Victime d’un rouge à lèvres couleur de sang !
Lorsque Pierre Boileau (il n’est pas encore accompagné de Thomas Narcejac) publie Les rendez-vous de Passy,1 il a, visiblement, déjà, en tête, l’intrigue de Celle qui n’était plus !2 Il y a un mort, qui n’est pas celui que l’on croit. Julien Plard, un modeste comptable de 39 ans, est censé avoir été tué par le mari de sa maîtresse. Sauf qu’il n’a pas de maîtresse. Sauf qu’il a monté toute une intrigue, en utilisant sa femme (Martine) qui, avec beaucoup de maquillage et une perruque blonde, arrive à se faire passer pour une maîtresse qui n’existe pas. Oui, mais le cousin de Martine, Achille, aidé d’un collègue de Julien, ne voit pas les choses sous cet angle. Tous deux sont décidés à venger Julien et à trouver son meurtrier ! C’est un rouge à lèvres un peu trop agressif qui va mettre les deux détectives amateurs sur la voie de la vérité !
Julien Plard, celui qui maquille un crime !
Julien Plard est comptable pour la maison Marnheim, une maison qui travaille dans le domaine de la fourrure.
Malgré un physique ordinaire (« sa grosse face rasée »), Julien est surnommé « Don Juan » par ses collègues féminines (Alice et Berthe) qui n’hésitent pas à lire son courrier et à écouter ses conversations téléphoniques… Ce Don Juan, marié à Martine, a pour maîtresse, une certaine Gabrielle.
Un beau jour, ou plutôt un jour triste, Julien se fait tuer par un homme, un jaloux, sans doute l’époux légitime de la blonde Gaby. Défiguré, le pauvre Julien ! Méconnaissable !
La maîtresse de Julien, surmaquillée !
Gabrielle est une « femme blonde », qui se cache derrière une voilette… qui couvre aux trois quarts son visage. Seules apparaissent des lèvres « exagérément rougies » !
Ses cheveux « dorés », en revanche, ruissèlent sur ses épaules.
Raoul Guéguen, le collègue de Julien, qui a aperçu cette beauté blonde, dit d’elle… « Très maquillée, en tout cas. Trop, pour mon goût » ! Etonnant, vu que Gabrielle n’a pas été vue sans sa voilette.
La femme de Julien, démaquillée !
Martine est aussi brune que Gabrielle est blonde ! Une beauté « exceptionnelle », avec des « cheveux de jais », un teint pâle et des « lèvres décolorées » !
Bref, le négatif de Gabrielle !
Martine n’est pas l’oie blanche que l’on suppose. En questionnant les boites de nuit de la capitale, on apprend très vite que la gentille Martine sortait dans ce genre d’établissement (en particulier dans une boite nommée le « Coffret ») une à deux fois par semaine.
Pour cette occasion, elle se maquille « avec un soin extrême », revêtant sa plus jolie robe, avant de redevenir la ménagère attentive à son foyer, au retour dans ses pénates. « De retour chez elle, Martine devait, à nouveau se hâter, déshabillage, démaquillage, confection d’un « dîner express ». »
On apprendra très vite que lors de ses virées nocturnes, Martine, complice de son mari, cherche un homme riche « cousu d’or », suffisamment ressemblant à Julien, pour pouvoir passer pour lui.
Le cousin de Martine, l’amoureux transi
Achille Favrelon est un jeune homme de 23 à 25 ans, « grand et maigre ». Il porte des cheveux longs, qui lui donnent un genre artiste. Lorsqu’il décide de se faire détective, Achille décide de se faire « couper les cheveux », histoire de paraître moins romantique et plus sérieux. Pourtant, malgré cette décision, il ne consentira pas à ce « sacrifice » et restera jusqu’au bout un jeune homme rêveur à la longue chevelure poétique !
Le collègue de Julien, le détective en devenir
Raoul Guéguen, le collègue de Julien, chez Marnheim, est bien décidé à assister Achille et à remonter la piste du mystérieux meurtrier.
André Brunel, le détective confirmé
André est un détective confirmé, qui va porter l’estocade finale au couple infernal formé par Julien et Martine. Bien que jeune encore (il n’a que 30 ans), cet enquêteur aux lèvres glabres (elles sont « rasées avec soin ») va tout de suite comprendre ce qui se trame dans cette ténébreuse affaire.
Les dactylos, victimes des cosmétiques
Ces dactylos ont les « lèvres peintes avec un soin égal ».
La clé de l’énigme
La clé de cette énigme tient dans une valise : « Une voilette, une perruque, des vêtements et un maquillage peu discrets » !
Les rendez-vous de Passy, en bref
Une histoire qui place la palette de maquillage au centre de tout. Il y a, dans cette affaire, une femme brune, au teint et aux lèvres pâles et une femme blonde, au teint et aux lèvres colorés à outrance. Qui pourrait croire que ces deux femmes ne font qu’une et même personne ? Une femme, sans scrupule, qui a décidé, avec son mari, de sacrifier un innocent, afin de s’emparer de ses biens et se la couler douce jusqu’à la fin de sa vie. Un crime presque parfait, si un homme amoureux (Achille aime tendrement sa cousine, en silence, depuis des lustres) n’avait décidé de faire toute la lumière sur cet obscur crime !
Comme quoi un rouge à lèvres rouge sang peut mener à l’échafaud !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Boileau P., Les rendez-vous de Passy, Les introuvables du Masque, Librairie des Champs-Elysées, 1993, 157 pages
2 Boileau P. et Narcejac T., Celle qui n’était plus, Folio policier, Gallimard Ed., 1999, 185 pages

