Nos regards
Vers une norme ISO concernant la détermination du SPF in vitro ?

> 25 août 2018

Vers une norme ISO concernant la détermination du SPF in vitro ? Le lecteur du dernier numéro d’International Journal of Cosmetic Science s’est certainement réjoui en lisant la revue du mois de juin 2018 arrivée dans sa boîte aux lettres au mois de juillet. L’été est le mois des produits solaires et en page 263 il est question d’une étude ayant impliqué de grands noms de la cosmétologie (Coty-Lancaster, L’Oréal, Chanel, LVMH, Pierre Fabre, Johnson & Johnson, Procter & Gamble), des noms moins prestigieux, car moins connus (Egdewell personal Care pour les Etats-Unis, ISDIN pour l’Espagne) avec la bénédiction du CTPA londonien et de l’association Cosmetics Europe.

Comme l’on dispose déjà d’une norme ISO pour déterminer le SPF par méthode in vivo (ISO 24444 :2010) et une autre pour déterminer le Facteur de protection UVA par méthode in vitro (ISO 24442 :2011) - dans le domaine on a mis clairement la charrue avant les bœufs, il ne manquait plus qu’à s’attaquer au protocole in vitro pour la détermination du SPF.

Dans ce but, 24 produits solaires du commerce qui resteront pudiquement anonymes ont été choisis. Leur SPF affiché est compris entre 6 et 50+ (on n’obtiendra pas plus de précision). Dans le résumé, on nous parle de 3 instituts de tests ayant réalisé les déterminations in vivo et de trois laboratoires de tests utilisant une nouvelle méthode in vitro de détermination du SPF, développée sous la direction de Cosmetics Europe. Dans le corps du texte on ne nous parle, en fait, que de la société de tests Helioscreen.

Les résultats sont encourageants ; on note une excellente corrélation entre méthode in vivo et méthode in vitro... Tout va très bien Madame la Marquise, a-t-on envie de chanter tout au long de cet article qui, pourtant, ne nous convainc absolument pas.

Au risque de refroidir terriblement ce bel enthousiasme, nous nous permettons de faire quelques remarques sur les résultats obtenus.

Premièrement : nous ne pouvons pas nous retenir de rire (une fois de plus) lorsque nous lisons que la méthode in vitro de détermination du facteur de protection UVA utilise un indice correcteur en lien avec le SPF déterminé in vivo !

Deuxièmement : nous nous étonnons du peu d’informations concernant les produits solaires testés. Pour chaque produit sont mentionnés la forme galénique ou le type de conditionnement, le pourcentage de filtres organiques et le pourcentage de filtres inorganiques (ce renseignement n’est par la suite aucunement exploité). En ce qui concerne les SPF des produits testés, l’information est vague. On nous parle de produits dont le SPF est compris entre 6 et 29 ou est supérieur ou égal à 30. C’est dommage, la simple lecture de l’emballage des produits aurait permis d’indiquer en toute transparence la valeur réelle affichée.

Troisièmement : nous ferons remarquer que les tests in vivo ne pouvant être réalisés en aveugle, l’information SPF inférieur ou supérieur à 30 est fournie aux laboratoires réalisant les tests. Ces tests sont réalisés sur 5 sujets... alors que la norme ISO 24444 :2010 précise que le nombre de sujets minimum est de 10. Pourquoi cet écart ?

Quatrièmement : lorsque l’on entre dans le vif du sujet, à savoir le protocole du test in vitro, on sourit en observant les contorsions qui sont faites pour permettre à deux méthodes non corrélables de le devenir. Après avoir appliqué le produit sur une plaque moulée (Helioscreen), l’absorbance est déterminée. On affecte alors à cette valeur un coefficient qui permet « d’arranger les choses ». Celui-ci varie selon le type de plaque choisi (HD6 ou SB6).

Cinquièmement : si les graphiques présentés permettent de distinguer visuellement les cas où la corrélation entre les deux méthodes est « parfaite » ou un peu moins (c’est-à-dire répondant à la borne inférieure des critères d’acceptation), on ne dispose d’aucune barre d’erreur concernant les produits testés. Aucun écart-type n’est mentionné. C’est dommage, on aurait aimé voir de nos yeux les écarts-types des valeurs obtenues par les deux méthodes et par les différents laboratoires en question.

Vous l’aurez compris, la joie suscitée par le titre de l’article (Validation of an in vitro sun protection factor (SPF) method in blinded ring-testing) ne fut qu’un feu de paille... Plutôt que de chercher à corréler deux méthodes qui ne sont pas corrélables dans tous les cas (la formulation du produit et le recours à des extraits végétaux ayant des propriétés anti-inflammatoires permettent de surestimer les résultats obtenus in vivo), il serait plus utile de faire la chasse aux bons et aux mauvais produits présents sur le marché. Notre colère est légitime ! C’est une question de Santé Publique.






Retour aux regards