Une histoire qui sent le savon, la lotion et les pastilles de menthe !

L’ours en peluche de Georges Simenon n’est pas un conte de Noël pour enfants.1 Cet ours en peluche… c’est la petite infirmière toute en rondeurs dont le Professeur Chabot, obstétricien de renom, a abusé une nuit. Par la suite, la jeune Alsacienne l’a accueilli dans son lit avec le sourire. Jusqu’à ce que la secrétaire-maîtresse en titre, une certaine Viviane Dolomieu, ne vienne mettre la zizanie dans cette histoire qui, finalement, tournait plutôt bien. Chassée de la clinique du Dr Chabot, la jeune fille, enceinte, se jette dans la Seine, après avoir tenté à plusieurs reprises de contacter son amant ! Sans succès ! Viviane est toujours là pour faire barrage !

Une petite bonne qui sent le savon

Tous les matins, le Dr Chabot se fait réveiller par Jeanine, une petite bonne de 24 ans, « fraîche dans son uniforme, sentant encore le savon. »

Un docteur qui ne sent pas forcément le savon

Dans son métier, le lavage des mains est primordial. Et justement, tout à coup, en plein accouchement, il se sent troublé, se demandant s’il a bien fait tous les gestes nécessaires avec, entre autres, le savonnage de ses « mains » et de ses « bras ». Et puis, tout à coup, il se sent ailleurs, comme incapable de réaliser les gestes habituels. Une sorte de burn-out !

Un docteur qui sent la menthe

Il est au bout du rouleau, ce prestigieux médecin de 49 ans, qui assure le confort de sa famille, au prix d’une activité professionnelle harassante. Il boit un peu pour se soutenir… Un peu… voire beaucoup. Et souffre de l’estomac qu’il traite avec des sachets de « bismuth » ! Pour purifier son haleine après avoir bu, il croque « une pastille verte ».

Une fille qui sent l’inexpertise cosmétique

C’est du moins ce que son père pense en détaillant le visage d’Eliane. « Eliane s’enduisait les lèvres d’un produit qui les rendait si pâles qu’avec ses cheveux qui tombaient raides des deux côtés de son visage elle avait l’air d’un fantôme. »

Une femme qui sent la trahison

Yvette, la toute jeune femme qui a épousé le beau-père de Philippe (le frère de Christine) semble peu à sa place dans les soirées mondaines ; sa « robe en lamé » tombe sur elle comme un « déguisement » ! Son mari a tenté par des soins esthétiques de modifier son visage, en agissant sur « la courbe de ses cils », mais rien n’y fait ! Le Dr Chabot lui est présenté ; ce qu’on lui demande est simple… dater la grossesse de la jeune femme et faire passer l’enfant si celui-ci s’avère d’un autre père que celui qui délègue l’examen ! On précisera, au passage, que l’homme en question est actionnaire de la clinique des tilleuls dirigé par le Dr Chabot ! Voilà, tout est dit !

Des femmes qui sentent l’alcool à plein nez

Christine, la femme du Dr Chabot vit de mondanités. Chaque soir la trouve dans un lieu à la mode ou l’autre. Chez son frère, souvent, aussi. Celui-ci mène grand train et reçoit sous son toit toutes sortes de gens plus bizarres les uns que les autres. En particulier, deux Américaines fardées comme pas possible. « Elles n’avaient plus d’âge et elles avaient accumulé tous les fards qui leur étaient tombés sous la main. Les cheveux, couleur d’étoupe, coiffés à la Marie-Antoinette, ne pouvaient être naturels, ou alors le coiffeur s’était cruellement moqué d’elles. » Des « poupées peintes » en somme !

Et une salle de bain en commun

Le Dr Chabot et sa femme font lit à part, mais salle de bains en commun. Le docteur s’y glisse subrepticement pour s’y « raser », tout en se sentant étranger dans un univers féminin. « Sur une des tablettes de verre, il voyait la brosse à dents de sa femme, un tube de pâte dentifrice, de menus objets ridicules, des flacons qui lui paraissaient aussi indécents que quand, sur le trottoir, à l’occasion d’une vente forcée, on découvre les biens les plus intimes d’une famille. »

Et une salle de bain inconnue

Celle de Philippe. Celle où se réfugie le Dr Chabot, saisi d’une crispation d’estomac. Après avoir vomi, le docteur se bassine le visage avec de l’eau fraîche et s’essuie avec la serviette de Philippe, une « serviette spongieuse », qui embaume « la lotion ».

Et une fin surprenante

Le Dr Chabot semble prêt à se suicider… Il a décidé de le faire chez sa maîtresse Viviane ! Sauf que celle-ci est en bonne compagnie, avec un jeune étudiant hongrois, Enoch Mikulski. Rentré par surprise, avec sa clé, dans l’appartement de la jeune femme, le docteur la trouve en « combinaison » en train de se démaquiller – n’ayant pas entendu le docteur entrer, elle « continuait à parler en se démaquillant ». Du coup, l’arme change de direction !

L’ours en peluche, en bref

Depuis des années, le Dr Chabot porte sur ses épaules un poids beaucoup trop lourd. Il met au monde des enfants, sauve des vies au mépris de la sienne, puisqu’il est devenu un étranger pour les siens. Tout aurait pu continuer ainsi encore un peu de temps, sans la mauvaise action de Viviane, qui écarte une jeune infirmière, afin de conserver son emprise sur son chef. Elle le paiera cher… très cher !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., L’ours en peluche, Le monde de Simenon, Le Monde, 2025, 206 pages