Nos regards
Un neurocosmétique, qu’est-ce que c’est ?

> 24 septembre 2018

Un neurocosmétique, qu’est-ce que c’est ?

Décidément, notre époque a le don de découvrir des concepts connus de tous et de les baptiser de noms pseudo-scientifiques. Neuro-gastronomie, neuro-marketing, neuro-cosmétique… De quoi, en « avoir les nerfs » !

Pendant que les uns s’évertuent à réaliser des plats gastronomiques à l’aide d’aliments-santé (avoine, épinard, houmous…), d’autres vous servent les mets choisis dans une ambiance sonore appropriée, un poisson sur fond de clapotis d’eau, par exemple. On semble prendre connaissance du fait qu’il n’y a pas que les papilles qui interviennent dans le jugement émis pour qualifier la valeur d’un plat (https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/cerveau-neurogastronomie-nouvelle-cuisine-tendance-votre-cerveau-65319/). Et la madeleine trempée dans l’infusion de tilleul dans tout cela (https://theconversation.com/quand-marcel-proust-repond-a-notre-questionnaire-sur-les-cosmetiques-72937) ? L’aurait-on oubliée, cette bouffée d’enfance qui transporte l’écrivain dès lors qu’il approche une madeleine de ses lèvres ? Et la camomille préparée avec amour par Mamita, « une camomille toute petite qui n’a pas d’aspect » et qui pousse dans les terrains vagues parisiens ? (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/gigi-et-les-lecons-de-seduction-cosmetique-pour-adolescentes-avides-de-conseils-499/) Colette n’a pas attendu 2018 (et pour cause !) pour croquer la vie à pleines dents et à pleins sens ! Et la purée de notre enfance réalisée avec cet engin singulier que l’on nomme presse-purée, et le quatre-quarts inégalable que l’on voit encore sortir du four, tout chaud, tout doré, et la tartine de pain-beurre-fraises des bois écrasés saupoudrés de sucre dévorée à peine tartinée ? Bien sûr, que ces plats étaient bons parce qu’ils étaient préparés avec amour… Bien sûr que ces plats étaient bons, puisque notre cerveau s’en souvient encore parfaitement aujourd’hui !

Alors que les uns se penchent sur notre cerveau, pour savoir pourquoi l’on est plus attiré par une chaussette verte que par une chaussette rouge (ou l’inverse d’ailleurs), les autres posent les bases de nouvelles disciplines et mettent au point des définitions pour des mots-valises qui n’existaient pas hier. Dans le genre, on trouve la neuro-économie qui « est un champ interdisciplinaire émergent qui recourt aux techniques de neuro-imagerie pour identifier les substrats neuraux associés aux décisions économiques. » ou le neuro-marketing, à savoir « l’étude des processus mentaux explicites et implicites et des comportements du consommateur dans divers contextes marketing concernant aussi bien des activités d’évaluation, de prise de décision, de mémorisation que de consommation, qui s’appuie sur les paradigmes et les connaissances des neurosciences » (Fouesnant B., Neuromarketing, entre science et business, Annales des mines – gérer et comprendre, 2012/4, n°110). Rappelons-nous, qu’en son temps, un certain Dr Fernand Raynaud, diplômé ès-rigolade, avait énoncé doctement la nécessité d’un slogan efficace pour déclencher l’achat. « Ici, on vend de belles oranges, pas chères » ! Tout est dit.

Tandis que les uns commercialisent des dermocosmétiques (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-dermocosmetiques-a-quand-une-norme-iso-771/), les autres inventent la notion de neurocosmétiques. On ne trouvera de statut réglementaire ni pour l’un ni pour l’autre. Oui, bien sûr, les cosmétiques interagissent avec le cerveau. A part l’ouïe (les cosmétiques, mêmes les plus intelligents (!), ne sont pas encore doués de la parole), les sens sont mis en action. L’aspect, l’odeur et la couleur jouent un rôle important dans la perception de ce produit utilisé quotidiennement. De tout temps, on a préféré les cosmétiques qui sont stables, d’une jolie couleur et d’une senteur agréable, aux cosmétiques qui déphasent rapidement et dont la couleur a tendance à virer. Reste à se mettre d’accord sur la notion de couleur et d’odeur agréables. Dès l’Antiquité, Ovide part en guerre contre les cosmétiques qui puent (il pense, en particulier, aux cosmétiques formulés à base de lanoline, une graisse obtenue à partir de la laine du mouton et qui présente, en conséquence, une odeur animale !) et dégoulinent (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ovide-s-en-va-t-en-guerre-contre-les-cosmetiques-qui-puent-376/) ; Marguerite de Valois, beaucoup plus tard, s’étonne de la couleur verte (une mauvaise couleur !) d’une eau de mauve qu’elle utilise pour soigner ses boutons (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-margot-reve-de-degrafer-son-corsage-553/). Et les parfums dans tout cela ? Ils ont une senteur très « Ancien régime » (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-grande-mademoiselle-ou-les-coulisses-de-la-cour-de-louis-xiv-183/), mais peuvent également s’accommoder des caprices impériaux (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-eau-de-cologne-d-ici-ou-d-ailleurs-175/)… Dans tous les cas, ils sont consommés par litre entier !

C’est certain, si l’on sait bien que la peau est un second cerveau, le cosmétique est un antidépresseur de choix.

Et que dire de la peau réactive ou hypersensible, celle-là même qui réagit de manière disproportionnée à un signal qui ne doit pas provoquer en théorie de réaction particulière ? Cette peau doit être prise en charge par un cosmétique adapté qui tient compte de sa particularité. Des contraintes de formulation telles que l’absence d’ingrédients irritants, d’allergènes, la présence d’actifs apaisants s’imposent (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/eucerin-sait-tres-bien-parler-aux-rougeurs-cutanees-496/). Le neurocosmétique ressemble dans ce cas furieusement à un « dermocosmétique » !

Si Johnny chantait en son temps « On a tous quelque chose en nous de Tennessee », le Dr Tiina Orasmaë-Meder aurait tendance, quant à elle, à voir des neurocosmétiques partout. « L’huile d’olive, en dépit de sa naturalité, peut être considérée comme une solution neuro-cosmétique classique. En effet, l’acide oléique contenu dans l’huile d’olive, brouille les lipides en surface de la couche cornée et pénètre dans les structures plus profondes, en interférant avec des procédés aussi compliqués que la formation de paires d’ions dans les membranes, tandis que l’oléocanthal, une des substances les plus actives, supprime généralement l’activité des récepteurs de la douleur. » (http://www.bodylanguage.fr/neuro-cosmetique/). L’oléocanthal est, effectivement, une molécule identifiée dans les années 2000 dans l’huile d’olive extra vierge ; on lui reconnaît, depuis, un grand nombre de propriétés et, en particulier, un effet anti-inflammatoire (Morena Scotece, Javier Conde, Vanessa Abella, Veronica Lopez, Oreste Gualillo, New drugs from ancient natural foods. Oleocanthal, the natural occurring spicy compound of olive oil: a brief history Drug Discovery Today, 20, 4, 2015, 406-410).

A bon entendeur, salut ! A vous tous qui manipulez huiles végétales, actifs apaisants, anti-âge ou éclaircissants… vous êtes, sans le savoir, des neurocosméticiens qui s’ignorent… et cela pour le cerveau, c’est une excellente chose !






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