Un trafic de berlingots Dop, c’est Frédéric Dard qui est derrière tout cela !

L’opus San Antonio chez les Mac,1 paru en 1961 débute par une allusion cosmétique du meilleur goût et s’achève sur la découverte d’un monstre dans un loch écossais. Pour en arriver là, le commissaire s’est mis sur les traces d’une bande de trafiquants de drogue, qui a eu la bonne idée de planquer la drogue dans des bouteilles de whisky. Départ pour l’Ecosse programmé, sur les traces de la distillerie Mac Gregor, située à Mybackside-Ischicken, près de Glasgow. Rebondissements assurés !

Et tout d’abord un ordre du Tondu

Le boss de San Antonio est appelé le « Vieux » ou le « Tondu » ou le « Déplumé » ou le « Pelé » ou « M. Peau-de-fesse », pour la bonne raison qu’il est âgé et chauve. Toujours impeccablement « rasé, cravaté, manucuré ».

L’ami du boss, M. Petit-Littré, l’éditeur bien connu du grand public, a mis la plupart de ses invités out lors d’une soirée arrosée. Tous ceux qui ont bu du whisky sont dans le potage. Tous sont drogués, comme l’indique le Professeur Baldetrou, convoqué sur les lieux.

Alors forcément, c’est la catastrophe. M. Petit-Littré est atterré (il sent bien qu’il est « engagé sur une pente savonnée. ») et, lorsque San Antonio débarque chez lui, « il jaillit de son fauteuil comme de la pâte dentifrice lorsqu’on marche sur le tube […] ».

La caisse de 6 bouteilles de whisky offerte par l’industriel Charles Olivieri est une caisse qui présente l’originalité d’être chargée en « stupéfiants » ! De « l’héroïne » a été introduite dans les flacons lors de la mise en bouteille. Pas banal !

Ensuite un avis sur les dîners mondains

En voyant tous ces individus avachis dans tous les coins du salon, San Antonio se sent pousser une âme de philosophe. Se réunir pour manger, quelle vulgarité ! « Je me dis qu’au fond il est stupide de se réunir, de se faire beau, de se peindre, de se teindre, de se harnacher, de se décorer, de se laver les pieds et le reste, de s’amidonner, de se smokinger pour manger. » Et voilà Frédéric Dard qui se lance dans une condamnation de ces dîners festifs où l’on se baffre sans aucun souci esthétique !

Et enfin, une vieille dame qui est la clé de l’énigme

La vieille Helen Daphné Mac Gregor, qui semble être une vieille femme handicapée d’environ 70 ans, est en réalité un homme, un certain Steve Marrow, acteur raté, passeur de « chnouf » réussi. Logique, quand on relit la description qui nous en est faite. « Une vieille donzelle au visage hommasse » et à la « moustache abondante ».

Un homme qui, à l’aide d’une bonne dose de « maquillage », se fait passer pour une noble Ecossaise, après l’avoir envoyée ad patres et profite de son entreprise pour cacher un juteux commerce illégal.

Et une jeune fille divine, mais coupable à 100 %

Cynthia, la nièce de Daphné Mac Gregor, est une jeune fille blonde (« Sa blondeur est authentique et franchement ses cheveux sont comme des fils d’or ») de 25 ans, qui ne laisse pas San Antonio de marbre. Bien que fiancée à un jeune lord répondant au nom de Sir Concy, la jeune fille n’hésite pas à répondre positivement aux avances du séducteur patenté.

Une jeune fille, à la peau « bronzée » ; « elle est parfaite » ! Une jeune fille odorante (« elle sent bon comme un été à Capri »).

Une jeune fille, dont le sac à mains renferme, en lieu et place du traditionnel tube de « Rouge Baiser », un pistolet en parfait état de marche. Pas vraiment le genre d’outil pour se « faire les cils » !

Et une comparse sans atout cosmétique

Une certaine Gladys, qui ne plait guère à San Antonio, du fait de son relâchement… capillaire. Des cheveux, qu’elle ne « fait plus teindre », depuis trop longtemps !

Allusion cosmétique, il a osé !

La « dernière conquête » de San Antonio se prénomme Irène. Une bombe, aux formes magnifiques, avec une « bouche tellement sensuelle qu’en l’apercevant, son tube de rouge à lèvres sort tout seul de son étui, vous mordez le topo ? » Laissée à Paris, Irène sera oubliée au retour du voyage en Ecosse.

Allusion dentifricière, il est habitué

Dans cet opus, San Antonio nous avoue qu’il n’est guère fan de la nature et qu’il ne tolère celle-ci que sous la forme de la « chlorophylle », incorporée, en « petites quantités », dans son « tube de Gibbs », ce nom de marque devenant ainsi synonyme de dentifrice.

Allusion strangulière, il est dépité

Dans cette histoire, M. Olivieri est retrouvé étranglé. Ce n’est pas lui qui pourra renseigner la police sur l’origine de la drogue placée dans le whisky !

Allusion solaire, il aime critiquer

Pour cette aventure écossaise, San Antonio est accompagné de son collègue Bérurier, un collègue qui possède une « belle couleur laiteuse », pour la bonne raison que « le soleil n’a jamais vu sa peau. »

Allusion L’Oréalienne, il est gonflé

Dans cette aventure, l’héroïne (la drogue, pas Cynthia) est stockée dans des « coussinets en matière plastique du genre berlingot Dop », avant d’être dissoute dans un whisky de qualité !

Et l’expression maquiller au figuré

Pour cette fois, c’est Bérurier qui s’interroge. « Qu’est-ce que tu viens maquiller dans ce b… ! »

Et l’expression mise au parfum

Lorsque l’affaire devient plus claire, lorsque les limbes se dissipent, San Antonio se charge de mettre « le Vieux au parfum » du « bisness » écossais !

Et un lecteur insulté

« Bande de sous-développés »… voilà comment Frédéric Dard s’adresse à un lectorat à la « cervelle comme les arènes de Nîmes » ! Des lecteurs qui sont habitués à être traités de tous les noms et qui se réjouissent presque d’être malmenés de ci de là. « ramollis de la coiffe comme vous l’êtes, vous seriez capables de ne pas piger. »

San Antonio chez les Mac, en bref

Il y a eu meurtre… Steve a tué la brave Daphné Mac Gregor. Il y a eu complicité de la nièce de la vraie miss Mac Gregor, qui a poussé à la roue et permis (voire même suscité) le meurtre de sa parente. Des berlingots d’héroïne, qui ressemblent à des berlingots de shampooing Dop. Un homme maquillé et travesti en femme. On est chez Frédéric Dard pour sûr.

Et Irène dans tout ça ? Eh bien, il paraît qu’elle attend toujours son cher et tendre. San Antonio l’a oubliée. Pour sûr !

Bibliographie

1 Dard F., San Antonio chez les Mac in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages