Un roman à destination de galénistes déprimés !

San-Antonio s’embourgeoise… San-Antonio passe ses vacances d’hiver à Courchevel !1 San-Antonio ne va pas finir ses vacances tranquillement… En effet, il va se trouver confronté à un tueur professionnel… un certain Riri, ce qui va l’obliger à mener l’enquête, afin de comprendre pourquoi un brave directeur d’usine est sous le coup d’un contrat ! Il faut, quand même préciser que ce directeur met au point des armes nucléaires… ce qui éclaire tout de suite l’affaire d’un jour nouveau !

Un super-contrat !

Riri est chargé de tuer un patron d’usine, François Lormont (celui-là même qui fabrique des armes nucléaires et s’apprête à trahir son pays). Il a reçu « 5 briques » pour effectuer cette macabre tâche !

Un super commissaire San-A !

Il a bien profité des pistes ce cher San-Antonio ; il est tout beau, tout bronzé, avec un joli « serre-tête » autour du crâne !

Une super souris !

Chez Frédéric Dard, toutes les souris ne sont pas grises ! Pas du tout… Plutôt le teint éclatant, bien bronzé ! De jolies filles, le « visage bruni par l’air des cimes » ! Un bronzage acquis par une pratique sportive quotidienne ou bien un bronzage « congénital »… difficile de préciser. Ce qui est sûr, c’est que le commissaire San Antonio ne reste jamais de marbre devant une jolie fille et ce quelle que soit la couleur de sa peau. Et dans cet opus, par exemple, la jeune fille bronzée qui retient son attention se nomme Lydia ! Le problème c’est que la charmante demoiselle n’est pas libre, étant déjà en couple avec un dur à cuire du nom de Riri Belloise. Le problème, c’est que la belle Lydia n’a pas l’air très franche du collier et qu’elle laisse tomber Riri, alors que celui-ci vient de zigouiller la doublure qui a pris la place de François Lormont. La belle a visiblement remplacé les balles à blanc par des balles meurtrières !

Face à cette attitude fort peu sympathique, San-A s’énerve, menaçant la jeune femme de nombreuses années de prison… « Je te vois très bien écopant de 15 à 20 piges ! 15 ans sans massage, sans bronzage, sans salons de coiffure, sans instituts de beauté, sans gymnastique. » Bref, l’enfer sur terre !

Une super-crème !

La jeune Lydia n’oublie pas de mettre de la « crème » sur son visage, afin de se protéger du soleil (« Le soleil est mauvais et j’ai le derme si fragile ! »

Cette précaution n’est pas du goût de Riri, qui n’apprécie pas ce genre de tartinage ! « Derme mon c… ! rétorque Belloise, j’ai horreur que tu te foutes ces trucs gras sur la frime. » Question de goût ! Riri n’aime pas embrasser une peau qui ressemble plus à un « beignet » qu’à autre chose.

De super-tatouages

Le corps de Riri est couvert de « graffitis ». Avec des phrases philosophiques adaptées à la localisation anatomique. Ainsi, une jambe est tatouée de la phrase « Je ne marche plus ! » alors que le bas du ventre arbore l’expression « Robinet des officiers ». Riri qui ne manque pas d’humour a également une phrase prophétique tatouée autour du cou : « A découper en suivant le pointillé » !

Une super-douairière !

Cette personne d’âge mûr ne fait que passer dans cette aventure. Elle permet au commissaire de passer un agréable moment. Une « dame de la bonne société », peu farouche, avec un « brin de bouteille » et des « petites pattes d’oie », qui apportent à son visage une note charmante.

Une super-jouvencelle

Frédéric Dard la qualifie de « jouvencelle de l’abbesse Houri » ; une dénommée Huguette âgée de 18 ans, qui n’hésite pas à verser de la drogue dans le thé de San Antonio, afin de permettre à une bande de malfaiteurs de s’en rendre maître. Pas joli-joli !

Un super-gargarisme !

Dans cet opus, le lecteur prend un grand bol d’air. Il ne manquera pas de se « gargariser à l’oxygène » ! Contrairement au pauvre Bérurier qui se prend des paquets d’eau à la figure et « émet un bruit de gargarisme ». Contrairement à un Espagnol qui chante « façon gargarisme à l’eau salée ».

