Une histoire d’une vieille peau !

Lorsqu’un puissant président du Conseil vieilli (il a désormais 82 ans) est devenu dépendant suite à une hémiplégie a besoin d’une infirmière pour des soins quotidiens, d’un valet de chambre pour l’hygiène et l’habillage quotidien… il y a forcément de la mauvaise humeur et de la colère dans l’air.1 Autant de sentiments, sensations recueillis précieusement par le boss de l’écriture… un certain Georges Simenon, qui décrit cette descente aux enfers en ne nous épargnant aucun détail !

Ce président s’est retiré dans sa maison de Normandie, d’où il observe la scène politique avec attention. Il a, entre les pages des livres de sa bibliothèque, des documents capables de faire sauter n’importe quel gouvernement ! L’impuissant savoure, en silence, sa puissance cachée. Reste à savoir s’il va ou non dévoiler au grand jour ces documents secrets !

Une histoire de peau, de vieille peau même

La peau d’Augustin s’est transformée, « d’année en année », s’affinant, prenant l’aspect du « marbre » et se collant, petit à petit, aux os du crâne, ce qui lui donne l’aspect d’une « Tête-de-Mort », surnom qui lui est donné par les gamins du village.

Une histoire d’odeur, de mauvaise odeur

La peau d’Augustin sent mauvais. Il le sait ! Sa chambre « pue » au matin ! Et il n’y a rien à faire. Il le sait. L’odeur de vieux, qui le répugnait autrefois, est désormais sienne. « Avant d’en devenir un moi-même, j’étais écœuré par l’odeur des vieillards. »

En vieillissant, Augustin se retourne sur son passé… Et certaines odeurs médicamenteuses lui rappellent son enfance. « L’odeur particulière des vêtements de son père », qui était un « médecin de quartier » et qui traînait toujours derrière lui « des relents de camphre et de phénol »… une odeur de « vin rouge » aussi !

Une histoire de coiffeur, d’un coiffeur peu sympathique

Dans sa retraite, le président se fait raser par le coiffeur du village le plus proche. Le président est, nous dit Simenon, « un survivant d’une époque où les hommes ne se rasaient pas eux-mêmes ». Le coiffeur, un certain Fernand Bavet, vulgaire à l’extrême, se montre des plus familiers avec son auguste client, ne cessant de bavarder. Ce qui ne manque pas d’irriter le président, qui souffre, en outre, des odeurs dégagées par le barbier qui, pourtant, devrait, en théorie, fleurer bon le cosmétique capillaire.

Mme Blanche, l’infirmière aux petits soins

Cette femme irrite le président, tant elle semble « fraîche », en toute occasion.

Milleran, la secrétaire également aux petits soins

Toujours aux aguets, cette femme consciencieuse prévient le moindre désir de ce maître absolu.

Xavier Malate, l’ennemi-intime

Ancien camarade de classe du président, solliciteur-professionnel… Malate ne cesse d’importuner le président, lui réclamant aide et assistance… en vain ! « Non rasé », Malate est un homme qui sent la pauvreté, la décrépitude. A force d’être éconduit, il deviendra l’ennemi intime du président dont il ne souhaite qu’une chose : la mort.

Chalamont, l’ennemi-intime bis

Cet ancien collaborateur du président est à l’origine d’un délit d’initiés ayant coûté fort cher à l’état. Le président ne lui pardonne pas cette trahison. Il lui a, sur le moment, fait rédiger une lettre d’aveu qu’il conserve précieusement dans sa bibliothèque, afin de faire obstacle ultérieurement à toute velléité de carrière politique. Une lettre rédigée sous la contrainte dans une forte odeur de « sueur » de stress.

Et une douche, pas un bain

Avec l’âge, le président a « dû renoncer aux bains », pour ne plus prendre que des douches. « Une douche tiède, très courte » comme les médecins le lui ont recommandé.

Le président, en bref

Craquera ou craquera pas ! Bain ou douche ? Bonne ou mauvaise odeur ? Ce roman ne cesse de poser des questions !

Bibliographie

1 Simenon G., Le président, Le monde, 2026, 204 pages