Il lave ses mains dans le ruisseau, c’est pas grâce à Rousseau !
Dans son œuvre Eugène Onéguine,1 Pouchkine nous présente un jeune dandy qui use de toutes sortes d’accessoires pour la beauté et l’hygiène de ses mains.2 Cela lui permet d’envoyer une petite pique à Jean-Jacques Rousseau, qui nous dit-il, ne se prive pas de critiquer son ami Friedrich Melchior Grimm… un homme qui a « osé » « se faire les ongles » en public…
Pouchkine tacle ainsi le bon Rousseau, ce « défenseur du droit et de la liberté », qui ne laisse même pas à son ami la liberté de soigner ses ongles devant des spectateurs.
Et nous de courir lire le paragraphe des Confessions du bon philosophe, afin de nous faire une idée de ce Grimm-là.3
L’homme aime visiblement plaire aux dames et, pour ce faire, il recourt aux produits de beauté alors en usage… Du fard blanc lui permet d’obtenir un teint parfaitement lisse, exempt de toute imperfection ! Jean-Jacques Rousseau, qui a entendu des bruits concernant cette habitude contractée par celui qu’il considère comme un ami, s’empresse de se rendre au domicile de celui-ci, afin de vérifier par lui-même le recours (ou non) à ce fard à la mode. Et, en effet, des « tasses de blanc sur sa toilette » trahissent Friedrich… Mais ce n’est pas le pire nous dit Rousseau, qui s’offusque de trouver son ami en train de se brosser les ongles ! Et de continuer à le faire… tout en discutant !
Bref, tant de coquetterie ne sied guère à un penseur nous dit Rousseau, qui, pour une vulgaire question de cosmétiques, renie son ami avec grande facilité !
Quand Grimm se grime, Rousseau fait grise mine, en somme !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Pouchkine, Eugène Onéguine, Folio classique, Gallimard, 2024, 336 pages
3 https://www.erudit.org/fr/revues/sp/2013-sp03457/1053974ar/

