Un roman-cosmétique à la signature parfumée tenace !
Tout commence dans la purée de pois new-yorkaise.1 Le Saint (autrement dit Simon Templar) est tellement déprimé qu’il décide d’aller boire un verre au café d’à-côté ! Un ivrogne (Tom Clark), qui cuve son vin au bar, lui cherche noise et voilà le début d’une belle aventure ! Tout le monde a vu les deux hommes en venir aux mains. Tout le monde pourra donc témoigner si, à la sortie du bar, l’ivrogne en question est tué !
Une belle machination, ourdie par une femme sans scrupules, qui s’inonde de parfum et se trahit à maintes reprises par le sillage qu’elle laisse derrière elle. Un roman odorant à souhait !
Partons, nez au vent, sur la piste de cet opus odoriférant !
Un héros de toute beauté !
Simon Templar nous est décrit, dès la deuxième page du roman, comme un homme « admirablement proportionné », musclé, au « visage bronzé » (expression utilisée 3 fois), un « visage mâle et bronzé ».
Un inconnu abattu
Le dénommé Tom Clark, boursier de son état, est retrouvé une balle dans la peau. Un amateur de paris…. truqués ! On comprendra au fil du roman que ce cher Tom n’est pas mort, mais qu’il s’est fait remplacer dans une triste mise en scène par un comparse ; le but : que Lorraine, sa femme, touche une belle prime d’assurances !
Un parfum obsédant
Véritable personnage de roman, ce parfum (terme employé 40 fois) est « pénétrant, obsédant », « lourd », « charnel ». Un parfum que l’on ne risque pas d’oublier et que Simon reconnaît sur un certain nombre de scènes de crime. Pas de doute, c’est bien le même parfum qui le précède un peu partout. Un parfum « si spécial » que l’on ne risque pas de le confondre, ni de l’oublier.
Il est porté par une belle brune sensuelle prénommée Lorraine, qui kidnappe littéralement Simon à la sortie du bar. Une femme, qui dessine le contour de sa bouche à l’aide « d’un crayon », que l’on peut qualifier de « sanglant » (un rouge à lèvres qui, soit dit en passant, laisse une « marque rouge » sur les cigarettes fumées et sur le rebord des tasses à café) et soigne ses mains avec application. Une femme qui s’inonde de parfum « sans mesure » et laisse derrière elle un sillage pénétrant, qui chatouille, à maintes reprises, les narines de notre héros. Un parfum que distille Lorraine dans l’air, dès qu’elle se meut dans l’espace (« de lourdes bouffées de parfum s’exhalaient d’elle au moindre de ses gestes »).
Un parfum bruyant
Même au téléphone, ce parfum se rappelle à Simon, comme s’il était capable de se glisser dans les fils pour arriver jusqu’à lui. « Il crut respirer le parfum si caractéristique » !
Un parfum qui rend Simon littéralement fou… fou, au point d’installer la femme qui le porte dans l’appartement de Patricia, sa douce et tendre amie alors en voyage.
Un parfum unique
Nez au vent, Simon se heurte à cette fragrance, durant tout cet opus. Une odeur qu’il finit par connaître par cœur et qu’il se dit capable de reconnaître « entre mille » ! « Etait-il possible pourtant qu’il existât une autre créature dont le parfum fût le même ? »
Ne voulant pas admettre la culpabilité de celle qui l’a envoûté, Simon interroge : « Dites-moi Lorraine, votre parfum est-il une création… personnelle ? Oui ? Alors poursuivit-il d’un ton uni sans la moindre émotion : quelqu’un vous fait concurrence, ma jolie amie… »
Et pourtant, il n’y a pas à s’y tromper c’est bien Lorraine qui se comporte comme une tueuse en série. Lorraine et son parfum « signature » (expression utilisée à 2 reprises) qui diffuse de sa peau, comme s’il s’agissait d’une « cassolette » !
Un parfum unique que Lorraine utilise, tout de même, pour parfumer le foulard de soie qui dépasse de la pochette du costume de son époux. La « lourde bouffée de parfum » qui s’échappe de la pochette de celui que l’on croyait mort et qui ne l’est pas va semer le doute dans l’esprit du Saint, qui s’interroge même aux dernières pages de l’ouvrage. Coupable ou non coupable ?
Un parfum Dior ?
On ne sait pas la marque de ce parfum obsédant. On sait juste qu’il fait grand effet sur Simon, qui ne peut que murmurer à l’oreille de Lorraine : « J’adore votre parfum » !
Un parfum floral
Un parfum floral un peu pervers, qui se rapporte plus à une « lourde fleur à la senteur vénéneuse » qu’à la verveine ou au jasmin. Un parfum « troublant », qui flotte autour des cadavres qui s’accumulent dans ce roman et qui rappelle à Simon l’odeur de la « chair », de « la forêt un jour de pluie » (expression retrouvée deux fois), « d’une fleur agonisante » !
Un parfum qui rend fou
Chez un boxeur qui vient de passer l’arme à gauche, Simon sent le fameux parfum ! Ce n’est pourtant pas le parfum de la maîtresse de maison, comme en témoigne le flair de Simon, qui s’oblige à renifler le contenu de chaque flacon présent sur la table de toilette.
Et aussi un parfum ancillaire
La domestique de Lorraine se parfume également abondamment, mais cette fois « à l’héliotrope » !
Et une bonne douche
Dans cet opus, Simon est secondé par Hoppy Uniatz, qui sert d’homme à tout faire à son patron. A la fin d’une bonne journée, Simon lui réclame ainsi un « bain », afin de pouvoir briller en société. Pour finir, Simon ne prendra pas un bain, mais… une simple « douche » !
Et un mort qui ressuscite
Stève Masco, qui vit dans l’ombre de Lorraine, n’est autre que Tom Clark, son époux, ce qui fait qu’elle n’est absolument pas une veuve éplorée. Et le pauvre Stève a pris la place de Tom, dans un cercueil capitonné !
Et un commissaire au nez bouché
Le policier Fernack n’a pas l’air d’être très sensible aux odeurs. Il ne sent rien. Rien de rien. Ce qui fait dire à Simon Templar : « Allez prendre des leçons d’odorat chez un fabricant de parfums » !
Le Saint parie sur la mort, en bref
Une histoire de matchs de boxe truqués. Une histoire de nez bouché (Hoppy n’a pas l’air sensible au parfum de Lorraine Clark, pas plus que Fernack). Une histoire de veuve noire, qui tire les ficelles d’un marché juteux de paris truqués et élimine sur son passage tous ceux qui se dressent face à elle.
Une histoire de parfum, de parfumeur, de senteurs, d’odeurs, de fragrances… Bref un roman-cosmétique, comme on les adore !
Bibliographie
1 Charteris L., Le Saint parie sur la mort, librairie Arthème Fayard, Paris, 1953, 221 pages