Un super-lavement

Tout individu à l’attitude étrange est comparé par Frédéric Dard à un « drôle de lavement » ! On sent bien qu’il ne s’agit pas d’un compliment. Notons que la notion de « laxatif » réjouit Frédéric Dard, qui traque sur le visage de son héros la moindre grimace suspecte (« une petite grimace, style publicité pour le célèbre laxatif Bédolart »).

Un super-cataplasme

Pour le commissaire tout contact un peu étroit et prolongé avec une jolie femme est l’occasion de sortir sa science galénique. Le roi du vecteur médicamenteux compare ainsi une jeune femme tactile avec un « cataplasme trop agréable » ! Une jeune femme qui, par ailleurs, dans certaines circonstances, peut lui servir de bouclier humain, afin de sauver sa peau.

Un super-remède !

Dans cet opus, Bérurier se fait torturer à la « lampe à souder ». Pas de quoi inquiéter le commissaire dont la mère (Félicie) possède une « recette d’onguent fabuleuse pour soigner les brûlures. »

Un super-dentifrice

Une fois de plus, San-A tombe sous le charme d’une jeune femme aux dents blanches (« les quenottes fourbies au Super-Colgate »), une certaine Eva… une femme perfide, qui n’hésite pas à menacer physiquement le commissaire en lui enfonçant un revolver dans l’estomac (« la voilà qui m’appuie dans le creux de l’estom’ quelque chose de dur qui ne doit pas être le manche de sa brosse à dents. »)

Un malfrat super-bien-coiffé

Celui-ci utilise la brillantine « Roja », afin d’avoir le cheveu qui « frise sur le devant et brille sur le derrière » !

Une infusion de semelles

Lorsque le commissaire se fait battre à coup de pieds il nous parle de manière poétique d’une « infusion de semelles ».

Et des vacances mouvementées !

Une fois de plus les vacances de San-A se terminent en eau de boudin. Il s’en plaint d’ailleurs à son directeur (celui au crâne chauve et aux « belles paluches manucurées »), en employant une expression à sa façon… Même au paradis, il sera réquisitionné pour continuer à travailler… « et encore je me demande si l’archange Machinchouette ne viendra pas me raconter qu’on lui a fauché son auréole pendant qu’il se faisait faire sa mise en plis. »

Et l’expression mettre au parfum

San-A travaille ici avec son collègue Bérurier, qui vient le seconder sur ordre du directeur. Dès son arrivée, San-A le « met au parfum » ! Ce qui ne manque pas de saveur pour qui connaît un peu l’inspecteur et ses odeurs variées (les « pieds béruréens » dégagent, nous le savons, des parfums d’une qualité exceptionnelle).

Et l’expression pour aller vite

Frédéric Dard nous parle d’une action rapide, qui se fait « en moins de temps qu’il n’en faut au Vieux pour se faire faire une indéfrisable » ! On rappellera, au passage, pour une meilleure compréhension, que le directeur, le Vieux, a le crâne parfaitement lisse et exempte de tout cheveu.

Et un tacle au Figaro

Un journal ennuyeux selon le commissaire ! (« Tu veux te faire raser ? » si tu achètes ce genre de journal).

Et une histoire qui sent bon

L’aventure se termine en Afrique, dans un désert rempli de « sable chaud qui sert à parfumer les cheveux de légionnaire ».

Et un clin d’œil aux Nantais

Avec une expression locale : tomber « en digue-digue (comme on dit à Nantes) » !

Et un lecteur rudoyé

Frédéric Dard invective son lecteur amorphe, en s’énervant contre son cervelet rempli de « papier tue-mouches » ! Un lecteur qui peine à suivre une intrigue un peu trop subtile ! Notre « intelligence style Louis XIII (à pieds tournés) » est tournée en ridicule ! Et lorsque notre attention semble se disperser, l’auteur met cela sur le compte de notre étourderie : « Vous n’avez pas pris vos vitamines B12 aujourd’hui. »

San-Antonio Polka, en bref

Il en use et en abuse de toutes sortes de formes galéniques ce cher Frédéric Dard, qui nous parle de « pommade » (quand on est dans la pommade chez lui ce n’est pas bon signe !) et nous emberlificote dans un scénario un peu trop compliqué. Cette aventure truffée de femmes perfides se termine bien, puisque le commissaire arrive à confondre Lormont… le vrai méchant de l’histoire. Pour plus de détails ne pas hésiter à lire et relire l’ouvrage en question. Les galénistes vont se régaler ! De l’antidépresseur à chaque page !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., San-Antonio Polka in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages