Un roman hypnotique qui sent pas la rose, c’est Frédéric Dard qui débouche les cabinets !

Berceuse pour Bérurier… une berceuse efficace, qui va tenir notre homme au dodo, pendant toute la durée de l’histoire.1 Enfin… un dodo un peu spécial, puisque Bérurier a été plongé dans un sommeil cataleptique, par un hypnotiseur talentueux. Un Polonais, du nom de Landowski, qui n’a besoin, ni de landau, ni de ski, pour chanter une berceuse, qui fonctionne du tonnerre ! Une berceuse, OK et alors ? Que se passe-t-il ? Et bien, tout simplement une arnaque, montée sur un vieillard, as de la nouille (en lisant le Regard vous comprendrez), qui part, à Londres, les poches remplies de diamants et en revient bredouille (non pas du tout, puisqu’il meurt en Angleterre) ! Et Bérurier dans tout ça ? C’est simple, il a été plongé dans le potage, afin de garder les mains libres pour pouvoir faire toute la tripatouille sans être embêté par la police.

Où l’on apprend tous les prénoms du sieur Bérurier

Les lecteurs de Frédéric Dard connaissent bien le collègue de San Antonio, répondant au doux nom de Bérurier. Ce qu’ils apprennent ici ce sont tous les prénoms dont il est affublé : Benoît, Bertrand, Gaston, Alexandre ! Voilà, c’est dit. A retenir pour le grand quiz !

Où l’on a des nouvelles de l’amant de Berthe Bérurier

Pendant que son digne époux est en train de faire le zig sur scène, l’opulente BB (Berthe Bérurier) occupe son temps (et pas que le sien !) comme elle peut, avec son amant, le coiffeur voisin (le « pommadin », expression employée deux fois à son sujet) ! Alfred, pommadé, roule dans une « Aronde pommadine ». Alfred, pommadé, utilise des parfums attirants ! Tout un programme !

Où l’on découvre le striptease du sieur Bérurier

Une fois hypnotisé, le brave Bérurier se défait, peu à peu, de ses vêtements pour le plus grand plaisir du public qui se délecte à cette vue. Un effeuillage qui s’achève sur un maillot de corps… celui-ci faisant partie intégrante de son anatomie. « Il fait partie intégrante de son individu. Le jour où il l’enlèvera, ce sera à la lampe à souder ou au décapant ; et encore ! Une bonne partie de sa peau viendra avec. »

Wenda Fépaloff, une petite gosse qui ne donne pas sommeil

San Antonio a une petite amie… Elle se nomme Wenda et est pleine de « sex-appeal ». Tous les deux sont ensemble depuis « six mois », un record pour un commissaire qui change de conquête comme de chemise. Du jamais lu !

Wenda se maquille à la truelle (« peinte au Ripolin express ») et se parfume avec des parfums de luxe, qui ne laissent personne insensible. « Un parfum inoubliable qui se glisse dans vos narines comme le fils de la maison dans le pageot de la bonniche, et qui vous fait penser à des trucs qui n’ont absolument rien à voir avec le prochain Congrès international de pêche au lancer. »

Le Petit Marcel, un hypnotiseur qui donne sommeil

Le petit Marcel (Edwin Zobdenib, pour l’état civil) est l’hypnotiseur à la mode. Il se produit tous les soirs dans un théâtre qui ne désemplit pas. Un petit homme, tout en angles, aux « tifs épais calamistrés au BP40 ». Un petit homme, outrageusement parfumé (« Une odeur lourde de parfum exotique me prend à la gorge. »), qui se caractérise par un « rire à la vaseline ».

Les cobayes du Petit Marcel, des hommes qui aiment roupiller en public

Lors de sa séance d’hypnose, le Petit Marcel fait monter des volontaires sur scène. San Antonio, qui ne se voit pas du tout jouer les zozos sur scène, ne tient, bien évidemment, pas à y aller. D’où son étonnement en constatant le nombre de « pègreleux » qui se bousculent pour tester le pouvoir du magicien. « Des zigs qui sont partants pour l’aventure, il y en a toujours eu, et il y en aura toujours : des qui s’inscrivent en priorité pour prendre des fortins, faire sauter des ambassades ou décarrer dans la lune, des qui veulent expérimenter avant les autres les nouveaux appareils à déboucher les éviers ; le rouge à lèvres au miel de Narbonne ; les bagnoles téléguidées ou les nouvelles venues de la rue Caumartin. » Bref, Frédéric Dard nous susurre qu’il faut de tout pour faire un monde !

