Un match de boxe aussi doux qu’une séance de soin en institut, c’est Dard qui tire les ficelles !

Tout commence par un match de boxe censé être truqué, mais qui se détruque au fil du temps.1 Micoviak affronte Ben Mohamed, qui est payé pour se coucher. Les coups portés sont, au départ, retenus, mesurés, ouatés, au point qu’ils ressemblent à « un massage facial », digne d’un institut de beauté ! Et puis, Ben se rebiffe. Ben frappe, cogne, se démène et gagne le combat, au grand dam de son manager, Mario Josephini, qui préfère se suicider plutôt que d’affronter Mathieu-la-vache, le grand manitou des paris truqués !

Tout commence par un bâillement de San Antonio (« Je bâille en me demandant ce que je vais pouvoir maquiller ces temps… »), qui s’ennuie ferme, puisqu’il est pile entre deux missions ; un San Antonio, qui vient renifler l’odeur de la sueur et du sang. Un San Antonio, qui s’étonne du suicide de Josephini et qui se met à enquêter sur le sujet, pour complaire à son collègue Pinaud (l’ex-beau-frère de Josephini) ! Un San Antonio qui reprend le travail commencé par le commissaire Soupin (ni fait, ni à faire !) et se met à flairer un « parfum de drame », qui le conduira, petit à petit, à l’assassin de Mario.

Le commissaire Soupin, un policier qui sent la cocotte

Le commissaire Soupin a une « main manucurée » et peu de flair. Le suicide de Josephini ne le titille pas… du tout ! Affaire classée… non pas vraiment pour San Antonio, qui décide de tout reprendre à zéro !

Le commissaire San Antonio, un policier qui sent le dentifrice

Pour arriver à ses fins, San Antonio passe son temps un sourire aux lèvres, un « sourire Colgate » ! Et ça marche plutôt bien !

Mathieu-la-vache, le truand vachement parfumé !

Ce truand rangé des voitures s’occupe désormais de boxe, et de tripatouillages… Avec lui, un tuyau est toujours 100 % sûr, dans la mesure où Mathieu sait pertinemment qui va gagner et ce avant même que le match n’ait commencé !

« C’était un individu gris de peau et aux yeux noirs », qui sentait « l’eau de Cologne coûteuse » !

Cet homme est parfumé, mais pas que, il parfume également toutes ses relations, les mettant au parfum de ce qu’il faut savoir (« il était déjà au parfum ») !

Bérurier, l’inspecteur sublimement odorant

Benoît Bérurier se fait confisquer ses économies par sa douce moitié. Aussi, pour arriver à s’offrir quelques extras (et pour pouvoir parier lors de matchs de boxe, par exemple), il est obligé de planquer ses économies dans ses chaussettes. « Il puisa dans le fond de sa chaussette comme en une escarcelle un billet de 5000 francs amolli par la transpiration… Difficile dans ces conditions de dire que l’argent n’a pas d’odeur ! ».

Mario Josephini, le manager qui sent le sapin

Pas vraiment le genre de type sensible qui se suicide au moindre mouvement d’humeur. De quoi intriguer un commissaire comme le brillant San Antonio.

Pour l’occasion, Frédéric Dard nous sert une citation, de derrière les fagots, relative au suicide. « Le suicide est l’apanage (comme dirait Henri IV qui l’avait blanc) des intellectuels, des malheureux et de ceux qui ont un chagrin d’amour. »

Et justement Mario ne se range dans aucune de ces catégories ! Il y a donc fort peu de chance qu’il se soit suicidé… tout seul !

Mario Josephini, le manager qui sent aussi la Bénédictine

En visitant l’appartement de Mario, San Antonio remarque, tout de suite, deux petits verres à liqueur ayant contenu une Bénédictine de 1860, celle des grandes occasions. Sur l’un des verres, « des traces de rouge à lèvres », « un rouge plutôt mauve, du reste » ! De manière péremptoire, San Antonio, en spécialiste des produits de maquillage féminin, décrète, immédiatement, que ce « rouge à lèvres est un rouge de blonde » !

Mme Tania Van Voorne, une blonde qui sent rudement bon

Tania est une jolie blonde, qui aime les fourrures blanches et les parfums envoûtants. Elle « sent rudement bon », aux dires de ceux qui la croisent. Tania finira assassinée, comme son époux !

La bonne de Mme Van Voorne, une blonde lourdement maquillée

Cette petite bonne est compromise dans l’affaire jusqu’au cou. Si elle semble jolie au premier abord, elle l’est nettement moins au second et ce d’autant plus qu’elle « est démaquillée » !

