Une histoire de rouge à lèvres qui marque et de cheveux qui défrisent !

Après avoir joué au casino pour ruiner Le Chiffre,1 James Bond a pour mission d’anéantir M. Big ! Il est secondé dans son travail par Félix Leiter. Ce M. Big est un Noir, qui terrorise ses sbires, à coups de séances vaudous. Il s’est approprié un fabuleux trésor (le trésor du pirate Bloody Morgan, qui était caché sur l’ile de la Surprise dans les Caraïbes), qu’il écoule sur le sol américain et qui lui sert à payer tout un personnel aux ordres de l’Union soviétique. M. Big est un membre du SMERSH !

Lors de cette aventure, James va échapper à un plasticage de sa chambre d’hôtel, il va éviter de se faire dévorer par des requins et réussir sa mission !

« L’Angliche », « le gars à la cicatrice » (autant de noms donnés à James par M. Big) va être la cible de M. Big, qui va tout faire pour mettre fin à ses jours !

Une odeur de sueur, très nauséabonde !

Arrivé à l’aérodrome d’Idlewild, James s’apprête à passer à la douane. Il s’imagine déjà dans un petit réduit, sentant « la sueur âcre », en train de subir un véritable interrogatoire, lorsqu’il est accueilli par un inspecteur américain, Halloran, chargé de veiller à son bien-être. Il est alors conduit vers le meilleur hôtel de New-York, le Saint Régis. La chambre 2000, au dernier étage a été retenue pour lui.

Plus tard, dans la boîte de nuit Boneyard, James sera saisi par une « odeur de sueur âcre », qui s’accroche aux tentures ! Un « parfum animal », à mettre sur le compte de l’ambiance surchauffée !

Très sensible aux odeurs, ce cher James !

Un héros bien soigné… trop bien soigné

A peine sur le sol américain, James est pris en charge ; on lui remet de beaux costumes, de belles chemises, et une « pochette plastique contenant rasoir, brosses à cheveux et à dents »… Ses cheveux sont coupés au plus ras, afin de lui donner l’air le plus américain possible. Pas de pyjama de prévu… pour la bonne raison, qu’en Amérique, « nous dormons tout nu Monsieur Bond » !

Plus tard, un inspecteur, nommé Quarrel, sera chargé de le tartiner de crème anti-moustiques, lorsqu’il ira dans une île infestée. Après que James a pris une « douche », Quarrel se charge de l’enduire avec « un liquide brun qui sent la créosote ». Quarrel prend également soin de l’épiderme de James, en appliquant sur ses coupures du « merthiolate ». Enfin, afin de détendre notre héros, il s’astreint, chaque soir, à le masser, « pendant une demi-heure avec de l’huile de palme » ! Aux petits soins, on vous dit !

Un héros remis à neuf, vraiment à neuf !

Après son aventure à Royal-les-Eaux, le chef de James, le mystérieux « M », lui a prescrit une longue période de repos, avec une prise en charge en chirurgie esthétique, afin de réaliser une greffe de peau sur le dos de sa main salement tatouée ! Celui-ci a, en outre, travaillé à atténuer un de ses signes particuliers : « le grain de beauté qu’il avait au-dessus du sourcil droit ». Il n’a, en revanche, pas réussi à masquer complètement la cicatrice qui barre sa joue droite. Le FBI se charge alors de fournir à notre héros, un « nouveau produit » commercialisé, le « covermark », un fond de teint couvrant, qui est censé masquer ce genre de cicatrice.

Désormais, M. Bond sera connu sous le nom de Bryce.

Un méchant, très méchant !

Ce M. Big, né à Haïti, il y a 45 ans répond aux doux prénoms de Buonaparte Ignace Gallia (BIG !) et pèse lourd dans la balance, ce qui explique (doublement) ses divers surnoms : Big Boy, Big Man, Monsieur Big ou « Big tout court » ! Il a travaillé un temps pour la France, avant de devenir un espion russe réputé !

Point de vue mensurations : un homme à la tête monstrueuse qui mesure 1m98 pour 130 kilos. Un homme chauve, sans « cils ni sourcils » !

Un homme malin, qui cache les pièces d’or dans le sable d’un aquarium, rempli de poissons dangereux. Quelle meilleure cachette ?

Un collègue, très cosmétiqué

Félix Leiter a tenté, lui aussi, de se transformer physiquement. Pour ce faire, il a transformé ses cheveux « couleur de paille », en cheveux « noir d’encre ». Une teinture qui, nous précise-t-il, est temporaire et disparaitra dès le lendemain… « Du moins je l’espère » ajoute-t-il ! Par parenthèse, cette teinture tiendra un peu plus d’un jour ! « Ses cheveux couleur paille » resteront, en effet, durant toute l’aventure, « légèrement teintés de noir aux racines ».

Félix, capturé par M. Big, sera à moitié mangé par des poissons voraces. Il devra passer entre les mains d’un chirurgien esthétique pour se refaire faire le visage.

Une jolie fille… très jolie même

Elle est surnommée « Melle Solitaire », mais s’appelle, en réalité, Simone Latrelle ! C’est une brune au teint pâle et aux yeux bleus, de 25 ans, qui porte ses ongles « courts et non vernis ». La fiancée de M. Big ! Une fiancée cosmétiquement choyée, puisqu’elle ne manque pas de produits de beauté, qui se parfume, sans retenue, avec le célèbre « Vent Vert de Balmain » (ce parfum est cité à deux reprises dans cet opus, un parfum, qui persiste dans les pièces par lesquelles Simone est passée) !

Une fiancée, pas très fidèle, qui tombe, immédiatement, amoureuse de James et le rejoint, dès qu’elle le peut. Partie sans même une « brosse à dents » ! Mais avec son rouge à lèvres, tout de même. Un rouge à lèvres qu’elle fait goûter à James, après lui avoir allumé une cigarette : « Elle lui prit le paquet, le fendit avec l’ongle du pouce, sortit une cigarette, l’alluma et la lui tendit. Bond l’accepta et lui sourit, tout en savourant le goût de son rouge à lèvres. »

Puis, viendront les baisers… « Elle rit, sortit un mouchoir de son sac et essuya le rouge qu’il avait sur la bouche. »

Des baisers sur la bouche, sur les oreilles, qui laissent des traces et font ironiser Félix Leiter : « Moi je me sers de mes oreilles pour entendre ; pas pour essayer des rouges à lèvres comme certains. » James enrage ! Félix en rajoute une couche : « Pas un instant je n’ai pensé que le rose de vos oreilles n’était pas naturel. »

Après bien des péripéties, Simone va échapper à la mort (elle a été attachée avec James à un filin relié au bateau de M. Big, un bateau qui croise dans une eau infestée de requins), mais n’en restera pas moins coquette, interrogeant James, dès son réveil : « Comment trouvez-vous mon rouge à lèvres de Port-Maria ? Et mes sourcils dessinés à la mine d’hibiscus ? »

Avant d’avoir pu se maquiller, la « merveilleuse » jeune femme a été sauvée par James, qui a réussi à sauver sa peau et celle de la jeune fille. Son premier soin a alors été de porter Simone dans la salle de bain de son bungalow, afin de lui faire prendre un bain, « sans qu’elle se rende compte de rien ». James l’a alors « savonnée entièrement et lui a lavé les cheveux », avant de l’enduire, elle aussi, de merthiolate.

Une fois réveillée, « la préoccupation majeure de la jeune fille était de trouver des vêtements et un rouge à lèvres seyant. » L’inspecteur Strangways lui fit livrer tout un « assortiment » de rouges à lèvres, au plus vite !

Des Noirs, très cosmétiqués

Dans la boîte « Sugar Ray » de Harlem, James observe la chevelure des Noirs présents. Et en particulier de ceux qui semblent l’observer de près. La tête de l’un deux est tout proche du nez de James, au point qu’il sent « une bouffée d’une luxueuse lotion à défriser les cheveux ». Pour rendre les cheveux crêpus aussi lisses que cela, notre héros imagine « une mère aimante », passant dans les cheveux de son fils, dès sa petite enfance, « un peigne chaud », tous les soirs. Idem pour une jolie Noire, qui a visiblement passé un peu de temps chez « le meilleur coiffeur » du coin (celui-ci lui ayant fait la « meilleure permanente » possible). Notre James, toujours sensible à la beauté féminine, ne manque pas de remarquer le « rouge profond » des « lèvres sensuelles » de la jeune Noire en question.

En sortant de cette boîte et en se rendant chez « Ma Frazier », le meilleur restaurant du quartier, James est étonné de compter autant de coiffeurs et d’instituts de beauté. Toutes ces boutiques misent sur les « traitements pour défriser les cheveux » et proposent toutes sortes de produits : « Apex Glossatina,2 à utiliser avec le peigne chaud », « Silky strate. Ne laisse ni rougeurs ni brûlures. », ainsi que des « onguents qui blanchissent la peau ».

Des lumières qui jouent avec les cosmétiques

Dans la boîte de nuit Boneyard, des boules colorées, accrochées au plafond, modifient le maquillage des femmes. Leur « rouge à lèvres » vire au noir !

Et des douches

James est adepte des douches froides (2 fois dans cet opus), revigorantes. Des douches froides, qu’il fait suivre parfois d’une douche glacée (1 fois). Parfois une « douche rapide » (par 2 fois), lorsque notre héros est pressé !

Et un ultime bain

A la fin de l’histoire, le corps couvert de plaies, James prend un bon « bain » et s’enduit « pratiquement des pieds à la tête de merthiolate ». Décidément, dans cet opus, cet antiseptique mercuriel3 a la cote !

Et une hygiène bucco-dentaire impeccable

Ian Fleming n’oublie pas de nous dire que James Bond prend soin de ses dents, en les lavant chaque soir et en réalisant un gargarisme « à l’eau dentifrice », pour une haleine extra-fraîche !

Et de l’eau de Cologne… inutile

En avion, dans les trous d’air, James Bond se dit qu’il y a bien des choses inutiles autour de lui. En cas d’accident, quelle utilité aurait ces magazines, cette « eau de Cologne », rangée dans les « toilettes » ?

Vivre et laisser mourir, en bref

Il est « dur et bronzé », notre héros en fin d’opus ! Il va réussir à miner le bateau de M. Big et à tuer celui-ci. Il va sauver Simone des griffes de M. Big et partir filer le parfait amour avec elle, pendant une dizaine de jours !

Bibliographie

1 Fleming I., Vivre et laisser mourir in James Bond 007 édition établie par Francis Lacassin, Bouquins La collection, 889 pages, 2024

2 https://www.worthpoint.com/worthopedia/1933-apex-glossatina-hair-product-tin-1739067128

3 Geier DA, Sykes LK, Geier MR. A review of Thimerosal (Merthiolate) and its ethylmercury breakdown product: specific historical considerations regarding safety and effectiveness. J Toxicol Environ Health B Crit Rev. 2007 Dec;10(8):575-96.