Un sourire Colgate, Cadum… bref un roman souriant !

Cette fois-ci, c’est Bérurier qui est un peu la star de ce roman de Frédéric Dard, puisqu’il se retrouve promu instituteur, afin d’infiltrer le milieu de l’enseignement, suite au meurtre d’un maître d’école et à la disparition de deux de ses élèves (Jean Charron et Louis Dubois).1 Le tout se passe à Grangognant-au-Mont-d’or ! L’occasion pour Frédéric Dard de nous offrir un festival d’allusions cosmétiques à défaut d’une intrigue bien ficelée.

Le maître d’école assassiné, un type trop bien rasé

Celui-ci a eu la « gorge sectionnée proprement » avec un « rasoir à manche ». Il semblerait que cet instituteur ait mis la main grâce à ses élèves sur un diamant d’une taille exceptionnelle, convoité par une bande de trafiquants de drogue !

Bérurier, un goût prononcé pour le pinard

Cet instituteur de nouvelle génération joue aux cartes avec ses meilleurs élèves, en les abreuvant de pinard. Son teint animé est comparé par Frédéric Dard à un « fond de teint au beaujolpif » ! On voit un peu le genre !

Une petite institutrice, très au goût de San-Antonio

Elle a la vingtaine et se nomme Rosette ! Elle se présente en classe au naturel, sans « fards » et semble avoir besoin de conseils en matière d’hygiène (un « brin de toilette » pourrait bien être nécessaire) et de soin de sa personne. Elle ignore, en effet, tout du domaine de la « coiffure » ! Pour le reste, un épiderme de rêve avec des « taches de rousseur » et une peau « comme du velours » ! Un air naïf et ingénu qui plonge le commissaire dans un « bain de pureté » dont il a perdu l’habitude depuis quelques années déjà.

Petit à petit, Rosette se féminise et découvre la joie des cosmétiques. « Elle s’est collée deux petits traits de rouge sur les labiales et elle a posé sa houppette sur ses joues. »

Une vieille chanteuse, peu au goût de San-Antonio

Cette vieille dame, Léocadie Soubise, distribue des photographies pornographiques aux élèves sages. Cette « vioque » « peinturlurée », « fardée à la truelle », est une ancienne chanteuse de cabaret, surnommée la « divavioqua » par San-Antonio. « ça fait au moins 50 ans qu’elle a remplacé son maquilleur par un maçon. »

Frédéric Dard se lâche, complètement, concernant sa description, n’hésitant pas à évoquer la notion de peinture (« Elle n’a pas fait que se repeindre, le siouse. »). Et il nous détaille, par exemple, son maquillage du soir avec un luxe de détails. « Pour le soir, le bleu domine. Elle a en a tout autour des vasistas, sur les tempes et sur les ailes du pif ». Son rouge à joue est orange, son rouge à lèvres violet, et ses sourcils marron décrivent un demi-cercle parfait malgré les rides. » Une débauche de couleurs qui la fait ressembler à « l’enseigne d’un marchand de couleurs ». Il faut savoir aussi que cette explosion de pigments est associée à une tempête de parfum… appliqué sur la peau, non avec « un vaporisateur », mais avec un « arrosoir » ! « Elle a pris sa douche à l’extrait de bégonia, je m’explique pas autrement. J’ai l’impression de me noyer dans un fût de Soir de Pantruche. » Bref, un parfum qualifié « d’insistant », qui agit sur le foie et donne mal au cœur. Avec un petit clin d’œil au parfum Soir de Paris de Bourjois.

Et le terme maquiller au figuré

Dans cet opus, il est question de « maquiller », au propre comme au figuré. Une fois de plus, le brave San-Antonio se demande ce qu’il « maquille » dans cette nouvelle affaire.

Et la formule « mettre au parfum »

San-Antonio s’appuie ici sur ses collègues pour venir à bout d’une ténébreuse histoire d’enlèvement d’enfants. Il emploie l’expression mettre au parfum à deux reprises.

Et un pharmacien bien sympathique

Il est qualifié de « marchand de purges », ce pharmacien bien avenant, qui possède une « trogne violacée », semblable à celle du bon Bérurier. Souffrant d’un mal de tête carabiné suite au contact prolongé avec une certaine chanteuse imprégnée de parfum, San-Antonio se tourne vers ce professionnel de santé, afin de venir à bout de son « mal de tronche ». « Un tube géant de Spritzblonk-Consternant » est vendu au commissaire ! Par la suite, il confiera sa caboche à de l’aspirine… tout simplement.

Et un sourire Colgate

Il s’y connaît le commissaire San-Antonio en matière de sourire extra-blanc. Un sourire de « vedette de first classe entretenu par Colgate ».

Et un sourire Cadum

Pour plaire aux dames, San-Antonio « virgule » également son « joli sourire Cadum » !

Et une petite grue qui poireaute dans la rue

Une fille qui met en joie Frédéric Dard, qui la décrit comme une déboussolée, qui ne sait pas si « elle doit prendre un bain de pieds de moutarde »… ou pas !

San-Antonio chez les « Gones », en bref

Dans ce roman qui ressemble à une production « en Technicolor de la Metro Colgate », Frédéric Dard ne reste pas muet en matière de cosmétiques. Tout en flirtant avec une innocente jeune fille, il arrive à démanteler un réseau de drogues. Tout en évoquant Colgate, Cadum et Soir de Paris. Chapeau bas !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., San-Antonio chez les « Gones » in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages