Un vent de barbier, une voix de parfum… C’est Jules Verne qui recrée un monde de légende !
Le Dr Patak (qui n’a de docteur que le nom) et le forestier Nicolas Deck vont, dans cette aventure de Jules Verne intitulée Le château des Carpathes, se trouver confrontés à des éléments surnaturels qui surviennent au pied d’un château qui a l’air franchement hanté.1 Il semble qu’une belle dame y est séquestrée. A moins que ce ne soit que son image.
Affaire à suivre avec un bon guide !
Un pays cosmétiqué !
Cette histoire se passe en Transylvanie, un pays balayé par les « galernes », des « vents de nord-ouest », qui « le rasent pendant l’hiver comme avec un rasoir de barbier. On dit alors, dans le pays, qu’il se fait la barbe – et parfois de très près. »
Le berger Frick, plus calé qu’un vétérinaire !
Il a 65 ans, une « chevelure en désordre » et une face « mâchurée » ! Il garde les moutons du sieur Koltz, qui apprécie cet homme aux multiples talents. Celui-ci est en effet une sorte de vétérinaire, qui s’est formé sur le tas. Il connaît, bien évidemment, toutes les maladies animales du « muguet » à la « douve », en passant par la « rabuze » ou la « clavelée » !
Le marchand ambulant, meilleur vendeur de l’année !
Ce marchand ambulant va jouer un rôle capital dans l’affaire, car c’est lui qui vend une longue-vue au berger. Une longue-vue qui, pointée vers un château abandonné, livre une surprise de taille : un mince filet de fumée sort d’une cheminée ! Voilà rapidement le village en émoi. Un binôme va se former… pour aller aux nouvelles.
La belle Miriota, un personnage secondaire plein de charme !
La fille de Koltz est une jeune fille d’une vingtaine d’années, blonde aux yeux bruns. Elle est fiancée à Nicolas Deck, un jeune forestier de 25 ans, robuste et sympathique.
Le docteur Patak, pire médecin du siècle !
Ce petit homme court sur pattes et replet pratique nous dit-on la « médecine courante » au village. Il n’y connaît pas grand-chose dans l’art de guérir ses patients pour la simple et bonne raison qu’il n’a fait aucune étude, « ni en médecine, ni en pharmacie, ni en rien ». Il ne vend, nous dit-on, que des « drogues » « si inoffensives qu’elles n’empiraient pas les bobos de ses clients. » et est doué d’un terrible aplomb. Il compte ainsi à 100 % sur les forces de l’esprit pour venir à bout des maladies de ses patients.
Le comte Franz de Télek, l’amoureux le plus triste du moment !
Ce jeune homme élégant voyage pour noyer son chagrin. Il a, en effet, perdu celle qu’il aimait par-dessus tout, une cantatrice nommée « La Stilla ».
Le baron Rodolphe de Gortz, le fou furieux de service !
Cet homme, aux « longs cheveux grisonnants » et à l’allure inquiétante, ne quitte pas d’une semelle la Stilla, la gardant toujours au bout de sa lorgnette. Il a juré, semble-t-il, qu’elle ne serait à personne d’autre qu’à lui. Il la terrifie, au point de déclencher chez elle une crise cardiaque rien qu’à sa vue ! Pas banal !
La Stilla, celle par qui tout arrive !
Cette jeune femme de 25 ans est d’une « beauté incomparable » ! Son cœur, en revanche, semble sec, car elle n’accorde aucune faveur à ses multiples adorateurs. Et ce jusqu’au jour où elle croise le regard de Franz de Télek. La passion enflamme alors sa vie !
Et une drôle de lumière phosphorescente
Cette lumière qui émane du château au coucher du soleil donne aux visiteurs un teint blafard. Les visages prennent des allures « cadavériques » destinées à faire fuir les plus courageux.
Et des décharges électriques
Ceux qui veulent escalader les murailles sont saisis par une onde électrique qui les jette au bas de la façade !
Et une illusion d’optique
Rodolphe de Gortz a capturé l’image de la Stilla, en partant d’un portrait et en lui donnant du relief, grâce à un jeu de miroirs. Il projette celle-ci sur les murs de son château, ce qui fait que plus d’un croit le château hanté, une belle dame à la « chevelure dénouée » semblant se balader sur le donjon. Gortz se repaît ainsi de la beauté mais aussi des qualités vocales (oui, il y a du son aussi, grâce à des « appareils phonographiques ») de la Stilla, bien des années encore après son décès. Lorsqu’il fait fonctionner le système qui fait renaître temporairement la diva, il respire sa « voix comme un parfum » et la boit « comme une liqueur divine ».
Le château des Carpathes, en bref
Jules Verne nous entraîne ici dans un monde de légendes, d’inventions scientifiques et de passions contrariées. Il n’évoque que peu de cosmétiques. Mais, quand il le fait, ce n’est ni barbant (allusion au vent qui rase le paysage !), ni sans sa saveur (respirer une voix il fallait y penser !).
Bibliographie
1 Verne J., Le château des Carpathes, Le livre de poche, Paris, 2024, 222 pages

