Une histoire rimmeleuse, colgatée et cadumisée ! Bref du Frédéric Dard !
Avec San Antonio tout peut être source d’aventures extraordinaires.1 Une visite chez le tailleur peut ainsi très vite tourner vinaigre, pour peu que ce tailleur ait le sens de l’observation et vous mène tout droit vers un véhicule (il est arrivé on ne sait pas comment dans le terrain de la maison qui est située en face celle de Fernand Albohaire, le fameux tailleur, à Fontenay-sous-Bois) dont le coffre renferme le cadavre d’un homme mort il y a plus de 6 mois (largement plus même, puisque, rapidement, le labo nous renseigne à ce sujet et date le meurtre à une quinzaine d’années). Bref, on comprend vite que cela va être compliqué, très compliqué et qu’il va falloir s’accrocher !
Une histoire qui pue
Forcément, un cadavre dans un coffre… ça pue ! Pas besoin d’être un fin limier pour sentir qu’il y a quelque chose de pas franc dans ce véhicule abandonné ! San Antonio, qui possède un sens olfactif surdimensionné et est habitué à « renifler les histoires louches », va donc démarrer au quart de tour !
Lorsque l’on apprend que le mort est un gars fusillé pour espionnage en 1939… on en reste coi ! Quoi qu’il ait fait pour se retrouver là, ce représentant de « produits pharmaceutiques », appelé avec mépris « marchand de lavements germaniques », par un San-Antonio plus patriote que jamais.
Quoi, pourquoi, comment ?
Une histoire qui sent bon
Oui, elle sent bon la petite secrétaire d’un producteur de films, qui a tapé dans l’œil du commissaire. Sa peau « ambrée » et « odorante » ravit San-A, qui déplore, toutefois, une propension à abuser de produits de maquillage (elle est, en effet, parfois « repeinte à neuf ») !
Une « dulcinée », qui se nomme Nicole et qui va accompagner son chéri à Grenoble et lui tenir compagnie lors du voyage. San-Antonio sourit de toutes ses dents, avec parfois un « sourire crépusculaire mis au point par Colgate » et parfois « un sourire matinal illuminé par Colgate », tout en complimentant sa gentille passagère (« […] je lui bonnis un compliment suave sur sa toilette, sa beauté, son rouge (qui n’est peut-être pas du Rouge-Baiser, mais qui le sera avant longtemps) et la délicatesse de son teint. »
Une histoire qui pèse lourd, très lourd !
Dans cette histoire, on apprend que San-A pèse « 170 livres » ! Et on apprend aussi que Nicole ne voyage pas léger, puisqu’elle a rempli « deux valtouzes de fringues » pour partir à Grenoble !
Une histoire qui pèse pas toujours lourd et qui peut même être légère
Nicole est particulièrement svelte. Pas un gramme de peau d’orange… et ceci pour la bonne raison qu’un masseur attitré « lui fait des trucs contre la cellulite » ! On voit le genre !
Une histoire qui nous emmène à Grenoble
Le squelette est celui d’un certain Auguste Viaud, qui vit 7 boulevard Rey à Grenoble ; tué par balles ! Enfin, on croit que le type est Auguste Viaud, mais, en réalité, ce n’est pas Auguste Viaud, puisqu’Auguste Viaud n’a pas été fusillé (il s’agissait d’un agent double pour « l’Intelligence Service »), mais s’est enfui en Amérique où il a pris le nom d’Aristide Veller.
Une histoire savonneuse
Il s’agit d’en savoir plus sur cet Auguste Viaud. Et pour ce faire, il faut remonter au commissaire qui a arrêté cet individu. Sauf que le commissaire Laurent est décédé le lendemain-même de l’arrestation de Viaud.
Toujours est-il que San Antonio doit questionner les collègues de Laurent et cela ne se passe pas très bien. « V’lez m’ain sr’ la gueule ? » (sic) « Pas la peine, j’emploie toujours Cadum, autrement je choperais des boutons. J’ai la peau délicate. »
Et lorsqu’il arrive à ses fins, lorsque tout le monde se met enfin à table, Frédéric Dard sort encore une expression cosmétique indiquant que ce petit monde est « sur la pente savonnée du toboggan » !
Une histoire rimmeleuse
Rimmeleuse. Oui, c’est bien le terme… puisque la copine de Laurent est une fille qui abuse de rimmel (de mascara donc). Cette fille, qui se nomme Charlotte, était une « grande rouquine », il y a 15 ans. Au moment où San Antonio la retrouve à la caisse d’un café, la jeune femme a bien vieilli, bien dans le sens bien, c’est-à-dire honorablement et ce grâce aux cosmétiques. « Le chevelure flamboyante grâce au minium des merlans, certes ; une matité de teint qui ne manque pas d’intérêt… Des lampions vert sombre, frangés de longs cils au bout desquels perlent des gringrignotes de Rimmel… »
Une histoire surréaliste
Afin d’obtenir des renseignements sur le commissaire Laurent, San Antonio tente de séduire Charlotte. Pour arriver à ses fins, il n’hésite pas à se faire passer pour un producteur de films avant-gardistes. En effet, San Antonio se lance dans une histoire abracadabrantesque de film très spécial, nécessitant, pour pouvoir être visionné en toute sécurité, de revêtir une « tenue complète de scaphandrier » ; un film radioactif donc, qui se contemple avec précautions et qui peut nécessiter l’usage « d’une pommade contre les brûlures radioactives » dans certains cas.
Une histoire souriante
« Le vieux sourit exactement comme la Jouvence de l’abbé » !
Une histoire aux petits oignons…
Et au bon beurre ! Puisque San Antonio apprend rapidement que Mme veuve Viaud s’est vite consolée avec son amant, un certain Carotier (!) Un Carotier qui n’est autre que le frère de Charlotte, la maîtresse de Laurent.
Du coup, c’est une hécatombe. San-A se voit obligé de tuer Carotier, qui a tué sa sœur Charlotte, pour éviter qu’elle ne trahisse (Charlotte était « au parfum de trucs »). Des « macchabées » d’une « blancheur Persil » ! Sachant qu’Auguste Viaud n’étant pas mort faisait chanter Carotier, l’amant de sa femme (La cuisine au beurre, on vous dit !).
Les doigts dans le nez, en bref
Les doigts dans le nez… non pas vraiment. C’est plutôt compliqué cette histoire de « nazi », qui n’en n’est pas vraiment un. Qui est fusillé, mais pas vraiment. Dont la tombe est vide, franchement, vraiment ! Qui réapparait et fait chanter l’amant de sa femme. Ouille, faut s’accrocher… et ne pas glisser sur le savon Cadum, que Frédéric Dard aime placer, innocemment, sous le pied de son lecteur !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Dard F., Les doigts dans le nez in San Antonio – Tome 3, Collections Bouquins Robert Laffont, 2010, 1288 pages

