Une aventure pittoresque… chez le coiffeur !
Dans le numéro 1163 du journal Fillette, paru le dimanche 6 juillet 1930, les petites lectrices découvrent, à la première page de leur hebdomadaire, une aventure qui ne manque pas de piquant.1
Ces petites filles connaissent bien les aventures de « Nigaude et Malicette ». Pour cette fois, les deux fillettes ont rendez-vous chez le coiffeur, en compagnie de Mme Ursule Pouillat, la tante de Malicette. Celle-ci s’endort dès le séant posé sur son fauteuil. Le coiffeur se retrouve donc seul maître à bord et décide de couper les cheveux de sa cliente léthargique, au plus ras. Il réalise ensuite un shampooing énergique, destiné à revigorer le cuir chevelu et à permettre un réveil en fanfare. Mais cela ne fonctionne pas. Il lui faut donc passer à l’étape ondulation… les cheveux tirés de toutes parts, Mme Pouillat se réveille enfin.
De son côté Nigaude a été frisée comme un petit mouton, sur les ordres espiègles de Malicette.
On se doute bien qu’en apercevant sa tête frisée dans la glace, Mme Pouillat ne se reconnut pas. La brave femme en fit une crise de nerfs, criant à « l’assassin ». Pour en venir, à bout, le garçon coiffeur fut obligé d’avoir recours à son « vaporisateur d’eau de Cologne » et lui en envoya une bonne giclée au visage.
Evidemment, le patron, alerté par les cris de sa cliente, vint se renseigner et se mit à louer la beauté du visage de la brave dame, ainsi métamorphosée.
Petit à petit, Mme Pouillat se fit à son nouveau reflet… mais une chose la tourmentait. Pourquoi lui avoir mis de la mousse de savon au-dessus des lèvres et au niveau du menton. C’est Malicette qui lui en donne l’explication : « Mais, ma tante dit Malicette, c’est moi qui ai dit qu’on t’enlève ce… ces… ce petit duvet que tu avais au-dessus de la lèvre et là, au menton. » Parce qu’elle aime sa tante, Malicette ne savait comment lui dire, sans la blesser, qu’il était indispensable pour elle de raser cette moustache naissante et ce bouc intempestif !
Finalement, la brave tante se laissa faire et s’en trouva fort bien. Elle sortit du salon de coiffure les deux fillettes savamment frisées à la main. Tout le monde fut dithyrambique, lui trouvant ainsi fort belle allure.
Une histoire intemporelle, qui nous montre à quel point le métier de coiffeur est un métier délicat, tout changement d’image provoquant chez l’individu, même le plus censé, des réactions pouvant, parfois, être violentes.
Bibliographie
1 Magazine Fillette, 22e année, n° 1163, 16 pages

