usage sur de courtes périodes). Les crises de rosacée pouvant être exacerbées par des expositions solaire, l’usage de produits de protection solaire s’impose. On recommande également l’emploi de produits avec SPF (20 – 30) comportant des filtres UVB et des filtres UVA. « De tels produits ont l'avantage d'être adaptés aux jours ensoleillés, si le facteur de protection solaire est suffisant, sans avoir besoin de passer à un produit de protection solaire typique. » Des actifs apaisants (rétinaldéhyde, licochalcone) peuvent être incorporés dans les produits de soin. On évitera les produits de soin qui stimulent la microcirculation ; de ce fait de nombreux soin anti-âge se verront vivement déconseillés. Huiles essentielles, menthol et camphre seront interdits.

4 - Concernant les PPS destinés aux patients atteints de rosacée : Le soleil étant un facteur aggravant de la rosacée, on devra prendre les précautions suivantes : éviter de s’exposer au Soleil, couvrir les parties découvertes, appliquer une crème solaire si les expositions sont inévitables. Comme dans le cas des produits de soin, on privilégiera les formules aqueuses (gels-crèmes ou émulsions H/E) en notant que ces formes galéniques sont moins résistantes à l’eau et à la sueur que des émulsions riches en phase lipophile. Parmi les filtres utilisables, les micropigments (dioxyde de titane et oxyde de zinc) sont préférés ; les auteurs précisent, toutefois, qu’aucune publication scientifique ne vient étayer ce choix.

5 – Conseils généraux relatifs aux cosmétiques du quotidien : Tous les cosmétiques utilisés fréquemment doivent prendre en compte cette notion de douceur (absence d’ingrédients irritants) et cela concerne aussi la mousse à raser (sans savon) et le baume après-rasage (préparations sans alcool). Les changements de température (passage d’une ambiance froide à une ambiance chaude) constituent un facteur déclenchant des crises de rosacée. Si pour se protéger du froid il est utile d’utiliser des crèmes-barrières comme celles utilisées par les sportifs, il convient de les retirer lorsque l’on pénètre dans une salle chauffée, à l’aide d’un tissu doux. Afin d’apaiser la sensation de cuisson ressentie bien souvent en cas de rosacée, l’emploi d’une eau thermale rafraîchissante est une bonne solution. Il est possible d’avoir recours à un maquillage correcteur à base de pigment vert. On adaptera la teinte à la carnation et on évitera les sous-produits de la chimie des pétroles, les parfums et les conservateurs. Les produits couvrants riches en corps gras, difficiles à éliminer seront évités aussi. En cas d’applications de traitements locaux, il faudra préciser aux patients qu’un délai de 10 minutes entre les 2 applications doit être respecté.

6 - Concernant les tests d’efficacité des dermocosmétiques, ceux-ci doivent démontrer que le produit permet de réduire la rougeur, d’apaiser les sensations désagréables… Des études contre excipient doivent être réalisées. Le nombre de volontaires doit être suffisamment grand. Dans le cas des produits affichant un SPF, celui-ci doit être déterminé.

Au mois de février nous avons consacré un dossier spécial à la rosacée et avons, en particulier, montrer nos points de convergence et de divergence avec l’opinion de Zoé Draelos, dermatologue américaine, en matière de « cosméceutiques » adaptés aux sujets atteints de rosacée (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-rosacee-un-nom-plein-de-promesses-pour-une-affection-dermatologique-bien-desagreable-488/). Nous sommes ensuite passées à la pratique avec une série de Regards permettant de faire un choix de produits éclairé, parmi différentes gammes (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/cosmetiques-ar-tel-est-leur-nom-de-code-493/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/rosacee-et-la-roche-posay-separons-le-bon-grain-de-l-ivraie-494/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/sensiphase-ar-tres-bien-pour-se-laver-moins-bien-pour-traiter-497/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/noreva-chasse-les-rougeurs-avec-une-diane-qui-raffole-d-acide-azelaique-500/).

Aujourd’hui, nous souhaitons poser quelques questions à nos confrères allemands ou apporter notre éclairage sur certains de leurs points de vue.

1 – Concernant la définition du dermocosmétique : Faut-il cantonner le dermocosmétique à un public précis (au sujet atteint d’une dermatose cutanée par exemple) ? A quand une définition légale du dermocosmétique ?

2 – Concernant l’hygiène, bien évidemment la douceur s’impose. Inutile de bannir les astringents. Nous préférons pour notre part, les eaux ou gelées micellaires aux huiles nettoyantes dont la composition est parfois surprenante (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-huiles-lavantes-font-leur-festival-et-c-est-de-saison-306/).

3 et 4 – En ce qui concerne les produits de soin et les produits de protection solaire. La notion de légèreté s’impose effectivement. Sous-produits de la chimie des pétroles et huiles végétales très appréciées, par ailleurs, seront évitées dans le cas précis de la rosacée. Les dérivés de vitamine A (rétinol, rétinaldéhyde) seront déconseillés. Les silicones non occlusives seront les ingrédients de choix des formules hydratantes. En matière de protection solaire, on privilégiera les formules dont l’excipient renferme des silicones. On insistera sur la nécessité de se protéger à l’aide de produits très hautement protecteurs. Qui dit produits hautement protecteurs dit produits renfermant un mélange de filtres organiques et inorganiques et non des préparations ne renfermant que des filtres inorganiques (les micropigments conseillés par nos collègues allemands ne sont pas des filtres efficaces). Produits de soin ou de maquillage avec SPF seront rejetés… Fuyons cette tendance qui vise à incorporer des filtres UV dans tous les produits cosmétiques et retenons cette règle simple : « Si je m’expose, je me protège avec un produit de protection solaire », « Si je ne m’expose pas, je n’expose ma peau ni aux filtres UV ni au soleil. » !

5 – L’utilisation d’une crème-barrière telle que celles qui sont préconisées l’hiver (à savoir des crèmes riches en substances occlusives) ne nous paraît pas judicieuse même si les auteurs précisent que cette crème doit être éliminée en intérieur. De la même façon, le délai de 10 minutes entre l’application d’un médicament topique et l’application d’un cosmétique n’est étayé par aucune référence.

6 – Concernant l’efficacité des dermocosmétiques, ceux-ci doivent faire preuve de leur efficacité comme n’importe quel autre cosmétique.

On l’aura compris, la notion de dermocosmétique est une notion qui mérite réflexion. L’établissement de lignes directrices concernant ce type de produits est certainement intéressant… mais commençons par le commencement… une définition s’impose.

Alors, à quand un groupe de travail consacré aux dermocosmétiques ? A quand une norme ISO consacré aux dermocosmétiques ?

Au regard de ce qui existe concernant les cosmétiques naturels et biologiques (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ce-que-l-on-peut-dire-des-normes-nf-iso-16128-1-et-16128-2-571/), on sourit déjà en entrevoyant les calculs complexes qu’il va falloir faire pour annoncer aux consommateurs le pourcentage de « dermocosméticité » de leurs produits préférés (1 : je suis un dermocosmétique à 100% ; 0 : Je ne suis clairement pas un dermocosmétique ; entre 0 et 1 : je suis dans l’entre deux !)






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