Pinuche, le collègue qui n’aime l’eau, qu’endormi

Comme Bérurier, le collègue de San Antonio nommé Pinaud (Pinuche, pour les intimes) n’est pas de la plus grande propreté. Il est « sale », mais n’en prend conscience que sous l’emprise d’un hypnotiseur (Landowski), qui le persuade d’aller se « nettoyer » dans « l’eau de la Seine » ! Cette eau sera douce à la peau de Pinaud, « douce comme une peau de femme » !

Heureusement, San Antonio empêche le brave Pinaud de se jeter à l’eau.

Seul point positif de l’aventure : une fois revenu à lui, Pinaud conserve la notion de « saleté » et décide de prendre un bain… Exceptionnel ! « Je me sens tout sale. Je voudrais prendre un bain, San-A ! ». Du jamais vu !

Solange Roland, la pulpeuse secrétaire, qui s’endort pour toujours

La secrétaire du Petit Marcel est une jolie rouquine, qui partage son temps entre son patron et l’assistant de son patron, un certain Landowski. Solange finira par s’endormir sous l’effet du gaz carbonique. Un suicide, qu’on nous dit ! Un crime, plutôt pour qui a un minimum de flair !

Landowski, l’hypnotiseur hypnotique, qui endort tout le monde

L’assistant du Petit Marcel intervient sur scène, « en costume de ville, sans maquillage », contrairement à celui que l’on prend pour le boss (le Petit Marcel), qui lui n’est pas avare de maquillage. On le comprend assez vite : en réalité, c’est Landowski le cerveau de l’affaire et le Petit Marcel, dans tout cela, n’est qu’un second rôle ! The brain en somme !

Le Bourgeois-Gentilhomme, l’endormi de première !

Celui de Frédéric Dard est le patron d’une grande marque de nouilles. Agé de 80 ans, Céleste Bourgeois-Gentilhomme, est tombé sous la coupe du Petit Marcel, qui le manipule comme il le souhaite et lui soutire argent et diamants, avec aisance.

Et au sujet des hommes infidèles

Ces hommes doivent ruser lorsqu’ils reviennent de goguette, à la maison. Ceux-là doivent farfouiller « sous le capot de leur chignole afin que leurs vêtements reniflent l’essence plutôt que Ton étreinte de chez Lancôme ou Carven. »

Et au sujet des vidangeurs

Dans cet opus, San Antonio fait appel à des vidangeurs, afin de retrouver une pièce à conviction, envoyée dans le conduit des WC. Des hommes, qui fleurent une odeur très particulière, qui met Frédéric Dard en verve. « Il paraît que la mère Marie-Antoinette reniflait la violette ; c’est pas leur cas. M’est avis qu’il faudrait que Balenciaga les prenne en main, les supermen du conduit merdeux. » On voit le genre. Ou plutôt on sent la vanne venir !

Et au sujet des vieilles dames surmaquillées

Une « vieille madame au visage tellement plâtré que pour sourire elle est obligée de se faire desceller la bouche au ciseau à froid. »

Et un San Antonio un peu endormi

Il hésite San Antonio. Il est mou du ciboulot. Il tâtonne et se traite, à juste titre, de San-Antonouille ! Il lui faudra une bonne « douche froide » pour reprendre ses esprits. Et puis, aussi, une petite toilette rapide « Je me fais beau. Un peu d’eau fraîche sur mon frais minois. », mais dans tout cela, il y a du mou… car San Antonio patine un peu avant d’y voir clair dans cette affaire assez tordue.

Et un lecteur bien réveillé

Pour une fois, Frédéric Dard félicite son lecteur. « Eh bien, pour une fois vous êtes moins patates que je le pensais. » Forcément, ici, c’est pas le lecteur qu’est patate, c’est le commissaire. Trois meurtres commis en un rien de temps, tout de même !

Et un boss au taquet

Le Vieux, le chef de San Antonio, ne change pas d’un poil (« le père La Crinière »). Le « Tondu » possède un crâne aussi lisse qu’un « suppositoire étincelant ». Les mains du « Chevelu-à-Rebours » sont soigneusement manucurées et ce forcené du boulot n’a pas de poil dans ces belles mimines !

Berceuse pour Bérurier, en bref

Pour un spectacle, c’est un spectacle… Un Bérurier dans les choux ! Un Pinaud qui rêve de faire glouglou ! Un San Antonio qui semble faire joujou ! Un voyou sous les verrous et des allusions cosmétiques parfois bien senties ou souvent parfumées. Frédéric Dard change ses références cosmétiques (par rapport aux romans précédents, on en trouve moins et ses marques favorites comme Colgate ou Cadoricin restent au tiroir), sans perdre une miette de talent ! En somme, il est loin d’être endormi !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., Berceuse pour Bérurier in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages