Une histoire pas propre… de gens assez propres, c’est forcément chez Simenon !

Il est totalement obsédé, ce riche homme du nom de Victor Lecoin.1 Il prend les femmes par deux, par trois et consacre une grande partie de son temps à l’acte sexuel. Comme ça, à tout moment, pour montrer sa force, sa puissance !

Il est « grand puissant, large d’épaules, épais de torse ». Un bel homme de 45 ans dans la force de l’âge, marié à Jeanne, une femme frigide qui tolère, de ce fait, les fredaines de son époux.

Il traîne toujours avec lui, Doudou, un jeune homme muet, qu’il a adopté il y a fort longtemps. Celui-ci lui est dévoué corps et âme. Un jeune homme avec des bras très longs et des mains puissantes au bout de chaque bras.

Un parfum de drame dès les premières pages de ce roman.

Victor, le boucholeur tout propre

Victor a tout pour lui. Il est grand, il est fort, il est beau, il est respecté, il est riche… Et en plus, il est propre. Il va, en effet, passer dans la salle de bains, à plusieurs reprises durant le roman. « Il passa dans la salle de bains, prit une douche et se rasa. Il n’était pas de ceux qui ne se rasent qu’une fois tous les 2 ou 3 jours, voire seulement le samedi. » « Il prit une douche, se mit en pyjama et en robe de chambre. »

Le rasage, pour Victor, est un acte important. A l’occasion de l’enterrement de sa belle-sœur, il se rase « de très près, comme il avait l’habitude de le faire le dimanche, quand il avait du temps à consacrer à sa toilette. »

Le dimanche, jour de repos, Victor se fait beau : « Au lieu d’une douche rapide, il passait un bon moment dans l’eau chaude de la baignoire. »

Victor aime la vie ; il en jouit « par tous les pores » de sa peau. Buvant sec… entre autres. Champagne, cognac… un joyeux mélange, qui lui caille, parfois, sur l’estomac et nécessite un peu de « bicarbonate de soude » pour passer ! « Cela lui arrivait, quand il avait trop bu, d’avoir des brûlures d’estomac et elle lui faisait prendre du bicarbonate de soude. » Elle… c’est Jeanne, sa femme. Une épouse qui tient les comptes et prend soin de son époux, comme s’il était un enfant… celui qu’elle n’a pas pu avoir !

Alice, la nouvelle petite bonne toute sale

Cette petite bonne de 16 ans va littéralement enflammer Victor, qui ne pense plus qu’à ce corps mal dissimulé derrière une robe collante trop courte. Etrange tout de même, cette passion qui naît pour une fillette trop maigre, à peine sortie de l’enfance, à la figure « mal débarbouillée ». Une petite fille presque ! Une « petite morveuse mal lavée », qui ne semble pas se rendre compte de l’effet qu’elle produit sur son patron.

« Elle n’était pas belle. Elle paraissait sale. » Ce qui est assez logique étant donné les conditions dans lesquelles elle est logée. Elle ne dispose, en effet, dans sa mansarde que d’une « grande bassine à lessive » pour réaliser ses ablutions.

Une petite bonne qui se lave, pourtant, soigneusement, le dimanche avant d’aller à la messe. « Elle était bien coiffée et son teint paraissait plus clair. » La petite souillon de la semaine fait place à une petite jeune fille rangée le septième jour de la semaine, le « visage » « légèrement maquillé » et la peau discrètement parfumée (« Elle dégageait un discret parfum de lavande. »).

Une petite souillon qui prend l’habitude de se laver chaque jour et qui partage bientôt l’intimité de son patron. « Elle avait continué à se laver pendant qu’il roulait une cigarette. »

Nénette, la tenancière de bar toute avenante

Cette femme « boulotte, de 45 ans environ » fournit à son fidèle client toutes les femmes dont elle dispose. Celles qui sont dans son bar lorsque Victor vient lui rendre visite et celle qu’elle contacte par téléphone, afin d’étoffer son offre de marchandise. (« Elle va être ici de suite. » ; « Le temps de passer sous la douche… »).

Véronique, la jolie fermière toute courageuse

La belle-sœur de Victor, Véronique, est une jolie fille, très travailleuse. Chaque matin, elle traie les vaches, avant même de faire « sa toilette », « mais cela ne l’empêche pas d’être jolie ». Elle travaille pour deux, celle-là, car elle a épousé Daniel, le frère de Victor, un gars peu motivé par le travail !

Hortense, celle par qui tout arrive

Hortense souffre d’un cancer de l’utérus qui s’est généralisé. La sœur de Jeanne appelle donc celle-ci à son chevet. Victor va donc se retrouver seul à la maison avec Alice… Et le drame devient inévitable !

Et deux filles qui attendent le client

La brune est assise au bar et fait mine « de se refaire une beauté, tenant son sac à main de la main gauche afin de se regarder dans le miroir qu’il contenait. » La blonde est à côté de la brune et « se bichonne » aussi !

Et des pensées savonneuses

Victor, l’homme à femmes, est enfin amoureux, amoureux d’une toute jeune fille, qui ne fait pourtant rien pour se rendre aimable et ne semble pas partager le même élan que celui qui vient la rejoindre dans sa chambre, à l’occasion du voyage de Jeanne.

Amoureux au point de rêver dans son bain à cette jeune fille à sa toilette. « Il prit un long bain et revit en pensée Alice dans la bassine à lessive. »

Le riche homme, en bref

Un drame qui commence par de la pédophilie et se termine par un meurtre. Pendant que Victor est parti, Théo, un gars du village s’est glissé dans le lit d’Alice. Cela, Doudou ne l’a pas supporté. Car Doudou comprend tout. Il a compris que Victor aimait Alice et qu’elle était son bien le plus précieux. Alors il a voulu punir les coupables et ses mains puissantes ont fait plus que punir… elles ont tué. Peut-être bien que Doudou avait senti que, cette fois-ci, la belle harmonie familiale était brisée et qu’il risquait bien d’y avoir de la casse chez les Lecoin ! Victor parti, que serait devenu Doudou ?

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., Le Riche Homme, Le monde, 2026, 206 pages