Un rouge à lèvres qui joue les indics !

Dans l’opus Le loup habillé en grand-mère,1 Frédéric Dard mêle avec brio affaire privée (Gérald a décidé de tuer sa compagne et a monté tout une histoire pour se dédouaner de toute responsabilité) et affaire d’état (des bandes rivales se torturent à tour de rôle pour tenter de mettre la main sur les deux bouts de la formule d’un désherbant redoutable). Heureusement, notre commissaire San Antonio va s’occuper de tout cela et résoudre une affaire d’état en moins de temps qu’il n’en faut pour qu’un commissaire se fasse beau.

Une histoire qui commence dans le rouge à lèvres et finit dans un bain de sang !

L’affaire Gérald Fouassa

Tout commence par une drôle d’affaire : un paisible rentier qui reçoit régulièrement des paquets remplis de deux millions de francs dans sa boîte aux lettres. L’agence Pinaud et Cie (le collègue de San Antonio, Pinaud et Hector, le cousin de San Antonio) est chargée de trouver le fin mot de l’affaire. Pas évident cette histoire !

L’histoire en deux mots

Gérald Fouassa a tenu pendant des années un hôtel, celui du « Danube et du Calvados Réunis ». Hôtel, dans lequel l’espion Rudolf Simmon est venu se suicider, un beau jour, avec une pilule de cyanure. Cet espion, ayant égaré la formule d’un désherbant surpuissant… il ne lui restait plus qu’à en finir avec la vie.

Sauf que la formule ne s’est pas égarée, mais est tombée entre les mains expertes de Gérald ou dans celle de sa femme (difficile de savoir qui a compris le premier l’importance du document).

Afin de se débarrasser de sa compagne encombrante, Fouassa a monté toute cette histoire de billets de banque et voulu faire croire que sa moitié était décidée à filer avec l’argent avec un complice, qui lui-même ne voulant pas partager l’argent avait dans l’idée de tuer sa complice… Ouf, compliqué le truc !!!

Tout se corse quand, une fois la femme de Fouassa décédée, tout le monde se trouve priés de lever les mains devant une mitraillette pointée. C’est un jeune homme blond qui est aux manettes ! Une seconde affaire se greffe sur la première !

Le big boss, déboisé

Il est nommé ici « l’homme à la colline déboisée » ou le « Dévasté-du-Dessus » ! Il est forcément intéressé par cette affaire d’espionnage insolite !

Madeleine Renard, rougeàlèvrisée

La compagne de Gérald Fouassa est retrouvée, un beau jour, à son domicile, baignant dans son sang. A l’étage, Gérald, alité pour cause de crise d’asthme. Du moins c’est ce qu’il tente de faire croire. On apprendra plus tard qu’il n’est pas asthmatique pour un sou !

Lorsqu’elle a été tuée, Madeleine regardait la télé. A côté d’elle, une cigarette non tachée de rouge à lèvres… Afin de savoir si cette cigarette est celle de la morte ou de l’assassin, San Antonio « frotte le coin de » son « mouchoir sur ses lèvres et constate que son rouge ne tient pas, comme la plupart des rouges à lèvres d’ailleurs. » Il y avait donc quelqu’un avec elle sur le canapé à regarder la télé. Le fumeur… l’assassin !

Pour s’assurer que Madeleine ne s’est pas mis du rouge à lèvres après avoir fumé, San Antonio fouille le rez-de-chaussée à la recherche « d’un tube de rouge à lèvres », qui s’avère introuvable. Donc, Madeleine « n’a pas eu le temps de se farder », avant de passer l’arme à gauche ! Détail important s’il en est !

Un jeune homme blond prêt à arroser le commissaire

Il n’a pas l’air aimable ce jeune homme habillé en « Ted Lapsus », « qui ne se parfume pas au sirop d’étable », mais qui envoie dans les narines du commissaire un jet de « Fly-Tox », qui dégage un parfum « pas désagréable », « acidulé, frais, champêtre » ! Une drogue qui met KO le commissaire, qui se sent tout à coup aussi léger qu’une « bulle de savon » ! Un commissaire transporté avec ses acolytes très loin de sa base, en milieu hostile.

Des collègues pas vraiment prêts à se faire arroser

Béru, Pinaud et San Antonio sont emmenés en Allemagne de l’Est et séquestrés, avec Fouassa, dans une cave sordide, d’où ils arrivent à sortir comme par miracle.

Bérurier (le Gros, le Mahousse) en sort sale comme de coutume, ni plus ni moins (« Et il est aussi propre qu’un tombereau d’immondices »). Et pas décidé à se laver.

C’est donc San Antonio qui passe à la douche le premier, « ses deux équipiers ne tolérant l’eau que dans leur pastis. » Puis, ensuite, il se rase consciencieusement (« je me tonds la pelouse avec application. »)

Pour les autres, on verra plus tard. De retour en France, pour reconquérir sa chère Berthe, Bérurier fera des efforts. Il se rasera et se parfumera. Sans doute, la première fois de sa vie qu’il sentira « bon » !

Et une petite aventure rapide

Avec Elsa Werbotten, une jeune femme à la peau « ambrée », diablement bien parfumée (avec un « parfum qui vous titille le subconscient »). Du moins lorsqu’elle ne fume pas des cigarettes qui empestent l’air (« Vous feriez mieux de fumer un flacon de chez Carven, conseillé-je, ça sentirait meilleur que votre papier d’Arménie. »)

Précisons que cette jeune femme détient la moitié de la formule de désherbant de compétition (une véritable arme de guerre qui grille tout sur son passage).

Et une autre petite aventure rapide

Avec une jeune fille au prénom inconnu. Une petite de 20 ans, à peine avec un sourire « que Gibbs paierait une fortune » !

Et un lecteur qui en prend pour son grade

Encore une affaire alambiquée, qui laisse le lecteur perplexe. D’où certaines critiques de la part de Frédéric Dard, qui n’hésite pas à injurier copieusement ses petits lecteurs chéris, qui auraient, nous dit-il, « une diarrhée de lapin à la place du cerveau » ou seraient « constipés du bulbe », ce qui n’est évidemment pas pareil ! « Gambergez un chouïa, que diable ! Ou alors faites cadeaux de vos cellules grises à des abeilles, elles y déposeront leur miel. » Bref, un lectorat qui est secoué, remué, assaisonné… au point de risquer une « hernie à la cervelle ».

Le cerveau du lecteur est exigu, à en croire Frédéric Dard, qui ne cesse de grogner contre ces « ramollis du bulbe », aux capacités intellectuelles très moyennes.

« Des yeux de taupe et des cervelles de mollusque »… Tout y passe ! 

Et un espion très intelligent

Contrairement au lecteur, l’espion Chibaldouk est très intelligent. Il n’a « ni mousse de savon », ni « paille d’emballage » dans le crâne !

Et une pierre dans le jardin des pharmaciens

Des gens prêts de leurs sous, qui passent leur temps à « décoller les étiquettes des prix » des remèdes « pour en mettre des plus salées ».

Et une citation arrangée

« O douleur, Orage ! O dés ! Est-ce poire ? »

Le loup habillé en grand-mère, en bref

Oui, il faut être drôlement intelligent pour arriver à suivre tous ces rebondissements. On s’y perd forcément un peu et même beaucoup. Mais ce que l’on retient, c’est qu’un inspecteur doué est un inspecteur qui doit maitriser ses bases en matière de cosmétologie. Pour une bonne compréhension des scènes de crime, un Master en cosmétologie devrait s’imposer !

Bibliographie

1 Dard F., Le loup habillé en grand-mère in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages