Le savon, celui qui fait bande à part !
D’un point de vue de la réglementation cosmétique, là, tout n’est qu’ordre et beauté. Ordre, car l’on ne peut pas faire n’importe quoi, ce qui est bien logique, lorsque l’on sait qu’un cosmétique (ce produit qui paraît bien anodin) peut engendrer des effets indésirables, voire graves, voire mortels ou très handicapants. Beauté, car ce mot de « cosmétique » est relié, depuis des siècles, à la notion d’esthétique et de canons de la beauté (on s’épile le front à certaines époques pour dégager un grand espace au-dessus des yeux ou bien l’on renforce la barrière des sourcils à grands coups de crayons sourciliers ; on se tartine la peau de graisse à traire, afin de bronzer le plus vite possible ou bien, au contraire, l’on se protège sous une ombrelle et l’on cache le plus petit signe de hâle par une épaisse et couvrante couche de céruse).
Tout n’est qu’« ordre » dans la liste des ingrédients figurant sur l’emballage des produits de « beauté » retrouvés sur le marché. Un ordre précis, un ordre qui ne doit rien au hasard.
Et pourtant les savonniers n’en ont cure et font leur petite cuisine dans leur coin… Pourquoi ? Mystère et boule de gomme !
On va observer ce phénomène ensemble et proposer quelques améliorations !
D’abord, un point de réglementation !
La Directive 93/35/CEE nous indique, en effet, que dans un souci de transparence et afin d’informer au mieux le consommateur, le fabricant de cosmétiques doit nommer sur l’emballage des produits en question les ingrédients incorporés, en respectant un ordre précis. L’appel se fait de la substance utilisée en plus grande quantité pour aller, progressivement, en suivant « l’ordre décroissant de leur importance pondérale », vers la substance utilisée en moindre quantité. En précisant que les ingrédients « balancés » dans le chaudron magique sont ceux qui figurent sur la liste des ingrédients et que l’on ne s’occupe pas des réactions chimiques qui peuvent se produire in situ.1 Cet élément est important à noter !
Ensuite, un point pratique !
Si l’on s’intéresse aux produits de savonnerie, on constate que les listes d’ingrédients correspondent non pas comme indiqué dans la réglementation aux ingrédients incorporés dans la cuve de fabrication, mais au produit fini.
C’est ainsi qu’un savon à barbe La Cigale est présenté comme étant un mélange de savons, obtenus par saponification d’acides stéarique (potassium stearate) et d’acides gras d’huile de coco (potassium cocoate) par de la potasse, associé à un savon de soude, obtenu par réaction chimique entre l’acide stéarique et l’hydroxyde de sodium (sodium stearate).2
C’est ainsi qu’un savon Le Chat3 se révèle être un savon de suif (sodium tallowate), obtenu en faisant réagir une base forte, l’hydroxyde de sodium, sur du suif.4
C’est ainsi qu’un savon Palmolive5 renferme, comme son nom l’indique, un savon à la soude d’huile de palme (sodium palmate) et un savon à la soude d’huile d’olive (sodium olivate), auxquels on a ajouté une petite quantité de savon obtenu en faisant réagir de l’hydroxyde de sodium avec de l’acide laurique (sodium laurate).
On pourrait continuer longtemps cet exercice…
Enfin, un point de réflexion !
Il pourrait être judicieux de pouvoir faire le distinguo entre les sociétés qui fabriquent leurs savons par elles-mêmes, en faisant appel à leurs savonniers, des chimistes capables de doser parfaitement les quantités de corps gras et de bases, afin d’aboutir le savon voulu et les sociétés qui ont recours à des bondillons de savon (parfois produits à l’étranger et parfois appelés « nouilles de savon ») et se contentent d’y ajouter quelques gouttes d’huile essentielle de lavande, afin d’apporter à la formule la petite note locale, provençale qui donne envie de chanter.
On propose donc aux savonniers (les vrais, ceux qui maitrisent et pratiquent au quotidien l’art de la saponification) de présenter leurs listes d’ingrédients en indiquant les ingrédients utilisés (par ordre d’importance pondérale décroissante) et non en notant le fruit de la réaction chimique.
On propose aux utilisateurs de bondillons de savons de présenter leurs listes d’ingrédients en indiquant la réalité du terrain, c’est-à-dire en mentionnant le nom des savons qui sont mélangés à différents actifs et additifs en zone de production.
Le savon, celui qui fait bande à part, en bref
Il fait un peu bande à part, ce cosmétique d’hygiène de base en matière de présentation des ingrédients entrant dans sa composition. Cette forte tête devrait, pour son bien, pour son intérêt, rentrer dans le rang ce qui permettrait d’y voir plus clair et de distinguer les savonniers (les vrais) des brasseurs (mélangeurs) de savons tout fait !
L’idée est lancée !
Bibliographie
1 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:31993L0035
3 https://www.auchan.fr/le-chat-le-chat-savon-de-marseille-douceur-glycerinee-6x100g/pr-C1244167
5 https://www.carrefour.fr/p/savon-solide-extrait-d-olive-palmolive-8714789702926
Composition
Savon à barbe aloé vera : Aqua, potassium stearate, potassium cocoate, sodium cocoate, glycerin, parfum, aloe barbadensis gel, sodium chloride, limonene, linalool sodium hydroxide, potassium hydroxide
Le Chat savon de Marseille : Sodium Tallowate · Aqua · Sodium Palm Kernelate · Glycerin · Parfum· Sodium Chloride · Tetrasodium Etidronate · Sodium Hydroxide · CI 77492
Savon Palmolive : Sodium Palmate, Sodium Oleate, Aqua, Glycerin, Kaolin, Sodium Laurate, Sodium Chloride, Parfum, Tetrasodium EDTA, Etidronic Acid, Sine Adipe Lac, Olea Europaea Fruit Oil, Aloe Barbadensis Leaf Juice Powder, Citrus Aurantium Dulcis Peel Oil, Eucalyptus Globulus Leaf Oil, Litsea Cubeba Fruit Oil, Prunus Amygdalus Dulcis Oil, Alpha-Isomethyl Ionone, Benzyl Salicylate, Citronellol, Coumarin, Limonene, Linalool, CI 47005, CI 61570, CI 77891.