Pinaud, le collègue qui sent le vieux

Le collègue de San Antonio, Pinaud, est un inspecteur âgé de 54 ans. Ses cheveux sont blancs. Ses cheveux blancs devraient forcer le respect du jeune commissaire San Antonio. Pourtant, il n’en est rien. San Antonio ne cesse de chambrer son subordonné. Non, il ne doit pas respect à ses cheveux blancs. Oui, il continuera à se moquer du brave Pinuche… « Tu n’as qu’à les passer à L’Oréal, tes tifs, hé, Crin-Blanc. »

Mme Pinaud, la femme du collègue qui sent également le vieux

Mme Pinaud n’est guère plus fraîche que son époux. Pour tenter de redonner à sa peau un semblant de jeunesse, Mme Pinaud y applique un masque anti-âge, qui change sa physionomie. « […] elle s’est filé sur la frite un astringent qui la fait ressembler à une divinité inca. »  Un masque qui se fissure, lorsque la brave dame sourit un peu trop fort !

Une vieille concierge qui sent une odeur bien particulière

« Elle sent la vieille concierge, ce qui est une odeur dûment homologuée par les spécialistes du sens olfactif. »

Et du placement de produits pour une lessive

Avec une « blancheur Persil » !

Et du placement de produits pour des pâtes

« Comme disent mes amis Rivoire et Carret, je suis bonne pâte » !

Et du placement de produits pour un opticien

« Décidément, quand il y a du louche (comme diraient les frères Lissac) je mets pile le doigt dessus. » C’est du doigt de San Antonio dont on parle, évidemment !

Et du placement de produits pour des pansements

Les boxeurs, dans cet opus, font, en effet, de « belles carrières dans l’Albuplast et le Collodion. »

Et du placement de produit pour le Stérogyl

Dans l’appartement de Josephini, San Antonio admire la statue d’une jeune personne ayant « l’air languide de quelqu’un qui réclame son Stérogyl 15. »

Et des clins d’œil pharmaceutiques

Le quartier général de Mathieu-la-vache est le bar « Bithurique », dont le patron est « un ancien préparateur en pharmacie qui a dû lire l’Almanach Vermot dans sa jeunesse. »

Forcément, San Antonio va être amené à y enquêter, à y boire des verres, à y questionner les habitués, le tout en semblant le plus inoffensif possible. Un travail de psychologie qui consiste à inspirer à tout son petit monde un sentiment de confiance infini. « Comme le client ayant vérifié que son pharmacien est bien titulaire d’un diplôme de 1ère classe avant de lui acheter de l’aspirine : il a confiance » ! Inspirer confiance… voilà le maître-mot pour qui veut pouvoir recevoir les confidences des uns et des autres.

Et un clin d’œil aux maris infidèles et aux rouges à lèvres baveux

Dans la vie, San Antonio deux connaît deux types d’individus, ceux qui s’y connaissent en cosmétiques et ne se laissent embrasser que si le rouge à lèvres utilisé est intransférable et… les autres. Ce qui lui inspire l’expression suivante : « Ce disant, il a l’air aussi franc qu’un monsieur rentrant chez lui à minuit couvert de rouge à lèvres. »

Et des clins d’œil glycérinés

Pour en arriver à parler de glycérine, il faut faire un détour par le bureau de l’inspecteur Bérurier. Un vieux de la vieille qui se croit chez lui entre les murs de la PJ. Comme dans sa cuisine, Béru prépare des andouillettes sur un petit réchaud avant de les déguster toutes chaudes. Après ce repas léger, « ses lèvres ressemblent à deux limaces qui se seraient payé des vacances dans un pot de glycérine. »

Il peut également être question de glycérine pour désigner l’état d’esprit d’une personne. Si elle va bien, si elle ne déprime pas, on peut dire qu’elle « ne sombre pas dans la glycérine ».

Et du maquillage au sens figuré

Tout commence avec San Antonio qui ne sait pas trop quoi maquiller pour passer le temps. Tout se poursuit avec des boxeurs payés pour se coucher devant l’adversaire… « On a maquillé 2 ou 3 matchs, comme ça, gentiment… ».

Et comme de bien entendu

Un lecteur qui sort lessivé de cette enquête. Tout étant franchement alambiqué. Il faut suivre… Frédéric Dard, qui sait qu’il risque fort de perdre son lecteur d’une page à une autre, pratique l’électrochoc à longueur de temps l’injuriant copieusement… « Ou alors c’est que vous avez des noyaux de cerise à la place de la matière grise ».

Ça tourne au vinaigre, en bref

Afin de venger Mario, San Antonio, se met en chasse de celui qui a tué le manager. On croit qu’il s’agit d’une affaire de paris truqués et on se retrouve plongé dans un trafic de diamants. Il y a une surabondance de parfums, de produits de maquillage, de jeux de mots. Frédéric Dard sort son sourire Colgate et ne lâche pas la piste… il aura raison des méchants, comme de coutume !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., ça tourne au vinaigre in San Antonio – Tome 3, Collections Bouquins Robert Laffont, 2010, 1288 pages