Un maquillage qui interroge, c’est le petit docteur qui enquête !

Voilà notre petit docteur (Jean Dollent) en week-end à Royan, en plein été.1 Toujours prêt à succomber à l’amour, le voilà qui se retrouve face à face avec une jeune fille plus virginale que nature (Lina Grégoire). Et notre chevalier au grand cœur ne va pas hésiter à voler au secours de cette jeune personne, lorsque celle-ci va voler une vieille dame en plein casino. Pauvre idiot, semble lui dire la jeune fille qui cherchait justement à être arrêtée par la police, afin d’échapper à un amant violent et jaloux, déguisé en gouvernante.

Les vacanciers de Royan, trop bronzés, forcément !

La plage, est « couverte de corps bronzés », constate Jean Dollent, qui « fait tache » au milieu de tous ces vacanciers peu vêtus. Tout le monde est « à moitié nu » ; tout le monde… sauf Jean ! « Chacun ne pensait qu’à se bronzer la peau »… chacun… mais pas tous, puisque Jean n’est pas venu pour faire comme tout le monde !

L’amoureux de Lina, trop bronzé, assurément !

Le petit docteur amoureux de Lina a bien remarqué qu’il n’est pas le seul à contempler la jeune fille. Bernard Villetan, « champion de hors-bord », au « visage hâlé », est lui aussi piqué ! Cela n’est pas du goût de l’amant jaloux, comme on peut aisément le supposer !

Une jeune fille, presque intégralement bronzée, logiquement !

Lina aime bronzer, étendue « à plat ventre » sur le sable ; elle laisse, avec volupté, le soleil « brunir » « ses épaules et ses cuisses » !

Une gouvernante, trop maquillée, décidément !

Melle Esther est, au premier abord, une « dame aux cheveux blancs », qui, comme un certain nombre de vieilles dames coquettes, se maquille « de façon touchante pour se donner une dernière illusion. » Cette vieille femme arbore un « maquillage », jugé « savant » par le petit docteur ! Toutefois, plus Jean observe la gouvernante, plus son avis devient critique… La charmante et touchante vieille dame devient ainsi subitement un « dragon maquillé » ; un « dragon », qui veille sur son élève et ne la quitte pas d’une semelle ! Un dragon qui se maquille dès le réveil et arrive dans la salle du petit-déjeuner « déjà, barbouillée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. » Bref, une femme âgée, qui, malgré toutes ses tentatives cosmétiques (on note un « maquillage agressif »), ne donne « le change à personne » ! Bref, une « vieille demoiselle au maquillage aussi ridicule qu’insolent » !

Et un petit docteur à l’allure de clochard

Venu pour un week-end, sans rasoir, le petit docteur va rester un peu plus longtemps que prévu. Dans la station huppée, il a rapidement l’allure d’un miséreux.

Et une publicité qui fait réfléchir

Il met du temps à comprendre ce brave docteur, qui voit, tout d’abord, en Melle Esther, une vieille dame précieuse et coquette, avant de se rendre compte qu’il s’agit d’un homme travesti ! C’est en voyant une publicité pour les perruques Sander avec une photo avant (un « visage dur et masculin ») et après (aspect de « vieille coquette »), que Jean Dollent fait avancer son enquête d’un pas de géant.

La demoiselle en bleu pâle, en bref

Une enquête-cosmétique qui place les produits de maquillage au banc des accusés. On adore !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour !

Bibliographie

1 Simenon G., La demoiselle en bleu pâle in Le petit docteur, Gallimard, 1946, 589 pages